Essai - Cornouailles Sep 07

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De St Austell à Penzance


Départ

Dimanche 9 septembre: nous voilà en route pour notre premier voyage à vélo!
Un peu anxieux, c'est la première fois que nous enfourchons les vélos chargés: 2 sacoches et la remorque, en tout une trentaine de kilos qui nous permettront d'être autonomes pendant une semaine ... et peut-être 2 ans?
Nous arrivons sans encombres à la gare de Paddington, heureusement à une dizaine de minutes seulement de chez nous.
Défi suivant, les bents vont-ils tenir dans le train et sera-t-on autorisé à mettre les remorques? Finalement tout tient et on entasse tous les sacs dans un coin de notre wagon ... ouf! Première étape réussie!
Nous voilà en route pour St Austell, notre point de départ en Cornouailles ...
Après quelques heures, le train longe la mer, Sylvie est toute excitée: "Regarde, Ben, des bateaux! et là aussi .... et là encore!" ..."Bon, je te rappelle, on part faire du VELO!".

Après un peu plus de 4h de voyage nous arrivons à destination. Ben stresse un peu, quelques gares ont une plate-forme très courte et il commence déjà à se demander comment on va descendre les vélos.
Chance, c'est une longue plate-forme. Pendant que Sylvie se débrouille avec les sacs, les sacoches, les casques etc (les femmes ne sont-elles pas les reines du multi-tâches?), Ben court débarquer les vélos et les remorques ... on ne sait pas combien de temps le train s'arrête!
Quelques minutes nous suffisent pour tout charger: les sacoches se clipsent sur le porte-bagages et la fourche de la remorque vient se fixer sur l'axe de la roue arrière, il n'y a plus qu'à sécuriser avec une goupille et voilà!

Nous tournons un peu en rond dans la ville avant de trouver la bonne sortie. Cap au sud, il y a un camping à quelques km, on ne veut pas trop forcer pour le premier jour.
Bien nous en prend. Sylvie est en tête et rate la bifurcation mais cela nous porte chance: voilà une station service, on remplit notre bouteille d'essence, on mangera chaud ce soir!
Oui mais avant il faut pousser. Nous voilà face à notre première montée (on ne sait pas encore qu'il y en aura beaucoup cette semaine ... heureusement!). Nous défions tout cycliste de la monter à vélo!
Pente à 15%, nous commencons à nous interroger sur notre chargement: 2 fourchettes ET 2 cuillers, était-ce vraiment indispensable ???
Heureusement le camping est en haut ... raaaaaahhhhhh
Les vacances sont finies, il n'y a que quelques tentes et caravanes, la propriétaire nous dit: "Prenez le terrain que vous voulez!". Quel luxe!
On passe une bonne heure à monter la tente, allumer le réchaud ("Allume, allume! Eh noooon ... il s'est encore éteint, flûte ..."), préparer le repas (Devinez ... des pâtes!).

Vie quotidienne

Tous les soirs on recommence: il faut construire sa maison, gonfler les matelas, dérouler les duvets, sécuriser les piquets (en plus des montées, le sol de Cornouailles, c'est du béton!), allumer le réchaud, préparer le repas ...
Une fois le repas fini, la nuit est généralement tombée et il fait frais. Il reste la vaisselle à faire et ... oh, euh ... la douche? Brrrrr ... on n'a été courageux qu'un soir sur 2!

Le lendemain matin, on redéfait et on case tout dans les remorques et les sacoches. On apprend vite à classer les objets: tous les vêtements de pluie dans une sacoche, affaires de toilettes et vêtements légers dans l'autre, gourde près de la selle et fruits secs sur le dessus, faciles à atteindre!
Malgré tout, il nous faudra environ 3h chaque matin entre le lever et le départ. On est en vacances après tout!

Nous suivons des itinéraires secondaires, petites routes de campagne qui serpentent entre des haies très hautes, paradoxalement on s'y sent plus en sécurité. Il y a très peu de visibilité et les chauffeurs conduisent prudemment.
La Cornouailles est décidément très vallonnée. Le paysage est superbe: champs verdoyants où les vaches profitent des derniers jours de beau temps avant de rentrer, petits villages si typiques avec leurs maisons en pierre ... on n'y pense pas vraiment quand on transpire dans les montées il faut avouer!
En moyenne, on parcourt 30 à 40 km chaque jour: 30 km/h dans les descentes, 15 km/h sur le plat et jusqu'à 2 km/h quand on pousse! Très, très frustrant.
Dès le premier jour on commence à réviser notre itinéraire à la baisse: si on atteint Land's End, ce sera déjà pas mal!

Chaque midi nos dépenses énergétiques sont un bon prétexte pour s'arrêter dans un pub. Ben peut se jeter sans remords sur une steak and ale pie et Sylvie qui, d'habitude, peine à finir son assiette, dévore jusqu'à la dernière chips!


Rencontres

C'est le double effet bent!
Les gens viennent vers nous non seulement pour l'effort physique que voyager à vélo représente mais aussi et surtout à cause de nos engins si bizarres.
C'est vraiment étonnant: la réserve occidentale (européenne surtout) n'a plus cours avec les bents. Les vélos sortent de l'ordinaire et, comme des gens liant connaissance lors d'un événement extraordinaire, ils nous abordent avec la même assurance.
Sylvie ne vit pas toujours facilement ces accès de familiarité et laisse Ben entamer la conversation et répondre aux questions souvent récurrentes - "C'est vraiment confortable?" - avant de sortir de sa réserve.
Certains connaissent les bents ("Mon voisin en a 3!"), d'autres pas du tout.
Les Américains sont d'un abord vraiment agréable, tout de suite à l'aise dans la conversation, parfois sportifs: on a rencontré un couple qui avait parcouru 140 miles à pied en 3 semaine, sac au dos!
On reste sur une impression positive: les bents attirent la sympathie ce qui nous sera sûrement utile par la suite en cas de coup dur ou tout simplement pour faire des rencontres!

Land's End ... la fin du voyage

Au bout de quelques jours, on pense pouvoir faire la boucle: St Austell, Penzance, Land'sEnd, St Ives et retour sur St Austell à temps pour prendre le train le lundi.
Mais à peine dépassé Penzance, dernière gare avant New York, nous voilà en territoire sauvage et les genoux de Sylvie nous lâchent!
Les douleurs sont telles (heureusement il n'y a plus que des vaches dans ces contrées inhospitalières et elles ne comprennent pas le français) qu'il nous faut nous arrêter.
On trouve par hasard un camping à 1 mile de Land's End. Camping fantôme, la réception n'est ouverte que le matin et il est 4h de l'après-midi. Derrière des rangées de mobile-homes, quelques terrains de camping et 2 tentes ... on n'a jamais été aussi soulagé de trouver un camping!
Ben prend un bus pour Penzance le lendemain pour aller chercher des anti-inflammatoires et des genouillères pendant que Sylvie lézarde au soleil.
D'ailleurs, on en profite pour vous recommander nos lectures de vacances:
Sylvie: A widow for one year de John Irving (il a aussi écrit Une prière pour Owen), c'est un régal
Ben: plus pragmatique, Le Tour du monde à vélo de Françoise et Claude Hervé (14 ans de voyages!)

Le lendemain, on pousse jusqu'à Land's End, photo sous le mythique panneau puis on retourne en direction de Penzance. Cette fois-ci, on dépasse nos objectifs. On atteint un premier camping à l'heure du déjeuner et comme les genoux tiennnent le coup, on décide de pousser jusqu'au camping suivant.
On ne le trouvera jamais donc il ne reste plus qu'à parcourir les 10 km restants et revenir à notre petit camping familial à Marazion.

On est un peu déçus, le voyage s'est vite arrêté et on n'aura pas vu toute la Cornouailles (!). Mais on a maintenant une meilleure idée de ce que représente voyager à vélo ... il nous reste encore pas mal de questions telles que: comment fait-on à manger quand il pleut? et point crucial: que diront les genoux la prochaine fois?
Sylvie a pris des anti-inflammatoires en comprimés (la pommade n'a rien fait) mais elle va aussi voir quelques médecins. Et il faudra sûrement revoir le réglage du vélo (la distance siège-pédales semble revenir fréquemment sur les forums en ce qui concerne les douleurs aux genoux).