Isfahan, ville des splendeurs

Publié le par Sylvie

Isfahan ... 11/09 - 13/09

On nous avait prévenu, la gare est à 25km de la ville. Ça fait quand même bizarre de prendre une navette comme si on sortait de l´aéroport!
Après un petit tour, on se pose dans un hôtel avec une cour intérieure et une fontaine. Notre chambre surplombe la cour, on a à peine tourné la clef dans la serrure qu´on reconnaît des voix familières. Dimitri et Bruno sont arrivés ce matin de Qom! On va encore passer de bons moments... Enfin c´est surtout l´occasion pour les 3 garçons de retrouver l´humour étudiant hum... Il faut bien trouver un moyen de se détendre quand on ne peut pas manger avant 20h, ni boire d´alcool et que toutes les femmes sont voilées!
Isfahan nous a beaucoup fait rêver, notamment grâce aux romans de Jean Christophe Rufin. Il y a un décalage par rapport à la Isfahan d´il y a 400 ans bien sûr. Mais la ville est très agréable, beaucoup moins de circulation et de pollution qu´à Téhéran, les rues sont ombragées et la température plus supportable.
Ben nous embarque pour un tour de la ville recommandé par le guide mais on reste dubitatifs. Il nous entraîne dans un labyrinthe de petites ruelles désertes aux murs en torchis. "Clic-clic-clic", on découvre un atelier qui brode des noms de marque! Quand on entre, une douzaine de machines sont en train de broder frénétiquement "Puma". Ce n´est peut-être pas ce que le guide voulait nous montrer mais on est ravis de notre découverte.
Nous sommes enchantés par le premier monument, la mosquée Jameh ("du vendredi"), une mosquée à ciel ouvert avec une grande cour intérieure et de magnifiques mosaïques. Les motifs, dans des tons bleus et jaunes, s´entremêlent dans un lacis délicat sur les coupoles et les murs.
La différence est flagrante avec la mosquée Hakim. C´est vendredi, un gamin entrebaille la porte, secoue la tête comme pour dire oui: "C´est fermé, revenez cet après-midi!". Dimitri fait quelques grimaces pour le fai rire et, après nous avoir encore dit non, ainsi qu´à deux Iraniens, il ouvre grand la porte! Quelques hommes sont étendus sur des tapis et bavardent au frais. La mosquée a été refaite et les motifs sont beaucoup plus simples et géométriques. Rien à voir avec la dentelle colorée de la mosquée Jameh.
Le jeudi soir, équivalent du samedi soir en Europe, nous nous promenons sur la magnifique place Imam Khomeini. La place est immense, 512m de long par 163m de large, la seconde place la plus grande au monde après la place Tiananmen... Et tellement plus belle! La mosquée Imam, image probablement la plus connue d´Iran, est au Sud, chef-d´oeuvre éblouissant aux mosaïques bleues et jaunes. Les artistes avaient commencé par découper des carreaux de couleur aux formes voulues et les assembler... Travail titanesque. Un mur plus tard, quelqu´un a fait remarquer qu´à ce rythme-là il faudrait un siècle pour finir la mosquée. Les artistes ont donc fait le reste en peignant les motifs sur les carreaux et en les assemblant. Des arcades entourent la place, abritant une multitude d´échoppes. Email sur cuivre, miniatures sur os de chameau, cuivre martelé, tapis... Le choix est vaste et de qualité.
A chaque bout de la place se trouvent deux poteaux de marbre, vestiges des matchs de polo qui se déroulaient il y a 400 ans.
A mesure que le soir tombe, les familles arrivent, paniers de nourriture et tapis sous le bras et s´installent sur l´herbe, autour de la grande fontaine et devant la mosquée illuminée. Nous restons subjugués par une immense "tablée": deux interminables rangées d´hommes, femmes et enfants assis par terre, de part et d´autre d´un long tapis faisant office de table. Ils nous invitent à dîner: ragoût de viande et fromage avec des morceaux de galette et une grande crêpe fourrée à la viande  qu´on assaisonne avec du jus de citron et des feuilles de menthe. Le ragoût est un peu fort mais la crêpe est délicieuse. En dessert, une gelée genre jelly anglaise.
Après le dîner, des groupes se forment: les femmes d´un côté, les hommes de l´autre. Ben et Dimitri sont invités à rejoindre les hommes et Sylvie, un groupe de femmes de son âge. Deux d´entre elles (16 et 20 ans) parlent anglais et traduisent pour les autres. Celle de 20 ans est mariée depuis 2 mois. Elle est assez enfantine:"Qui est le plus beau, mon mari ou moi? Tu es plus jolie que ton mari...". Passées les questions d´usage:"Comment tu t´appelles? Tu es d´où? Quel est ton métier?", on passe aux choses sérieuses: "Aimes-tu le hejab?". C´est le code vestimentaire islamique pour les femmes (foulard, manteau long ou même voile noir enveloppant). "Non et vous?" répond Sylvie, sûre d´être suivie. "Oui, bien sûr. Les hommes iraniens ne sont pas comme les autres. On risque des regards déplacés ou même pire si on n´est pas voilée". Dès qu´elles se lèvent pour saluer quelqu´un, elles s´enveloppent dans leur voile noir, sorte de grande cape qui ne laisse voir que le visage. Pourquoi le noir? "Pour ne pas attirer l´attention des hommes". Nous qui pensions que ces femmes subissaient la pression de leur famille, elles sont en fait de bonne volonté. Sylvie essaie de leur expliquer que, bien qu´étrangère et pas voilée, elle n´a pas eu de problèmes en Iran, il en faut plus pour faire changer des croyances bien ancrées. Une des filles tente de la mettre à l´aise:"Tu peux enlever ton écharpe". Sylvie lui explique que la loi iranienne ne lui laisse pas le choix, elles ne comprennent pas et la félicitent de respecter leurs coutumes!
Elles s´attaquent ensuite à Dimitri:"Ton ami est marié?". Encore une fois, Sylvie explique que les étrangers qui s´intéressent aux Iraniennes ont affaire à la police. "Ton ami est dans la police?". Bon...
La jeune fille de 16 ans parle mieux. Elle aimerait être dentiste mais les examens d´entrée à l´université sont draconiens. Elle explique aussi que, bien que beaucoup d´Iraniennes fassent des études, très peu travaillent. A part des professions d´élite comme docteur ou avocat, les autres restent à la maison. Leurs maris ne veulent pas qu´elles soient en contact avec d´autres hommes.
On a conscience qu´il y a différentes classes sociales en Iran, chaque classe mêlant des gens plus ou moins pratiquants. Nous ne généralisons pas ce que nous avons vu ce soir mais cela répond à pas mal de nos questions.
Vendredi midi, nous revenons déambuler sur la place Imam Khomeini qui nous subjugue. Soudainement, la place commence à se remplir. Un flot calme mais continu d´hommes habillés à l´européenne, de voiles noirs et d´enfants, les petites filles souvent voilées aussi, afflue vers la grande mosquée. On avait oublié, c´est comme dimanche aujourd´hui! C´est Ramadan donc plus de gens vont à la mosquée mais l´affluence est énorme même comparée à une messe de Noël en France. Nous nous asseyons sagement dans un coin de la place et observons. Beaucoup de femmes entièrement enveloppée dans des voiles noirs effectivement mais aussi des femmes plus décontractées. Une scène surnaturelle se déroule à quelques mètres de nous. Un jeune homme parle à une jeune femme qui l´écoute, immobile, légèrement penchée, le regard fixe. Ils se tiennent face à face mais décalés de façon à ce que leurs regards ne se croisent pas. L´homme parle, de grandes tirades dont on essaye de deviner le sens. La femme ne dit rien mais se détourne parfois pour dissimuler un sourire. Au bout de 10min, une duègne tout en noir, probablement la mère, entraîne la jeune fille vers la mosquée. Nous restons éberlués.  Avons-nous assisté à une scène de flirt façon traditionnelle? Quelle en sera l´issue?
Dernier jour à Isfahan. Nous visitons la mosquée Imam, magnifique bien sûr. Nous nous laissons tenter par quelques souvenirs, non sans avoir comparé car si les prix varient, la qualité aussi.
A chaque fois que nous parlions de notre projet de visiter l´Iran, on avait droit à la même remarque: "Est-ce bien prudent?". Nous avions lu plusieurs récits de voyageurs qui avaient beaucoup apprécié l´Iran et nous avions hâte d´y être malgré une certaine appréhension due aux différences culturelles. La situation politique internationale effraie également. Finalement, une fois dans le pays, on ne voit plus que des hommes et des femmes qui vaquent à leurs occupations quotidiennes: aller au travail, faire les courses pour le repas du soir, emmener les enfants à l´école... Où sont les "monstres" et les "démons" dénoncés par l´opinion publique étrangère? Le tourisme et les voyages se sont démocratisés mais les médias restent les plus forts. On se laissent facilement aveugler par les batailles entre chefs d´état et on oublie que les peuples des autres pays ont les mêmes joies et les mêmes soucis que nous. Pique-niquer, visiter la famille et les amis, donner une bonne éducation à ses enfants ... Tout le monde est pareil, sur tous les continents! Ce qu´on craint en ce moment, plus que les missiles américains et les punitions corporelles, ce sont les tremblements de terre tel celui de Bandar Abbas, 6.1 sur l´échelle de Richter, mercredi 10 septembre.

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