Retour dans l’hémisphère nord

Publié le par Sylvie

Toronto – Windsor - Ottawa … 05/07 – 26/07

Atterrissage matinal à l’aéroport international Pearson de Toronto. Impression de déjà-vu … nous y sommes passés plusieurs fois lorsque nous venions rendre visite à Philippe, le père de Ben. La dernière fois, c’était en octobre dernier, alors que nous étions en transit pendant 8h entre Tokyo et Santiago. Nous avions réussi à revoir Philippe et Carole, la sœur de Ben. Visite suspendue dans le temps alors que nous étions fatigués par déjà 10h d’avion, en train de changer de continent, avec encore 10h d’avion pour rejoindre Santiago du Chili.

Cette fois-ci, c’est un peu différent, nous débarquons avec nos deux vélos, deux gros cartons et quatre sacoches … quel sera notre volume de bagages lorsque nous pédalerons avec des enfants ?! Nous refusons de nous plier à la règle de l’aéroport qui réclame 2$ pour utiliser un chariot à bagages. Nous transportons en plusieurs voyages nos bagages jusque dans le hall d’arrivée où personne ne nous attend cette fois-ci… snif ! La sueur nous dégouline sur la figure et le corps. C’est vrai, c’est l’été ici. Nous avons perdu l’habitude de la chaleur humide après un été plutôt frais en Patagonie et un hiver plutôt tiède au nord de l’Argentine. Nous enfourchons nos vélos réassemblés et … avant même d’avoir réussi a sortir de l’aéroport, nous nous emmêlons les pédales. Un petit tour d’échangeur routier, et 2 km plus tard, nous voilà revenu devant le hall des arrivées ! La route jusqu’au centre de Toronto est un pur bonheur. Sébastien, un vieux (très vieux !) copain de Ben, nous a envoyé la route par email : nous suivons des pistes cyclables le long d’une rivière et à travers des parcs jusqu’à toucher le rivage du lac Ontario.

Imaginez ! Nous avons pédalé ces deux derniers mois dans des paysages arides et rocailleux où lamas et guanacos tournent la tête pour mieux voir ces drôles de vélos. Des bus, des camions et des voitures nous dépassent en klaxonnant (en nous arrachant les tympans devrait-on dire). Le vent soulève la poussière créant des voiles gris au loin et nous craignons les tempêtes de sable qu’ont connu plusieurs de nos amis cyclistes. Aujourd’hui, nous croyons pédaler dans un rêve. D’abord, l’abondance de vert nous surprend et nous rafraichit : les pelouses bien taillées, les arbres, les buissons. Les pistes cyclables sont à côté de la route, c’est bien agréable de ne pas avoir à vérifier dans le rétroviseur toutes les cinq minutes si un conducteur de bus machiavélique n’arrive pas derrière nous avec la sournoise intention de nous ‘tailler un short’. Nous retrouvons Sébastien devant chez lui, un appartement à quelques rues du front de mer (ou plutôt du front de lac, le lac Ontario). Grandes retrouvailles, du temps a passé depuis le Nouvel An 2006 que nous avions fêté ensemble à Toronto. Nous faisons connaissance de Carolina, la femme de Sébastien, et du beau Pablo, leur petit garçon d’un an. Le soir, le reste de la famille débarque, Chantal, la maman de Sébastien, et Guillaume, son frère. Ben est aux anges, c’est comme au bon vieux temps quand il était en stage à Toronto.

Deux jours plus tard, nous partons pour Windsor. Rien à voir avec le village de la famille royale anglaise ! A la place d’un beau château, il y a un immense casino et … c’est à peu près tout. La vue sur les gratte-ciels de Detroit est la seule autre attraction pour ceux que le casino n’intéresse pas. Detroit et Windsor sont situés de chaque côté d’un étranglement (d’où Detroit…) entre le lac St Clair au nord, et le lac Erie au sud. Mais nous ne venons pas ici pour faire du tourisme, nous rendons visite à Philippe, le Papa de Ben qui travaille ici depuis quelques mois. Pendant une semaine, nous nous relaxons, Ben profite un maximum de son petit papa chéri et nous en profitons aussi pour bien manger (Philippe est un fin chef), boire, raconter des anecdotes de notre voyage, mettre les dernières photos sur le blog et réfléchir à notre itinéraire au Canada. Le week-end, nous descendons au sud, par les vignobles, visiter le village d’Amherstburg, avec de mignonnes petites maisons à l’ancienne.

Autant le voyage aller en bus (les fameux Greyhound) a été inconfortable, autant le retour en train sur Toronto est luxueux. Au lieu de passer 4h assis sur un siège inconfortable, les genoux coincés dans le dossier de devant, nous voyons le paysage défiler de nos sièges larges inclinables avec wifi s’il-vous-plaît ! Nous n’avons pas pris le bus par plaisir, le train est généralement plus cher que le bus…
Nous passons un super petit week-end à Toronto en compagnie de Sébastien et sa famille. Ben, Sébastien et Guillaume ressassent le bon vieux temps de 1998 lors de la coupe du monde de foot et qu’ils avaient tous fait la première page des journaux. Je vous laisse imaginer ces trois-là ensemble…

Le lundi matin, nous quittons à regret la famille de Sébastien (mais nous les reverrons dans 2 mois) et nous remontons enfin sur nos vélos. Entre l’arrêt à Salta pour les emballer, la visite de Buenos Aires et les visites ici au Canada, nous n’avons pas pédalé depuis quatre semaines. On s’est bien dit qu’on allait y aller doucement pour recommencer … mais nous devons être le vendredi soir à Ottawa pour y retrouver Philippe chez son amie Honorata. Toronto – Ottawa = 500 km soit 100 km par jour en moyenne … pas mal pour une reprise ! Nous longeons le bord du lac Ontario pour quitter Toronto. C’est l’image du Canadien sportif : de jeunes mères en jogging courent ou patinent en poussant leur bébé dans un petit chariot, des pères passent à vélo avec leurs enfants, des gens courent ou font de la marche rapide … il y a une piste cyclable et une voie pour les piétons, c’est très organisé. Nous poussons des oh et des ah devant les maisons qui sont toutes plus grosses les unes que les autres. ‘Big is beautiful’ comme disent les Américains … Les maisons aux murs de briques rouges et fenêtres blanches ont un certain charme tout comme celles aux murs recouverts de lattes métalliques de couleur. Certains propriétaires n’ont par contre visiblement pas anticipé le résultat de leur rêve : de grandes maisons aux formes massives, presque cubiques, aux murs couverts de fausses pierres, style le château de la Belle au Bois dormant à Disneyland ! Un couple âgé passe la tête par-dessus la clôture de leur jardin : ‘Où allez-vous ? d’où venez-vous ? qu’est-ce que vous êtes chargés !’. Notre première rencontre avec les locaux se passe à merveille et ouvre le bal des questions qui vous nous assaillir chaque jour dans les deux prochains mois. Ce couple est adorable, nous parle de leur maison qu’ils ont acheté dans les années 70 ‘quand la route était encore un chemin de terre et qu’il n’y avait pas de trottoir’. Le mari, un peu inquiet devant notre nonchalance – ‘une carte ? non, on n’en a pas, on suit les panneaux et les indications de Google !’ – nous propose son atlas routier. Heureusement sa femme le rassure ‘ne t’inquiète pas, ils ont tout ce qu’il leur faut’, ouf, on se voyait déjà chargé de quelques kilos supplémentaires ! Ici comme en Amérique du Sud et en Asie, un tel voyage suscite l’émerveillement : nos 21.000 km sonnent comme un véritable exploit physique et les ’35-40 kg de bagages par vélo sans compter le vélo’ paraissent presque aussi pesants que le globe d’Atlas. Nous sommes surpris car nous voyons passer beaucoup de cyclistes de route et quelques cyclotouristes. Pourtant le voyage à vélo semble encore inaccessible à beaucoup de gens. A l’entrée de Pickering, une petite ville de villégiature, Sylvie est outrée : ‘Regarde, Ben, mais regarde, ils nous accueillent avec une liste de 10 choses interdites au lieu de nous souhaiter la bienvenue !’. C’est l’envers du décor, si le pays est si propre et calme c’est en partie à cause de toutes les lois qui régissent la vie des citoyens. Sylvie pestera aussi pendant plusieurs semaines contre les portes des magasins, il y en a une pour entrer et une pour sortir et il ne faut pas se tromper. Retour à la civilisation… A Pickering, nous croisons Ed, notre premier cyclotouriste au Canada. Il fait une route bien connue, la Transcanadienne, de Vancouver à St John’s (Terre-Neuve). Beaucoup de gens supposent d’ailleurs en nous voyant que nous traversons le Canada. Nous nous excusons alors avec un peu d’impertinence : ‘Nous ne pédalons que de Toronto à Terre-Neuve parce que nous terminons un tour du monde et il ne nous reste plus assez de temps’… Ed a bien roulé, 4.000 km en 2 mois, le double de notre moyenne mensuelle ! A Oshawa, arrêt attendu depuis plusieurs mois avec impatience au Tim Horton’s. C’est une chaîne qui vend des donuts et des muffins et des cafés … lieu de prédilection de Ben pendant son année d’études à Québec. Sylvie choisit un muffin aux dattes et noix en se disant qu’elle a encore deux mois pour tester tous les parfums. Ben ne comprend pas la logique de cet esprit éclectique : pourquoi changer une fois qu’il a trouvé un parfum qu’il aime ? En l’occurrence sa valeur sûre est le boston cream, un donut sans trou (‘comme ça il y en a plus !’) fourré à la crème anglaise et recouvert de chocolat. Un couple francophone nous aborde : ‘Vous êtes des Français de France ?’ Ben, oui … A l’étranger, nous étions des Français. Ici, il faut composer avec les Franc-Ontariens, des Canadiens de l’Ontario, les Québécois, les Acadiens et probablement encore beaucoup d’autres Canadiens francophones… nous sommes donc des ‘Français de France’ ! Après Oshawa, nous roulons enfin dans la campagne. Les champs fauchés ou encore en herbe s’étendent sur les collines alentours, ponctués ici et là d’une ferme et une grange aux murs rouges et au toit bombé comme les fermes hollandaises. La route est plus vallonnée que ce que nous pensions et la distance un peu plus longue … Googlemaps nous annonçait 110km, il nous en faudra 125 pour atteindre Port Hope et la maison accueillante de Bart et Judith. Bart fait partie de ces êtres un peu fous que nous admirons et dont nous nous sentons assez proches depuis que nous voyageons. Il y a quelques dizaines d’années, il a pédalé jusqu’à Inuvik, un petit village des Territoires du Nord-Ouest, presque au bord de l’Océan Arctique. Les derniers 1.000 km étaient de la piste … nous nous souvenons de la Carretera Australe et rêvons… Bart et Judith commençaient à s’inquiéter, il est 20h30 quand nous arrivons chez eux. Heureusement Pierce et Paige, les enfants adolescents de Bart, ont attendu patiemment le dîner et nous nous attablons tous les six devant des saucisses grillées, des haricots verts et un délicieux gâteau aux fruits rouges, œuvre de Bart. Après avoir pédalé tout au nord, Bart est tombé amoureux de ce petit village, s’y est marié et y a vécu neuf ans. Il est finalement revenu en Ontario où il a rencontré Judith, une artiste très créative. Nous aimons particulièrement sa ‘sculpture’, une calebasse évidée munie d’un zip ! Nous passons une très bonne soirée en leur compagnie et ne partons nous coucher que lorsque le sommeil menace de faire tomber Ben de sa chaise.

Nous quittons Bart et Judith après quelques photos dans leur beau jardin fleuri et promettons de repasser les voir lorsque nous traverserons le Canada à vélo, la prochaine fois ! Vers midi, une petite voiture bleue arrive en face et ralentit à notre hauteur. Une tête brune aux cheveux coupés courts passe par la portière : ‘On se retrouve au cimetière un km plus loin !’. Ben est éberlué : ‘Mais c’est qui ceux-là ?’. Sylvie, qui n’est pas encore anesthésiée par la faim, lui rafraîchit la mémoire : ‘Enfin, c’est Scott et Becky, tu te souviens, on a dit qu’on les retrouvait pour déjeuner aujourd’hui !’. Ben était au courant mais il avait du mal à croire que deux vélos couchés de la taille des nôtres et des sacoches pouvaient tenir dans une si petite voiture. Notre rencontre avec Scott et Becky remontent à deux ans déjà quand nous avions découvert leur site internet. Nous étions en Turquie et eux commençaient un tour du monde à vélo sur des Streetmachines, les mêmes vélos que nous. Nous avons continué à échanger des emails, eux nous interrogeant sur le port du foulard à vélo en Iran et nous, récemment, sur les pistes cyclables en Ontario. Et nous avons finalement réussi à nous rencontrer. Ils descendent à un événement de vélo dans l’Iowa et par chance leur route croise la nôtre aujourd’hui. Au Canada, les cimetières ressemblent à des parcs : pas de pierres tombales, juste des stèles posées sur une pelouse fleurie. Nous pique-niquons à l’ombre et le temps passe très vite : nous parlons de nos tours du monde, Becky parle de la reprise du travail et Scott nous explique que depuis qu’il est rentré, il cherche ce qu’il veut vraiment faire. Nous réalisons que le retour risque de ne pas être facile pour nous non plus. Nous en sommes conscients mais nous ne savons pas encore dans quelle mesure ce voyage nous a changés. Il y aura des gens que nous serons heureux de revoir, des choses que nous serons heureux de retrouver … mais qu’est-ce qui va nous agacer ? y-a-t-il des choses, des réflexions, des façons de vivre, des habitudes que nous ne supporterons plus ? Nous quittons Scott et Becky et reprenons la route songeurs. Du bord du lac Ontario, nous nous enfonçons dans le Prince Edward County, une sorte de péninsule qui s’avance dans le lac, couverte de vignobles et de pommeraies. Ce soir, nous avons rendez-vous avec Rick et Katie. Nous avons repris le réflexe Warmshowers, à 30$ par nuit, même les campings sont trop chers pour nous ! Nous sommes finalement bien contents car ce site nous permet de rencontrer des gens formidables comme les cyclistes qui nous ont hébergé lors de notre périple au Japon ou encore Bart et Judith et Rick et Katie. Bloomfield est un petit village aux rues bien tenues. Les maisons en briques ou aux murs lattés sont entourés de pelouses aussi bien taillées qu’un terrain de golf. Soudain, un magasin en bois entouré de vélos bizarres disposés en vrac sur le trottoir. Derrière, il y a comme une gigantesque carcasse de bateau retourné. Nous ne savons pas trop comment nous annoncer quand une femme ouvre la porte du bateau retourné et nous accueille avec un grand sourire : ‘Posez vos vélos et venez vite, les pizzas sortent du four !’. C’est Katie… Rick, son mari, est effectivement en train de mettre sur la table de gigantesques pizzas au pesto, aux légumes (de leur jardin) et au fromage. Ne sachant pas si nous étions végétariens ou non, Katie a fait la pâte avec de l’amaranthe, plus riche en protéines que la farine de blé. Nous sommes touchés de cette attention. Le pesto est frais du jour, préparé avec le basilic du jardin. Nous passons une soirée passionnante avec ce couple Américain d’une cinquantaine d’années qui a fondé le BBC il y a vingt-cinq ans … BBC pour Bloomfield Bicycle Company bien sûr. Les gens viennent de tout le Canada pour des pièces de vélo, l’expertise et le service hors-pair. Rick et Katie passent les six mois chauds de l’année ici et l’hiver, ils descendent dans le Texas et pédalent aux Etats-Unis. Cette grosse carcasse en bois est en fait une grange construite juste après la 2nde Guerre Mondiale. 60 ans plus tard, elle est toujours en superbe état et abrite la cuisine, la salle de bains, un nombre hallucinant de vélos en plus ou moins bon état et des matelas pour les invités. Rick et Katie dorment au-dessus du magasin. Derrière, c’est la jungle, leur jardin bio exubérant. Nous passons la soirée à évoquer leurs voyages à vélo les bienfaits et les méfaits de notre civilisation actuelle … Leur devise est d’ailleurs ‘TV sucks … ride your bike’ ou en français ‘La télé c’est nul, faites du vélo’.

Nous passons une bonne partie de la matinée à réviser les vélos avec Rick et Katie. Sylvie reçoit un nouveau compteur de vélo qui lui donne la cadence de pédalage et Rick bricole le rétro droit de Ben pour qu’il tienne à nouveau sur son guidon. Nous quittons ce magasin délirant et nos hôtes si accueillants en fin de matinée … nous ne sommes pas pressés, nous n’avons ‘que’ 70 km à faire aujourd’hui. Le ferry de Glenora nous ramène sur la terre ferme et nous pédalons le long du lac Ontario en direction de Kingston. Il fait beau et nous flânons. Un cube rouge monté sur roues nous dépasse et ralentit devant une boîte aux lettres. Une main se tend par la portière droite et dépose des lettres. Une ampoule s’allume au-dessus de nos têtes, c’est le postier ! Les voitures de la poste ont le volant à droite non pas parce qu’elles sont importées d’Angleterre, suivant une réflexion saugrenue de Sylvie, mais par souci d’efficacité. Nous nous amusons à observer la petite voiture rouge s’arrêter à toutes les boîtes aux lettres et y glisser les lettres. Une preuve d’efficacité qui nous tracasse et ne nous amuse pas sont les malls, ces immenses centres commerciaux à l’américaine. Dans les grandes villes, il y a peu de magasins. Qu’on achète ses repas de la semaine, un livre ou un médicament, tout se trouve au mall. Pour les cyclistes, c’est bien plus pratique de poser son vélo devant la vitrine du magasin et faire ses courses tout en gardant un œil sur le vélo. Si on oublie ce souci de cycliste, les malls ne favorisent pas l’exercice, (tout est au même endroit) et sont froids. Pas de relation personnalisée entre le propriétaire du magasin et les clients, les malls regroupant souvent des chaînes de magasins. Nous arrivons à Kingston en fin d’après-midi avec un fort vent de dos, poursuivis par de gros nuages sombres. Nous comptons camper ce soir mais avec la pluie, l’idée parait moins attrayante. Nous traversons Kingston quand Ben a un éclair de génie : ‘Dis donc, il n’y aurait pas un Holiday Inn ici ? on pourrait utiliser tes points, Sylvie’. Comme par magie, un hôtel Holiday Inn apparait au bout de la rue ! Et comme par magie, nous pouvons nous connecter gratuitement à leur réseau wifi, à l’abri sous l’auvent pendant que l’orage passe. Cet hôtel-ci est complet mais le Holiday Inn Express, à 5 km au nord, en direction d’Ottawa, a des chambres libres. Le réceptionniste a le sens de l’humour : ‘Voici des bouteilles d’eau, vous devez en avoir besoin. Je ne vous indique pas la gym, je suppose que vous êtes plutôt tentés par un bain chaud !’. Ledit bain chaud est un délice pour nos muscles fatigués. Nous fêtons le passage des 21.000 km chez Wendy’s, ‘comme un MacDo mais en mieux’ dit Ben à Sylvie pour la décider.

Le lendemain, nous dévalisons sans vergogne le buffet du petit-déjeuner … ne jamais inviter un cycliste à un buffet à volonté ! Ben empile les tranches de bacon dans son assiette, cachées derrière une montagne d’œufs brouillés pendant que Sylvie lorgne sur les muffins mais se contente de deux yaourts et d’un gros bol de céréales. Aujourd’hui, nous entamons la route du canal Rideau, un canal entrecoupé d’une quarantaine d’écluses qui relie Kingston à Ottawa. C’est le plus vieux canal en activité d’Amérique du Nord, il a été construit après la guerre de 1812 pour empêcher d’autres invasions américaines au Haut-Canada, alors colonie britannique. L’objectif initial du canal était militaire – sécuriser la voie d’approvisionnement et de communication entre Montréal et Kingston. La route ne longe pas le canal mais passe par de mignons petits villages, très paisibles. Chaque année, des centaines de cyclistes se réunissent au début de l’été, le temps d’un week-end pour relier Kingston à Ottawa. Aujourd’hui la route est calme et ensoleillée. De temps en temps, une voiture nous dépasse, probablement une famille qui rejoint son ‘cabanon’, une des maisons en brique ou en bois qui jalonnent les collines vertes. Nous rencontrons ainsi une famille américaine qui vient de l’Idaho passer quelques semaines de vacances dans une ‘cabin’, un de ces maisons, que leurs grands-parents ont acheté il y a … longtemps ! Nous profitons d’un ‘halte municipale’ pour déjeuner. Chaque village d’Ontario offre un petit parc avec tables et bancs et parfois des toilettes, une aubaine pour le cycliste affamé. Nous remplissons nos gourdes aux fontaines publiques, plutôt rares, ou dans les bars. Ben pousse parfois le vice à envoyer Sylvie demander de l’eau quand nous sommes en face d’un marchand de glaces ! Nous arrivons à l’écluse de Kilmarnock en fin d’après-midi, un petit paradis. La maison de l’éclusier est un petit bijou, toute en pierres grises comme les maisons bretonnes. Nous osons à peine entrer de crainte d’abîmer le parquet étincelant. Pour 10$ (8 euros), nous campons sur une pelouse vert émeraude au bord du canal. Quelques bateaux à moteur sont amarrés au quai. Nous enfilons nos maillots de bain et nous douchons dehors à la tasse. Encore novices, nous nous faisons dévorer par les moustiques. Il faut être dans la tente une fois que le soleil est couché ! Sylvie fait la connaissance d’une Canadienne, elle est sur un des bateaux avec ses parents et ses deux enfants. Coïncidence amusante, elle a vécu deux ans sur l’île de Shikoku, au Japon, et a fait le pèlerinage des 88 temples à vélo … nous aussi, nous avons traversé cette île à vélo et nous avons visité quelques uns des temples.

La tente est pliée, nous sommes prêts à partir… mais nous n’avons pas été assez rapides. Les éclusiers tournent des manivelles à la main, le pont pivote et quatre petits bateaux viennent se positionner dans l’écluse. Une fois que l’eau atteint un certain niveau, les éclusiers ouvrent les vannes pour que l’eau monte plus vite. L’écluse pleine, les bateaux sont libérés, le pont retrouve sa place et nous pouvons traverser. Au loin sur le canal, quatre bateaux à moteur arrivent, l’écluse doit tourner à plein régime pendant les vacances d’été. Sylvie garde les vélos pendant que Ben fait les courses dans un petit magasin de Merrickville. Un homme s’approche : ‘Je connais ces vélos, l’oncle de ma femme en a fabriqué quelques uns !’. Nous longeons le canal puis la route part dans la forêt. Nous terminons le long de l’aéroport d’Ottawa, dans un charivari d’échangeurs routiers, le choc ! Heureusement, Ben nous ramène le long du canal grâce à son sens de l’orientation et nous entrons dans Ottawa sur une piste cyclable, le long de ce qui est, l’hiver, la plus longue patinoire du monde, 7,8 km, l’équivalent de 90 patinoires olympiques de hockey ! Nous retrouvons Philippe et Honorata et Nicholas, le fils d’Honorata. Pour fêter les retrouvailles, Philippe et Honorata nous emmènent tous dans un petit restaurant délicieux. Ben découvre le S’mores, un dessert complètement décadent, une glace aux marshmallows avec du chocolat, entre deux gaufrettes … et on oublie probablement des ingrédients !

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