Enfin l’été !

Publié le par Sylvie

Mendoza – San Agustin del Valle Fertil … 26/03 – 13/04

A Buenos Aires, notre avion pour Mendoza est retardé. Il est très tard et nous croisons les doigts, pourvu qu’on nous envoie à l’hôtel ! Eh non, l’avion part avec deux heures de retard à minuit … arrivée ensommeillée à deux heures du matin à Mendoza. Nous dormons quelques heures sur les bancs mais déjà à 5h du matin l’aéroport s’anime. Nous remontons les vélos sous l’œil intéressé des gardes, une distraction si tôt le matin, quelle aubaine ! Distraction si inattendue que nous supposons que ce sont eux qui ont appelé la télévision car deux heures plus tard, Canal 7 débarque. C’est une des deux chaînes de télévision de Mendoza. Nous donnons la première interview de notre vie, en espagnol et avec seulement 3h de sommeil ! Nous pensions être intimidés par la caméra (Sylvie en tout cas !) mais le journaliste nous met à l’aise. Lui et le cameraman nous donnent ensuite des informations sur la région en nous mettant en garde à plusieurs reprises : ‘N’allez pas n’importe où, surveillez bien vos affaires…’, ça commence bien ces vacances au chaud !

Dès la sortie de l’aéroport, nous sommes surpris, c’est l’Asie Centrale ici ! Les gens ont la peau beaucoup plus foncée que dans le sud, nous dépassons quelques carrioles à cheval et les maisons sont petites et de guingois. Immédiatement, une drôle d’odeur nous saute à la gorge : ‘Mais ça sent mauvais ici !’ s’écrie Sylvie. Après plus de trois mois sous les cieux purs bien qu’humides de la Patagonie, nous avons oublié l’odeur des pots d’échappement. Une brume de chaleur voile le ciel. Sylvie commence à regretter les cieux lumineux de Patagonie, les photos vont avoir l’air de quoi ici avec cet ennuyeux ciel bleu sans nuage ? Nous tournons une bonne heure dans Mendoza avant de trouver un endroit qui nous convienne. Nous avons pris l’habitude des hospedajes, sortes de chambres chez l’habitant, mais ici, ce sont des hostels, style auberge de jeunesse. Des dortoirs, une grande salle pour les repas, beaucoup d’étrangers et rien de l’esprit de famille que nous aimions tant dans le sud. Finalement, nous atterrissons au SosaHaus, un hostel un peu plus tranquille que les autres où nous rencontrons Adrian, l’homme à tout faire de la maison. Grâce à lui, la transition de la Patagonie au nord de l’Argentine se fera dans la joie et la bonne humeur ! Nous passerons une semaine dans cet hostel sympa, notre chambre donnant sur un petit patio verdoyant et ensoleillé.

Adrian rêve de partir voyager à vélo d’ici quelques mois, quand il aura suffisamment d’économies pour rallier Mendoza au Mexique. Il nous pose beaucoup de questions sur l’organisation, le matériel, le vélo… Il nous emmène chez le Sapito (en espagnol, la petite grenouille !) et nos vélos profitent d’un bon rafraîchissement : nouveaux câbles de frein et surtout nettoyage complet de nos suspensions avant. Le ‘Sapito’ semble regretter un peu après coup, c’est la première fois que nous les donnons à nettoyer en 18.000 km, il y a du travail !

Nous partons en compagnie d’Adrian faire le tour des bodegas, l’équivalent des châteaux français. Il y a 250 bodegas dans la région de Mendoza mais nous n’en visitons que deux. Nous ne sommes pas vraiment enthousiasmés par le vin, du Malbec corsé, mais sommes enchantés par la balade. Une fois quitté les rues animées du centre, Adrian nous fait passer par de petites routes ombragées qui nous rappellent les départementales françaises bordées de platanes. La pause déjeuner est aussi très agréable, empanadas dans un parc suivies d’un gros cornet de glace. Et tout ça en short en sandales. Nous avions oublié ce que c’était de prendre son temps pour déjeuner et bavarder sans avoir à craindre la pluie, le vent ou le froid ! L’Argentine c’est aussi le pays des asados, barbecue de viandes, saucisses et légumes. Adrian nous fait une délicieuse salade d’aubergines, poivrons et tomates grillés au feu de bois. Et Ben engouffre kilos de viande sur litres de bières…

Quelques jours après notre arrivée, nous retrouvons Jay et Jenny, le couple anglais que nous avions rencontré à Cochrane. Ils pensaient prendre le bus jusqu’à Salta mais puisqu’on est là et qu’on fait la route (environ 1500 km) à vélo, ils décident de se joindre à nous. Nous qui pensions manquer de compagnons de route ! C’est le week-end de Pâques et ici, c’est toute une histoire. Tout le monde part en vacances et c’est férié à partir du jeudi. Gloups, nous n’avions pas prévu ça. Nous trouvons en catastrophe un dortoir dans un hostel beaucoup moins agréable. Bruyant, encombré … on devient vieux ! Sylvie et Jenny ont une douloureuse expérience avec le chien de la maison. Il joue dans le jardin avec un cendrier et pour éviter qu’il ne renverse les cendres partout, les filles le posent sur une table. Mauvaise initiative ! Le chien saute sur Jenny, visant la figure et Sylvie n’a que le temps de mettre sa main dans sa gueule pour l’arrêter. Elle arrive à le retenir le temps que Jenny l’attrape par le collier mais dès qu’elles le relâchent, le chien leur resaute dessus. Ben et Jay arrivent finalement à la rescousse mais le gérant explique que le chien est joueur. La main de Sylvie est toute bleue, pas très drôle comme jeu ! Les deux jours suivants ne sont pas très agréables, entre surveiller le chien qui reste agressif et les soirées tardives et bruyantes dans le jardin. Nous redéménageons le plus vite possible chez Adrian.

Un matin, alors que nous nous promenons en ville tous les quatre, nous avisons un vélo couché à la porte d’un hôtel. Jay et Jenny reconnaissent le vélo de Thomas, un cycliste américain qui pédale de l’Alaska à Ushuaia avec pour but d’escalader le sommet le plus élevé de chaque pays traversé ! En voilà un à qui pédaler ne suffit donc pas… Il faut dire que Thomas ne joue pas dans la même cour que nous, son record en 24h : 700 km ! Sans bagages mais quand même… Il repart pour une semaine en Floride mais il va tellement vite que nous le croiserons sans doute sur la route.

Mendoza regorge de petites places ombragées et fleuries qui sont des oasis de tranquillité dans cette ville si agitée. Ben nous entraîne tous un après-midi et nous entreprenons le tour de ces placettes. Nous traversons une place lorsque deux hommes s’avancent vers nous : ‘Je vous reconnais, vous êtes les vélos couchés dont ils ont parlé à la radio !’.

Nous quittons Mendoza au bout de dix jours ! Après les premiers jours de repos, nous décidons d’attendre Jay et Jenny. Puis, eux aussi ont besoin de jours de repos et ils décident de donner leur linge à laver. Sauf qu’on avait oublié le week-end de Pâques, tout est férié jusqu’au lundi !

Le jour du départ, la température a bien chuté et le ciel est couvert. Nous saluons Adrian et lui souhaitons bonne chance pour son voyage. La lessive récupérée, nous empruntons la grande route qui mène à San Juan. Il y a une alternative qui passe par les montagnes mais il nous faudrait quatre jours, plusieurs dizaines de km de ripio et rien ne dit que ça vaille le coup. La route principale n’est pas très agréable, bus, camions et voitures nous dépassent à une vitesse folle. Comme d’habitude, ce sont les bus qui ont l’attitude la plus criminelle, ils nous rasent même quand il y a de la place sur la voie de gauche. Nous tâchons de surveiller le rétro et quand nous en apercevons un, nous nous décalons vers le milieu de la route. Automatiquement ils se déportent sur la voie de gauche ! Mais il y en a toujours un pour échapper à notre vigilance. Le paysage est plutôt ennuyeux, des buissons et du sable mais la route est plate et nous avalons les km. Nous passons de temps en temps un hameau de maisons aux briques de terre qui nous rappellent les petites maisons du Xinjiang. Impression renforcée lorsque nous commençons à passer de petits stands de melons et de pastèques. C’est d’ailleurs probablement en mémoire de ce jour où nous avons porté deux melons et une pastèque (cadeaux d’une Chinoise) que Ben s’arrête et décide d’acheter un gros melon ! Nous comptons dormir à Villa Media Agua, un petit village à 120 km de San Juan mais chacun se renvoie la balle. La police à qui nous demandons un ‘endroit sûr et tranquille’ pour camper nous renvoie sur la mairie qui nous indique une petite place malheureusement trop près de la route. Il y a bien un hôtel mais l’idée est d’économiser les jours où nous pédalons pour pouvoir nous offrir une hospedaje les jours de repos. Une dame à qui nous demandons conseil nous envoie sur un club de foot mais pas moyen d’y camper. Les moustiques sont à la fête, quatre cyclistes qui déambulent jambes et bras nus à la tombée du soleil. Deux amis cyclistes se sont fait ouvert leur tente au couteau pendant la nuit à 60 km au sud d’ici et ne voulant pas prendre de risque, nous nous résignons à aller à l’hôtel. Coup de chance, au moment où nous nous apprêtons à payer, la dame à qui nous avons parlé il y a une heure arrive en voiture avec sa belle-fille. Elle a parlé à son fils et nous propose son jardin … fantastique ! On se croit revenu à la belle époque de l’hospitalité ouzbèke et khirghize !

Cette dame nous fait tellement confiance que le lendemain elle nous confie les clefs de sa maison, ‘vous n’aurez qu’à les jeter par-dessus le portail’ et elle part chez le médecin ! Nous prenons notre temps aujourd’hui, il ne reste plus que 60 km jusqu’à San Juan. La route est bordée de petits villages, toujours ces petites maisons en briques de terre. Nous nous demandons comment les gens vivent ici. La terre est tellement aride qu’il ne doit pas être facile d’élever des bêtes ou de cultiver des champs. Nous sommes choqués de la différence de niveau de vie entre les gens de la campagne et les citadins. Nous n’avions pas constaté une telle différence en Asie Centrale où les gens de la campagne vivaient dans des maisons de taille conséquente et possédait toujours une vache, quelques poules et quelques moutons. Alors que nous sommes arrêtés sur le bord de la route, un jeune à moto s’approche. Il a vu nos vélos dans un film de Jackie Chan ! Ce genre d’approche a le mérite de sortir de l’habituel ‘est-ce confortable ?’. Il travaille à la mine d’or, encore une mine gérée par une société canadienne. Il est payé 400 euros par mois … écœurant quand on pense aux bénéfices que l’entreprise doit faire. Ce jeune nous explique que l’éducation est publique mais comme il faut payer pour les livres, un ordinateur etc… au final, il ne peut pas faire d’études. Nous sommes un peu tristes, il a l’air intelligent et cultivé (il sait par exemple que la tour Eiffel avait été construite temporairement pour l’Exposition Universelle) et pourtant on ne lui donne pas sa chance. Nous arrivons à San Juan en milieu d’après-midi et nous posons dans une hospedaje sympa.

Sylvie entame un gros rhume et comme la route qui vient ne va pas être facile, des montées dans la chaleur, nous passons deux jours à San Juan pour lui donner le temps de récupérer. Jay et Jenny sont heureusement tr

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s relax et décident de nous attendre. Nous passons donc deux jours tranquilles à cuisiner, regarder des films et boire la bouteille de vin que Jay et Jenny nous ont offert pour fêter nos fiançailles ! Ça ressemble à du luxe après tous ces jours de repos à Ushuaia et Mendoza.

Nous déjeunons près du sanctuaire de Difunta Correa (défunte Correa), à une soixantaine de km de San Juan. Au XIXème siècle, cette femme a voulu rejoindre son mari parti à la guerre et elle est morte de soif sur la route. Son bébé a survécu en tétant et a été recueilli par des gens qui passaient. Depuis, les Argentins ont élevé des petits sanctuaires à son nom un peu partout sur les routes d’Argentine et ils déposent des bouteilles d’eau pour ceux qui passent et en manquent puissent se désaltérer. Apparemment, c’est ici que le drame se serait déroulé. Mais on a vu des sanctuaires jusqu’en Terre de Feu. Nous achetons une grande bouteille de boisson gazeuse au pamplemousse rose dans un petit café et en échange nous pouvons pique-niquer à l’ombre. Il fait très chaud et tout est calme. Un cavalier arrive, attache son cheval devant le café et rentre s’acheter un Coca. On se croirait dans Lucky Luke ! La route est toujours aussi peu intéressante, sable et buissons épineux. Nous sommes d’ailleurs très prudents quand nous sortons de la route, les épines font 3 ou 4 cm de long, nos pneus même renforcés ne tiendraient pas le choc. Nous nous arrêtons en fin de journée dans un petit village. Une pelouse bien verte attire notre œil, c’est inattendu en plein désert. La famille à qui nous demandons si nous pouvons planter nos tentes chez eux est très accueillante bien que très pauvre. Une sœur et deux frères vivent dans une petite maison en terre avec toute une troupe d’enfants. La femme nous explique qu’elle a perdu une de ses filles l’an dernier et qu’elle a recueilli une partie de ses petits-enfants. Les autres ont dû être dispersés chez leurs oncles et tantes. La fille aînée ne parait pas dix-huit ans et elle a déjà un bébé de neuf mois. Son petit frère Gabriel, douze ans, est vif et intelligent mais que va-t-il devenir ici avec seulement trois ou quatre heures d’école par jour ? Cette famille a l’air de survivre avec quelques chèvres, un petit potager et la grand-mère qui vend des beignets sur le bord de la route. En partant le lendemain matin, nous prenons une photo que nous leur enverrons et leur donnons un paquet de lentilles. Nous sommes frustrés de ne pas pouvoir les aider plus.

Ce jour-là le paysage commence enfin à changer. Le matin, nous roulons entre des étendues de sable ocre parsemées d’arbres rabougris. Nous déjeunons à Marayes, deux maisons et beaucoup de poussière. Comme dans Lucky Luke, on s’attend à trouver un homme endormi contre le mur, un immense chapeau sur les yeux. Ces petits villages assoupis nous sauvent la vie, nous y trouvons de l’eau et de l’ombre, mais nous plaignons les gens qui y habitent ! Pourtant ce jour-là, la dame à qui nous achetons notre habituelle bouteille de pomelo nous dit qu’un Français et une Argentinienne ont décidé de se marier dans ce village … quelque chose a dû nous échapper, ce village doit avoir un charme caché ! L’après-midi, le paysage devient rocailleux et nous retrouvons les buissons épineux. Un fort vent de face nous ralentit. Tous les blogs de cyclistes disaient que le vent souffle du sud ! On devrait le savoir, on a rarement de la chance avec le vent. Nous continuons notre route au nord mais les garçons qui s’étaient dévoués en début d’après-midi pour ouvrir la route fatiguent et nous finissons pas nous relayer tous les quatre : chacun fait un km en tête puis bascule à l’arrière de la file. Nous nous arrêtons tous les dix km pour une pause cacahuètes et pomelo gazeux. La journée se termine sur une interminable montée de presque dix km pour atteindre le village de Chucuma. Nous sommes épuisés, presque à en pleurer de fatigue pour certaines… Nous apprécions quand même le coucher de soleil qui allume un dégradé de rose, orange, violet sur la vallée. Il fait presque noir quand nous arrivons au village et heureusement le boulanger du village nous propose un petit espace sous les arbres à côté de sa maison. Sa femme nous prépare des pizzas à la pâte bourrative, nous n’avons pas à cuisiner et pouvons nous glisser rapidement dans nos duvets.

Le lendemain, nous nous sentons en vacances. Il ne reste plus que soixante km jusqu’à San Agustin del Valle Fertil où nous prendrons un jour de repos. Le vent a enfin décidé de souffler du sud et la route n’est que légèrement vallonnée. Nous nous arrêtons à Astica, village très attendu depuis que la dame de Marayes nous a dit qu’on y trouvait des dulces délicieux. Effectivement, dans une maison orange, nous trouvons la plus belle collection de confitures et de chutneys qu’on puisse imaginer. Ce petit village aux rues ombragées n’a rien de particulier mais la dame de Mar-Flor (la dulceria) a su créer un attrait. Elle a repris et modifié les recettes de confiture de sa grand-mère et maintenant, tout le monde s’arrête pour y goûter. Dulce de leche au lait de chèvre, miel et noix, olives fourrées aux noix, poires au vin blanc, chutney de cerise, confiture de figues, confiture de figues de Barbarie (le cactus), confiture de cédrat … les recettes sont parfois originales et toujours originales. Etant à vélo, nous nous ‘limitons’ à quatre pots de confiture chacun. ‘Il faut les manger rapidement, sinon ça ne va pas se conserver’ nous dit la dame inquiète. Pas de problème, faites confiance à des cyclistes pour descendre des pots de confiture et de dulce de leche en moins de deux jours ! L’arrêt suivant se fait à un camping/café ombragé en bord de route. Nous avons à peine fait vingt km mais il est temps de goûter ce fameux chutney de cerise avec du fromage de chèvre et du pain maison ! Nous faisons une petite promenade le long de la rivière. Quelques pétroglyphes ont été gravés surles rochers et on peut aussi voir des mortiers de pierre utilisés par les peuples qui vivaient ici il y a plusieurs centaines d’années. Jay et Jenny font un plongeon dans la rivière puis nous repartons pour San Agustin. Nous trouvons des cabanas dans un superbe jardin avec piscine !

Le lendemain, baignade dans la piscine pour Jay et Sylvie … Ben et Jenny se contentent de regarder et crier quand on les éclabousse ! L’eau est un peu fraîche mais c’est tellement agréable. Le soir, asado de viande, saucisses, boudin noir et légumes … Nous nous laissons tenter par un deuxième jour de repos dans cet endroit idyllique. San Agustin est un petit village tranquille, juste un peu plus gros que les hameaux que nous avons passés sur la route. D’autant plus tranquille que tout ferme à deux heures de l’après-midi. Les magasins rouvrent à cinq heures et ferment à neuf ou dix heures du soir. C’est vrai qu’il fait chaud mais de là à faire une sieste de trois heures… Nous prenons vite nos habitudes, courses deux fois par jour au petit magasin du coin. Le commerçant est très sympa, nous aide à choisir la viande et arrondit toujours l’addition en-dessous. Ben accompagne Jay et Jenny chez le dentiste. C’est vraiment un hôpital de campagne. Il y a écrit Urgences au-dessus d’une porte mais c’est la seule porte … quelques hommes en blouse verte viennent inspecter les vélos que Sylvie surveille.

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