Persépolis, cité magique

Publié le par Sylvie

Shiraz ... 14/09 - 16/09 

Nous arrivons tout cassés après une nuit dans le bus. On donne rendez-vous à Dimitri et Bruno dans le centre. Ils s´élancent sur leur vélos, on regrette les nôtres dans un moment pareil. Nos sacoches ne sont pas faciles à porter et on marche un km avant de trouver un bus pour le centre. Ce serait trop facile de relier la gare de bus au centre ville avec une navette!
 
Les hôtels sont sur un boulevard bruyant et aucun d´eux n´est aussi agréable qu´à Isfahan. Dimitri et Ben en trouvent un avec une chambre de 4, salle de bains dans le couloir. La chambre est bruyante mais c´est la seule qui ait une fenêtre.
Shiraz ne nous frappe pas comme étant une ville agréable. Il fait très chaud, il y a beaucoup de circulation et l´énorme boulevard à 6 voies qui traverse le centre ne laisse aucune place au charme.
Persépolis, au contraire, nous enchante. Le site est à une cinquantaine de km au nord-est de Shiraz. Nous commençons par visiter les tombeaux de Naqsh-e-Rostam. Quatre tombes creusées dans la roche nous surplombent, ce sont censées être les tombes de Darius I, Artaxerxes I, Xerxes I and Darius I. Avec la lumière du matin, le fronton des tombes prend une couleur dorée... On pense aux pyramides égyptiennes, à Louxor...
Persépolis a été largement détruit par Alexandre le Grand mais il reste suffisamment de vestiges pour imaginer la splendeur du site. Un double escalier mène au site. Un côté était réservé aux dignitaires du pays, l´autre, aux représentants des pays étrangers. On arrive ensuite sur un grand plateau hérissé de colonnes à moitié détruites. Le hall de réception était supporté par cent colonnes. On ne peut qu´imaginer le nombre de personnes lors de réceptions!
Les murs sont ornés de nombreux bas-reliefs: représentants des pays étrangers venant offrir des présents au roi, guerriers perses aux cheveux bouclés... Un motif revient fréquemment, un aigle aux ailes déployées à tête humaine. C´est un symbole zoroastrien qui regroupe plusieurs enseignements: les 3 étages de plumes symbolisent les bonnes actions, les bonnes paroles et les bonnes pensées; le cercle dans la main droite signifie que tout revient vers nous, bonnes et mauvaises actions etc.
Nous restons 3h sur le site à déambuler entre les colonnes, admirer les bas-reliefs... c´est émouvant de penser qu´un peuple a vécu ici il y a plusieurs milliers d´années.
En rentrant à Shiraz, nous visitons la tombe d´Hafez, un poète iranien célèbre. Les Iraniens viennent ici comme on fait un pèlerinage. Assis sur des bancs, au milieu des jardins, dans la fraîcheur de la fontaine, des couples lisent les vers d´Hafez. On se sent envahi par la sérénité.
On achète un pique-nique pensant devoir se cacher pour déjeuner dans le parc à côté. Mais Shiraz est une ville libre! Où qu´on regarde, des couples et des familles ont étalé des tapis et pique-niquent à l´ombre des arbres. En plein Ramadan, on n´en revient pas!
On tente ensuite de rejoindre le centre de Shiraz mais personne ne nous comprend. Pourtant c´est une grande place. En désespoir de cause, Ben lance au chauffeur: "Sa´adi street!". Il nous fait signe de monter mais on se rend vite compte que ce n´est pas bon, on va à l´opposé. Une dame nous fait signe de descendre au 5e arrêt. Mais ce n´est pas là du tout, on est dans une banlieue de la ville. Une jeune femme en tchador tente de nous aider mais, ne parlant pas anglais, elle appelle une amie. Pour finir, la femme nous invite chez elle. Avec son mari, Hasan, ils habitent un tout petit appartement avec une belle vue sur la vallée. On s´installe tous les 4 dans leur petit salon par terre sur des tapis. La nièce de Hasan arrive. Elle est professeur d´anglais et  grâce à elle on peut enfin communiquer avec Hasan et sa femme et les remercier de leur accueil chaleureux. On goûte un plat délicieux: des croquettes de viande avec du riz. Hasan nous joue ensuite du santour, un instrument de musique à cordes (comme le kanun dont Cem avait joué à Unye). La musique est très douce, comme des gouttes de pluie. Hasan et sa femme ont l´air assez libérés. Sa femme ne porte pas le foulard malgré la présence de Ben, Bruno et Dimitri alors que sa nièce le garde. Ils ne jeûnent pas et vont rarement à la mosquée. On passe un après-midi très agréable. Hasan et sa nièce nous reconduisent en voiture.
Le lendemain matin, on essaye de visiter Bargh-e-Eram. Mais ici, le système du double prix est toujours en vigueur: 5000 rials pour les Iraniens, 40000 pour les étrangers! On refuse d´entrer, quand on pense qu´on n´a payé que 5000 pour Persépolis. Un officier de police est persuadé de pouvoir nous aider mais le guichetier ne se laisse pas fléchir.
On prend le bus l´après-midi. La route est magnifique, désertique. On rencontre deux étudiantes infirmières, Parvin et Elham. Elles sont de Shiraz mais à cause des concours, doivent étudier à Yazd. Elles parlent très bien anglais. L´anglais est aussi mal enseigné qu´en France donc les Iraniens qui veulent parler couramment prennent des cours à l´Institut de langues.
Lors de nos visites, on s´extasie sur l´architecture mais beaucoup de petits détails de la vie quotidienne nous échappe. Parvin et Elham nous expliquent que Yazd est beaucoup plus traditionnelle que Shiraz. A Shiraz, elles se contentent de mettre une écharpe sur la tête. A Yazd, l´une d´elles porte le chador et l´autre, une sorte de cagoule noire et un manteau noir. Pour ne pas s´attirer de regards courroucés... 

Publié dans Iran

Commenter cet article