Pèlerinage ...

Publié le par Sylvie

Mashhad - Sarakhs ... 27/09 - 30/09 

Nous débarquons frais et dispos à Mashhad, quel voyage confortable! On a un peu de mal à trouver la guesthouse de Vali. Mashhad est une ville de pèlerinage, pas une ville touristique. Contrairement à Téhéran ou Isfahan, les noms de rue ne sont qu´en farsi. Et impossible de trouver quelqu´un qui parle anglais. On nous dit même que la rue n´existe pas! Heureusement que Ben a un fameux sens de l´orientation.L´endroit  est sympa bien qu´un peu bizarre: quelques lits dans un sous-sol et des tapis partout, aux murs, par terre, sur les tables ... On était prévenu, Vali est marchand de tapis! 3 Australiens à moto quittent la guesthouse pour Yazd. Ce sont nos derniers jours en Iran, eux commencent juste. Ils arrivent du Turkménistan et vont travailler au Danemark.
Nous visitons le sanctuaire où Imam Reza est enterré. C´est un haut lieu de pèlerinage au même titre que la Mecque. Les pèlerins offrent un spectacle déroutant et fascinant: cheikhs en djellaba blanche et voile blanc maintenu par un cercle noir (comme dans Tintin au Pays de l´or noir!), femmes d´Arabie Saoudite enveloppées de voiles noirs, une fente laissant voir leurs yeux, ou le visage complètement recouvert d´un tissu noir léger.
Etre enterré dans le sanctuaire représente autant pour un Musulman que pour un Hindou d´être incinéré à Varanasi sur les bords du Gange. Dans les cours, on croise de petits attroupements. Un cercueil posé à terre, un imam prie, les hommes autour de lui et les femmes derrière.
Le chador est obligatoire pour entrer. Dernière épreuve pour Sylvie qui compte les jours avant de pouvoir "tomber le foulard" et adresser la parole aux hommes. Le chador est un grand voile de crêpe noir plus ou moins léger. Un élastique passe derrière de la tête mais ça n´empêche pas Sylvie de le rattraper toutes les 5 min. Il n´y a pas de manches, les deux mains sont prises en permanence pour le maintenir fermé. On se demande comment les femmes portent leurs courses. Malgré tous ses efforts, Sylvie se fait rappeler à l´ordre par un garde, une mèche de cheveux dépasse! C´est sûr, le chador ce n´est pas pour elle. C´est d´autant plus frustrant que les hommes se promènent tête nue, en chemises manches courtes. Même après un mois, on a toujours autant de mal à accepter les principes de la religion musulmane...
Le sanctuaire est une merveille architecturale dans le même style qu´Isfahan, en plus beau! Coupoles bleues et or, cours dallées de marbre, mosaïques délicates, jardins ... On se croirait dans un palais. Le flot de pèlerins augmentant chaque année, le sanctuaire s´agrandit chaque année grâce à l´argent des donations. A notre passage, une immense cour était en train d´être finie.
Certaines cours ou mosquées sont interdites aux Infidèles mais on a pu y jeter un oeil. Des hommes, des femmes et des enfants sont assis par terre. Certains bavardent, d´autres prient, se frappent la poitrine et même sanglotent. Venir ici semble soulever un tourbillon d´émotions chez les Musulmans. Comme pour les Catholiques à Lourdes.
De retour à la guesthouse, nous rencontrons Patrick et Christina, 2 Australiens qui arrivent aussi du Turkménistan et Walter, un Suisse qui a traversé le Turkménistan à moto en un jour et demi. Ils sont tous contents d´en avoir fini avec l´Asie Centrale, trop de tracasseries avec la police. Ils ne refroidissent pas notre enthousiasme. On est contents d´en avoir fini avec le hejab et le Ramazan!
On passe une super soirée sur la terrasse. On dîne assis sur des tapis, à la belle étoile, en échangeant conseils et bonnes adresses. Départ le lendemain matin après de chaleureux adieux à Vali, sa femme, ses soeurs et nos collègues voyageurs. Nous n´avons pas roulé depuis 3 semaines et appréhendons un peu, 200km en 2 jours ça fait peut-être beaucoup pour recommencer! Mais on n´a pas le choix, on doit être le 1er octobre à la frontière sinon on entame notre visa du Turkménistan.
10km après Mashhad, une voiture civile nous prend en filature. Comme dans les romans policiers mais à 15km/h, difficile d´être discret!
Corinne et Loïc ont été suivis par une voiture de police sur 150km après Gorgan (nord-est de l´Iran) donc on sait ce qui nous attend. La police iranienne essaye d´endiguer le traffic de drogue entre l´Iran et l´Afghanistan et les trafiquants ont déjà répliqué plusieurs fois en kidnappant des voyageurs. Un peu plus loin, on change de rémora, un gros pick-up vert et blanc avec gyrophare se cale derrière Sylvie. Un passeur de drogue ne se faufilerait pas entre la voiture et les vélos! L´inconvénient c´est qu´un vent de face se met à souffler et on tombe rapidement à 12km/h. Etant suivi, inconsciemment, on force sur les pédales et les genoux en subiront les conséquences toute la semaine. On ne verra jamais de trafiquants de drogue mais on a d´autres agresseurs, plus réels ... Trois gros chiens nous prennent en chasse. On accélère mais c´est inutile, le pick-up sort de la route dans un crissement de pneus et leur fonce dessus. Ça a du bon la surveillance rapprochée! Inexplicablement, les policiers nous lâchent après 30km. Ils se sont lassés de notre vitesse d´escargot, ou on sort de leur zone d´action...
Déjeuner dans un petit café sur le bord de la route. On se croirait dans un western: le vent hurle, les maigres arbustes plient et s´accrochent au sable du désert, le café est comme un cube au milieu de nulle part. Sempiternel repas de thon et fromage frais sur du pain, avec des chips au vinaigre pour changer un peu.
On roule au milieu du désert, ondulations sablonneuses parsemées d´une maigre végétation. Rien pour arrêter le vent. Un pick-up s´arrête et propose de nous déposer à Mazdavand, à 25km de là. Le chauffeur a une bonne tête mais son collègue a les yeux rouges... l´alcool, la drogue? Allez tant pis, on tente. On monte avec les vélos dans la benne mais le chauffeur s´arrête un peu plus loin ainsi qu´un autre pick-up. Que se passe-t-il? La route est déserte, ils sont 4, nous 2, les comptes sont vite faits... Mais on s´inquiète inutilement. Le chauffeur craint des ennuis avec la police. Son collègue monte dans l´autre voiture et nous devant. Il est très sympa, nous explique que depuis 30 ans, il a la bouche cousue et qu´il meurt de faim. Encore un qui n´a pas choisi! On comprend qu´il nous invite chez lui mais il fait mine de fumer, ça, non, trop risqué. Il nous dépose en haut d´une longue montée et refuse notre billet. Grâce à lui, on sera au caravansérail à temps. Là aussi on a de la chance. Il fait presque nuit et il y a encore 3 montées très très raides. Un homme nous rejoint à moto avec son fils. Il nous suit sur les 5 derniers km et, à chaque montée, envoie son fils aider Sylvie à pousser son vélo. Chapeau!
Deux gardiens logent à côté du caravansérail. Très gentils, ils nous offrent du thé et des raisins pendant qu´on monte la tente à côté de leur maison.
Le lendemain matin, surprise, 2 tendeurs de la tente pendent lamentablement. Les chiens qui ont aboyé toute la nuit? Non, un rongeur. Hier on a planté dans le noir, on n´a pas vu le trou à côté de la tente.
Une plus grosse surprise nous attend, voilà deux cyclistes français! Jean-Marc et Olivier rallient Lyon à Shanghai et ils entrent au Turkménistan le même jour que nous. Quelle est la probabilité pour que ça arrive? Nous visitons le caravansérail tous les 4, les deux gardiens nous expliquent les fonctions des différents endroits. Les chameliers se mettaient sur une plate-forme pour manger er dormir, les chameaux attachés tout autour. Une mangeoire court le long de chacune des pièces, il y a même encore les anneaux pour attacher les chameaux!  Certaines des chambres était, on pense, pour les riches marchands, car il n´y a pas de place pour les chameaux. A l´origine, le caravansérail était complètement couvert (hum, ça devait sentir bon!) mais les tremblements de terre et les intempéries ont causé pas mal de dégâts. Les deux gardiens tentent de le restaurer ou tout au moins de limiter la casse. Ils ont fait un super travail en arrêtant avec un enduit certaines parties qui s´effritaient.
Au centre de la cour, un grand puits récupérait l´eau de pluie et la distribuait dans des citernes disséminées dans le caravansérail par un système de canalisations souterraines. Des meurtrières et un chemin de ronde défendait les voyageurs. Les chameaux et leurs cargaisons de soie, d´épices et autres marchandises devait être un butin tentant pour les voleurs. Chaque mur a été patiemment décoré, des sourates du Coran sont ciselées sur les frontons et les murs de la mosquée. Tant de travail, de finesse et d´ingéniosité nous laissent rêveurs... Si seulement les stations d´autoroute, caravansérails d´aujourd´hui, étaient aussi belles!
Nous reprenons la route, ravis d´avoir deux compagnons pour pédaler. La journée passe très vite. On n´a qu´une soixantaine de km jusqu´à la frontière, on peut se permettre de rouler de front et bavarder!
On monte les tentes dans un champ à côté d´une petite cabane en terre. Il vaut mieux être attentifs car certains champs sont irrigués, pas l´idéal pour camper. Les chiens passent encore une fois la nuit à aboyer. On pensait au début que c´était un gage de sécurité mais comme ils aboient au moindre bruit, on passe de nombreuses nuits blanches.
C´est la fin de notre séjour en Iran. On gardera de beaux souvenirs de toutes les rencontres, notamment Nahid et Bijan à Téhéran. Ce n´est pas un pays facile à cause des différences culturelles et surtout des lois islamistes mais on a la chance d´être de passage. Les habitants y sont soumis toute leur vie. L´architecture d´Isfahan et de Mashhad nous a émerveillés. Nulle part ailleurs nous n´avons vu d´aussi belles coupoles bleues et des mosaïques aussi fines...

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