Mais… il fume !

Publié le par Sylvie

Kyushu : Miyazaki – Beppu … 14/09 – 22/09
Nous débarquons au port de Miyazaki, sur la côte sud-est de Kyushu. Avant même de pédaler, il nous faut des sous. Une de nos expressions courantes au Japon c’est : ‘Qu’est-ce que ça part vite !’. Qui revient environ toutes les semaines. Nous nous rassurons en faisant des sommes, des moyennes journalières, en enlevant des dépenses : ‘Oui mais ça, ça ne compte pas…’. Au final, nous arrivons à tenir notre budget de 30 euros/jour pour deux (ce qui est luxueux par rapport à la plupart des cyclistes rencontrés) parce que nous ne prenons pas de transport en commun et que nous campons dans des endroits gratuits. Nous avisons une banque. Elle n’ouvre qu’à 9h, dans un quart d’heure. Nous nous posons à côté d’un magasin et tout de suite, une dame sort, nous propose de nous mettre à l’ombre et nous amène deux verres de thé glacé. Un des motards du ferry passe à côté de nous quelques instants plus tard, s’arrête et nous tend un petit paquet de pâtes de fruits. On commence déjà à aimer le Japon !

Encore une fois Ben met beaucoup de temps à la banque et revient dépité : ‘Ils ne prennent pas les cartes étrangères !’. Oups, il ne nous reste plus que 10 euros et la ville principale est tout au nord, à 500 km d’ici. Les dames du magasin s’affairent pour nous aider puis le banquier revient en courant, nous pouvons retirer au 7 Eleven (une supérette) un peu plus loin. Drôle de solution.

Nous longeons la côte et nous croyons transportés à Hawaï. Enfin, nous n’y avons jamais été mais c’est comme ca que nous imaginons les îles: des palmiers qui se balancent dans le vent marin, une mer bleu intense, un ciel bleu et des nuages blancs qui flottent comme des flocons. D’ailleurs nous nous avouons un peu plus tard qu’un nom revient sans cesse dans nos têtes : Pearl Harbour ! Sans doute à cause du film. Nous déjeunons à côté d’Aoshima, une minuscule péninsule dont le sol rocheux est quadrillé comme si on y avait posé des dalles. Nous nous rappelons les Pancake Rocks en Nouvelle Zélande et la péninsule de Port Arthur en Tasmanie. En guise de déjeuner, nous achetons des bento box, des boites avec du riz, du poisson ou de la viande, un peu de salade. C’est joli mais peu nourrissant. On complète avec des pâtisseries et tout de suite la note grimpe. Aie, aie, aie, ça va être dur ! Ce sera un de nos souvenirs récurrents du Japon, la FAIM ! Non seulement, c’est relativement cher mais les portions sont minuscules. On comprend pourquoi les Japonais sont aussi minces, ils mangent comme des moineaux. Mais quand on pédale 60 à 80 km par jour avec des dénivelés de 1500m et des pentes à 8% (c’est-à-dire raides à très raides), ça ne suffit pas. Du coup, on a souvent l’estomac qui gargouille et on est toujours sur le qui-vive : ‘Regarde ce n’est pas trop cher et ça a l’air nourrissant…’. Ben met longtemps à oublier ces jours heureux en Chine où il se prenait un thé glacé à midi et un autre le soir avant de se coucher. Et Sylvie regarde d’un œil désespéré les glaces. Malheureusement les Japonais sont fans de glaces italiennes et on en trouve à tous les coins de rue ! Au bout de quelques jours, nous prenons notre rythme de croisière : bento box à midi, bananes pour la route (meilleur rapport poids-prix) et pâtes le soir. Nous consommons aussi pas mal d’onigiris, ces boulettes de riz triangulaires fourrées au poisson, aux légumes… et qu’on emballe dans une grande feuille d’algues. Sylvie adore aussi les boulettes de riz gluant fourrées à la pâte de haricots rouge et Ben ne manque pas de prendre un air dégoûté à chaque fois qu’elle en engloutit une ! Encore et toujours, notre sujet favori de conversation reste la nourriture. C’est un sujet de prédilection chez les cyclistes si on en croit les blogs d’Albane et Benoît et des Jolivot et toutes les discussions qu’on a avec les cyclistes. Pensez à nous la prochaine fois que vous croquerez dans un croissant ou un camembert !!

Après une cinquantaine de km, nous bifurquons dans les montagnes. Les palmiers et la mer cèdent la place à des petits villages aux maisons dans les tons gris et marron entourés de rizières où les épis de riz vert tendre se balancent avec la brise. Nous sommes un peu déçus par les villages. C’est comme si les habitants ne se souciaient pas de l’extérieur et se concentraient sur l’intérieur. A part les maisons des gens aisés. Nous frappons à la porte d’une maison un peu plus jolie que les autres. La dame nous fait comprendre : ‘Oui, bien sûr vous pouvez planter votre tente dans ce champ de riz fauché en face mais vous allez avoir plein de moustiques. Et puis il risque de pleuvoir. Plantez donc votre tente sous l’auvent devant ma maison’. Nous sommes très surpris, tout le monde nous a avertis que les Japonais invitent très rarement chez eux. Surpris mais enchantés, nous sommes toujours partants pour entrer en contact avec les locaux. Après avoir ‘planté’ la tente (sur du béton), elle nous invite à entrer chez elle pour prendre une douche. Nous tombons sous le charme et Sylvie est ravie, c’est comme si elle entrait dans son rêve de maison japonaise : les pièces sont divisées par des grilles de bois recouvertes de papier blanc, modulables à volonté et les planchers en bois sont recouverts de tatamis, ces sortes de tapis en paille de riz tressée serré, moelleux sous les pieds. Nous passons la soirée avec elle, sa sœur et le mari de sa sœur. Elle est veuve et vit seule mais son frère et sa sœur habitent dans des villages proches. Ses deux enfants ont la quarantaine et habitent des villes sur la côte de Kyushu. Nous n’aurions pas deviné qu’elle avait au moins la soixantaine. Ils ne parlent pas anglais mais nous nous débrouillons par signes et avec notre petit guide de conversation. Il y a d’ailleurs quelques moments très drôles. Ben demande où habite ses enfants mais se mélange les pinceaux avec les syllabes et cela donne quelque chose comme : ‘Kodo dokomo ?’. Le beau-frère part d’un énorme éclat de rire, c’est tout juste s’il ne se tape pas sur les cuisses tellement il trouve ça drôle. Il se lance dans des variations : ‘Kodo mokodo…’. Ben aurait dû dire : ‘Doko kodomo ?’ littéralement ‘Où enfants ?’. Le japonais est facile à prononcer, il n’y a pas de tons comme en chinois. Par contre, on se mélange souvent dans les syllabes.

Le lendemain matin, nous partons tôt, la route et les champs sont tout embrumés, quel contraste après la journée d’hier ensoleillée, chaude et humide. Notre gentille hôtesse nous donne plusieurs paquets de pâtes. Sylvie ne peut rien dire mais elle transporte déjà 3kg de flocons d’avoine (difficile à trouver au Japon) et plusieurs paquets de spaghettis. Elle tend une enveloppe à Sylvie en disant ‘O-cha’, ‘thé’. Chouette, du thé en feuilles se dit Sylvie. C’est un gros billet ! Nous n’acceptons jamais d’argent donc lui redonnons mais elle refuse. Enfin elle le reprend après un quart d’heure de bataille. Mais au moment du départ, elle traverse la route en courant et glisse l’enveloppe dans une sacoche de Ben juste comme nous nous élançons ! Flûte, nous n’avons pas le courage de tout recommencer pour lui rendre l’enveloppe. A la place, nous décidons de lui envoyer un petit cadeau d’une destination exotique… La route traverse la partie sud de l’ile de Kyushu, à travers plusieurs vallées. Les villages s’égrènent le long de la route, des champs de riz autour et entre les maisons. C’est la campagne mais chaque village est néanmoins équipé d’une supérette et il y a des distributeurs de boissons et de cigarettes partout même dans les endroits les plus isolés. Chez nous, c’est seulement dans les gares et les aéroports mais au Japon, on peut boire un thé au lait glacé ou un café en cannette n’importe où ! Nous craquerons une fois ou deux pour le Lemon CC, une boisson qui se targue de contenir l’équivalent en vitamine C de 50 citrons. Nous arrivons en fin d’après-midi à Sakurajima, le Vésuve de Kyushu. Premiers signes annonciateurs, les dents crissent, on a l’impression de rouler dans une tempête de sable sans sable… ce sont les cendres que le volcan, en activité, crache en permanence. Puis il apparaît, un immense cône posé sur la mer, des fumerolles dansant au sommet. C’est un des volcans les plus actifs au Japon. Lors de l’éruption de 1914, le volcan a cessé d’être une île lorsque la lave a comblé le détroit. Le danger permanent n’a pas empêché les habitants de s’installer à proximité. Kagoshima, 600.000 habitants est à 8km à vol d’oiseau et il y a même des gens qui vivent à la base du volcan! C’est le Japon alors tout est organisé, surveillé, analysé… Nous campons dans une Michi-no-eki, une aire de repos pour les automobilistes. Au Japon, une Michi-no-eki est plus qu’un simple parking avec des toilettes. Il y a généralement un magasin qui vend des souvenirs, c’est-à-dire des paquets sous vide de nourriture qu’on serait bien incapable d’identifier, des glaces, des livres de la région. Quand nous sommes chanceux, comme ce soir, il y a de l’herbe. Et ce soir, nous avons encore plus de chance, il y a un onsen, un bain public. Quel bonheur après avoir passé la journée à transpirer. Nous prenons une douche assis sur un petit tabouret puis nous plongeons quelques minutes dans la piscine d’eau chaude. Ensuite, nous plantons la tente face au volcan.

Nous avons monté la tente de nuit, nous nous réveillons à l’aube (5h30 !) dans un décor de rêve : le volcan s’éclaire peu à peu dans des teintes roses orangées et se met à fumer de plus en plus, comme si lui aussi s’était endormi cette nuit. Ben a toujours été fasciné par les volcans, il est aux anges ! De petits bateaux de pêche à l’ancre se balancent sur l’eau, certains pêcheurs sont déjà en route pour le large. Nous longeons la côte sur quelques dizaines de km puis nous enfonçons dans les montagnes. Sylvie est un peu déçue, elle préférerait suivre la mer mais les côtes japonaises sont très bétonnées à cause des risques de tsunami. Un mur de béton s’élève au bord de la route nous empêchant souvent de voir la mer. Les montagnes offrent de bien plus belles vues. Juste avant d’attaquer la montée (‘très raide mais courte’ a dit Will dans ses notes), une dame nous offre un sac de mandarines. C’est parce qu’elle sait que ça va être vraiment dur ?  En nous éloignant, nous voyons encore longtemps Sakurajima et ses fumerolles. Il fait chaud et très humide sur cette île, sauf peut-être au plus fort de l’hiver. Nous retrouvons une végétation similaire à la Nouvelle Zélande : des arbres immenses, une végétation luxuriante qui envahit même le bord de la route, des fougères, du vert, du vert partout. Nous sommes maintenant vraiment dans les montagnes, Will (le cycliste qui nous a préparé la route) nous avait prévenus. Les pentes sont courtes, entre 5 et 8 km mais très pentues. Et apparemment, le pire reste à venir… Emballés par la nuit précédente, nous tentons notre chance à une nouvelle Michi-no-eki. Les gens n’ont pas l’habitude que des cyclistes leur demandent mais acceptent et nous nous installons derrière des arbres, sur une pente pas trop raide, il n’y a pas de plat ici ! Le soleil se couche tôt, vers 6h donc nous aussi (un peu plus tard que le soleil quand même !). Vers 21h, des vrombissements nous réveillent. Zut, nous sommes sur le terrain de prédilection des jeunes de la région. Ils se retrouvent le soir avec leurs motos et s’amusent à passer et repasser à plein gaz sur la route en pente juste au-dessus de notre pente. Nous avons camouflé les réflecteurs depuis longtemps mais les phares éclairent la tente au passage et d’après les cris, nous avons été repérés. Nous écoutons, tremblants, on ne sait pas trop ce qui pourrait passer par la tête de cinq ou six jeunes grisés par le bruit et la vitesse. Ils partent une demi-heure plus tard, ouf.

Le lendemain nous grimpons sur une douzaine de km, très raide, au milieu des fumerolles. Quelques hôtels luxueux se sont installés ici et des gens en peignoir déambulent sur le trottoir ! C’est un peu comme chez nous quand on va ‘prendre les eaux’. Les sources chaudes ici sont aussi supposées avoir des effets bénéfiques sur la santé. A mi-chemin nous nous arrêtons, Ben veut aller voir un volcan à quelques km de la route. Sylvie garde les vélos en lisant le guide au soleil sur le parking. Des volcans, on en verra d’autres ! Elle a à peine le temps de se plonger dans le Japon d’il y a 30.000 ans qu’une voiture s’arrête et deux jeunes Japonaises en descendent. L’une est journaliste pour le journal de la préfecture de Miyazaki. L’autre est ranger pour le parc d’Ebino Kogen, le plateau volcanique sur lequel nous tentons de grimper depuis ce matin. La ranger nous a vu ce matin en montant et a dû prévenir sa copine journaliste : ‘Il y a deux étrangers sur des drôles de machines !’. Du coup, elles sont redescendues pour le scoop. Sylvie détaille notre voyage, les chiffres, les kg, les pays préférés (le Japon en fait partie bien sûr !), la gentillesse des gens… Au bout d’une demi-heure, Ben revient en nage, par là aussi ça montait sec, il a couru pour que Sylvie ne s’inquiète pas. La journaliste veut prendre une photo mais il commence par se jeter sur une banane et sa gourde ! Voyant ça, elle nous offre des biscuits… Le plateau d’Ebino Kogen est parsemé de plusieurs volcans. Nous laissons nos vélos et partons faire une marche de quelques heures. Certains abritent un petit lac bleu turquoise, d’autres fument, c’est assez impressionnant. Le responsable du centre nous donne un petit paquet de bonbons, c’est nous qui devrions le remercier pour avoir gardé nos vélos. Nous repassons voir la ranger et la journaliste et elles nous aident à trouver un camping. 8 km plus loin dans la descente, un onsen et un beau terrain de camping. Nous dinons le soir au restaurant du camping, les plateaux sont énormes, ce n’est pas habituel au Japon.

Descendre sur Ebino city nous prend un peu plus de temps que prévu. Encore une de ces descentes raides où nous perdons du temps à attendre que les jantes refroidissent. Nous profitons à peine du plat dans les rues de la ville que nous devons déjà remonter. Nous passons deux curieux ponts, ils semblent enserrer la montagne dans leurs anneaux métalliques. En bas de la descente, le paradis nous attend… enfin, le paradis pour deux cyclistes affamés qui n’ont vu que des supérettes depuis plusieurs jours, un centre commercial ! Comme c’est le Japon, nous laissons nos deux vélos dehors avec toutes nos sacoches sans cadenas ni surveillance et partons joyeusement explorer cette caverne d’Ali Baba. Nous déjeunons sur un banc à côté d’une dizaine de distributeurs de boissons : riz, croquettes de pommes de terre, poisson et drôles de légumes. La pharmacienne qui nous a aidé à trouver des comprimés de magnésium (nos muscles n’en peuvent plus de toutes ces montées-descentes !) nous amènent deux bouteilles d’eau fraîche. Sa gentillesse nous rappelle notre premier jour sur l’île quand Ben a dû changer un maillon de sa chaîne. La dame du magasin à côté nous avait d’abord offert deux bouteilles d’eau (achetées au distributeur) puis deux foulards, c’est vrai qu’on transpirait…L’après-midi nous offre un peu de répit, nous suivons une piste cyclable relativement plate. Après avoir passé trois jours dans les montagnes, cette grande vallée cultivée de champs de riz semble incongrue ici, en plein centre de l’île. Des détonations nous alertent, ils ne sont quand même pas en train de chasser en pleine zone habitée ! Nous comprenons en voyant des sortes des petits engins rouges dans les rizières et des moineaux s’envoler, très intelligent et beaucoup plus efficace que les épouvantails. Le répit dure peu, après une vingtaine de km, nous remontons déjà. Le lac artificiel que Will avait décrit comme spectaculaire est très décevant, un barrage, l’eau est très basse et grise. Nous comprendrons trois semaines plus tard lorsqu’il nous montrera les photos : les cerisiers en fleur, l’eau presque en haut, bleue… Les paysages changent énormément d’une saison à l’autre. L’été n’offre pas les meilleures couleurs d’ailleurs. Mieux vaut venir au Japon quand les cerisiers sont en fleurs ou à l’automne, quand les arbres sont rouges. Au village de Yuyama, nous pensons pouvoir planter la tente dans le joli parc en face de l’onsen mais c’est impossible. La dame de l’onsen passe plusieurs coups de fil et juste comme elle trouve un couple qui accepte qu’on campe dans leur jardin, Ben revient. Un vieil homme propose qu’on campe dans son champ juste fauché, à côté du parc ! Nous plantons la tente après un bain chaud bien mérité. Nous avons une vue imprenable sur le village. La nuit tombe, les bruits s’estompent et les étoiles s’allument une à une… un soir comme on les aime.

Cette journée reste une des plus dures du Japon et probablement du voyage mais aussi une des plus belles. Malheureusement pour nous les voitures japonaises et même les camions ont des moteurs puissants ce qui n’incite pas les ingénieurs à faire des routes en pentes douces. Ce matin, la route monte à 8-10% sur 7 km, redescend et remonte de la même façon sur encore 7 km. Les pentes sont très raides et on en vient à faire une pause tous les km pour boire et reprendre un peu d’énergie. En contrepartie, cette route est magnifique, étroite, de la largeur d’une voiture, elle serpente dans les montagnes et il y a très peu de circulation. A l’ombre sous les pins, avec seulement les chants des oiseaux, nous avons l’impression d’être seuls au monde, un petit paradis pour cyclistes. Nous achetons des chips et des ananas au sirop dans un minuscule magasin et pique-niquons quelques km avant le deuxième col. La route longe ensuite une rivière, toujours en montée mais moins pentue. L’automne arrive et la nuit tombe vite maintenant, vers 18h. D’après la carte, il ne reste qu’une quinzaine de km jusqu’au camping. Sylvie ralentit, pas assez mangé. Ben avise un petit magasin dans un tournant, il fonce ayant en tête d’être ressorti avec de quoi manger quand Sylvie arrive à sa hauteur. Le couple qui tient le magasin tente d’en savoir plus sur son vélo et sa destination mais il est trop pressé. Le mari va à la pêche aux informations quand Sylvie arrive et elle apprend ainsi que la carte est fausse, ce n’est pas quinze mais trente km qu’il nous reste ! Rouler de nuit est trop dangereux dans les montagnes. Et ici, la route est coincée entre la montagne et la rivière, il n’y a nulle part où camper. Mais nos anges gardiens veillent… Nous avons tellement de chance dans notre voyage que nous avons décidé que les anges gardiens existaient ! Le couple commence par nous montrer le parking mais ils trouvent que c’est un peu dangereux, les voitures pourraient rouler sur notre tente dans le noir. Soudain, le mari a comme un éclair de génie : ‘Le bungalow !’. Il stocke ses marchandises de valeur dans un petit bungalow préfabriqué à côté du magasin. Il pousse toutes les boites d’un côté et nous désigne l’espace dégagé d’un geste : ‘Vous pouvez dormir là !’. Encore une fois, nous sommes ébahis par tant de gentillesse. Il installe une lampe à l’extérieur pour que nous puissions dîner sur la table, nous amène à boire, des mandarines et une salade de fruits en dessert. Inutile de dire que nous dévalisons leur magasin pour les remercier !

Le lendemain matin, la dame nous offre des onigiris pour notre petit déjeuner, des boulettes de riz fourrées au poisson, aux légumes et enveloppées d’une feuille d’algue. Nous les quittons après avoir pris plusieurs photos devant leur petit magasin, eux aussi ont un appareil photo. La descente n’était plus très loin hier, 2 km plus loin nous atteignons un tunnel et nous nous sentons descendre sous les lumières artificielles. Nous rencontrons un cycliste irlandais lors d’un arrêt à un supermarché. Il n’y a que des supérettes minuscules dans cette région alors un vrai supermarché mérite une pause ! Il habite sur Kyushu et est prof d’anglais (pas de surprise). Il profite de ses vacances ou week-ends pour sillonner Kyushu. Il trouve aussi l’île superbe mais regrette que ce ne soit pas un peu plus plat ! Cette semaine est spéciale pour les Japonais. Les deux jours fériés sont accolés à un week-end. Ce n’était pas arrivé depuis longtemps du coup tout le monde en profite, voila pourquoi il y a autant de monde sur les routes. Couples et familles en voiture mais aussi énormément de motards. On comprend pourquoi Kawasaki, Yamaha… les Japonais sont fans de motos. Nous croisons des cyclistes aussi mais c’est le même style qu’en France : maillot fluo couvert de marques, short moulant et vélo qui pèse 2 g. Après plusieurs montées et descentes, nous arrivons en haut de la caldera d’Aso, un énorme cratère créé par plusieurs volcans. La caldera fait 128 km de circonférence, difficile à réaliser. Nous contemplons la ville d’Aso, toute une vie s’est développée dans ce cratère, les maisons ont poussé comme des champignons, les champs de riz dessinent des rectangles vert tendre et des rubans goudronnés sillonnent le fond du cratère. Nous soupirons, dire qu’il faut descendre et remonter à nouveau de l’autre côté. Les volcans nous fascinent mais si seulement ils n’avaient qu’un côté… A l’heure du déjeuner nous ne trouvons que des restos, trop cher pour nous et on aura encore faim après. Tant pis, on se contente d’un paquet de chips et de mandarines. En fin d’après-midi nous nous posons à un camping. Un groupe de jeunes font un barbecue sur la terrasse de leur bungalow. L’odeur de saucisses grillées est une vraie torture. Nous sommes fatigués et il faut encore planter la tente, prendre une douche et cuisiner avant de pouvoir manger. Nous ne dinerons pas avant une bonne heure et demie. En supposant que nous puissions payer le camping. Nous avons de la chance, celui-ci est dans nos cordes. Les gens sont sympas, ils nous font la deuxième nuit moitié prix et nous autorisent à utiliser la douche du personnel. Pas de douche pour les campeurs, tout le monde va au bain public à 3 km.

Nous prenons un jour de repos bien mérité après sept jours de montagnes russes et de camping à la va-vite. Journée de lessive, nettoyage, repos et gros repas… Nous réalisons que nous n’aurons pas le temps de finir la route que Will nous avait tracé. Après l’île de  Shikoku, nous irons directement à Kyoto puis Tokyo au lieu de passer par le nord, Fukui, Matsumoto… Nous sommes terriblement déçus. Nous avions bien estimé mais nous avions oublié d’inclure la semaine à Tokyo et nous ne pouvons pas déplacer notre vol sur le Chili. Nous reviendrons ! Le soir, nous sommes témoins d’un drôle de phénomène, une invasion de fourmis volantes. Elles sont toutes tombées au sol et font un tapis dans les zones lumineuses. Les enfants hurlent et refusent d’entrer aux toilettes !

Nous quittons la caldera par une petite route à travers des villages encore endormis et rejoignons la Yanamami HIghway. Après Aso, nous découvrons Kuju, le pic le plus haut de Kyushu, il culmine à 1700m. Aujourd’hui, nous prenons nos précautions et achetons des bento box dès que nous passons devant un combini. Un homme s’arrête devant nos vélos. Il est Turc, d’Ankara, et habite au Japon depuis plusieurs années. Nous lui parlons avec enthousiasme de notre séjour en Turquie et de notre ‘deuxième’ famille à Unye. Dans la descente sur Beppu, le port où nous prenons le ferry pour Shikoku, nous voyons deux cyclistes monter péniblement. Ben s’arrête, Sylvie n’a que le temps de s’écarter, le dépasser et freiner un peu plus loin. Heureusement que ces routes ne sont pas très fréquentées.Ils ont habité quelque temps au Japon et font un tour à vélo (Corey est parti d’Hokkaido !) avant de rentrer à Vancouver. Nous leur donnons rendez-vous pour l’année prochaine. A Beppu, nous réalisons que le ferry pour Matsuyama est parti d’Oita, un autre port à une vingtaine de km au sud à 16h. Nous ne voulons pas attendre une journée complète ici. A la place, nous prendrons le ferry de Beppu pour Yawatahama demain matin. Nous trouvons une guesthouse pas trop chère, 10 euros par personne pour un lit en dortoir. La nuit est un peu agitée, nous n’avons pas l’habitude de dormir avec 6 autres personnes (ronflements, couche-tards…), vivement que nous retrouvions l’intimité de notre petite tente !

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