Du ripio, du ripio, toujours du ripio…

Publié le par Sylvie

Coyhaique – Cochrane … 19/01 – 06/02

Nous emmenons les vélos le lendemain chez Figon, la légende de la Carretera Austral. Tous les cyclistes se repassent l’adresse de ce magasin de vélo démarré il y a vingt ans. Figon adore le vélo et il en a eu marre de ne rien trouver à Coyhaique. Son mécano est un magicien. Il a notamment réparé en moins de deux heures le vélo de Steve, l’Anglais qui était tombé. Nous arrivons avec une liste de quinze réparations. La pluie et le sable ont bien usé les vélos. Nous retrouvons Femke, la Néo-Zélandaise rencontrée sur le ferry à Chaiten. Le couple américain a foncé et sur la route, elle a rencontré Mateo, un cycliste américain. Celui-ci nous dit qu’il a croisé un couple français sur un tandem mixte dans le bus en venant ici et il nous donne l’adresse de l’hospedaje où ils logent. Il les a vus sortir d’une petite maison bleue avec un panneau ‘Hospedaje Daniela’. On fonce à cette hospedaje qui est de l’autre côté de la ville. Stéphanie et Félix nous accueillent d’un : ‘Tiens, les Frogs !’. Ils ont vu notre site quand ils préparaient leur voyage et au Chili, ils sont tombés sur notre article dans le Mercurio. Ils savaient qu’on était dans le coin mais ne pensaient pas qu’on viendrait jusqu’à eux !! Ils roulent en tandem mixte (selle à l’arrière et siège à l’avant) Pino Hase et ont eu pas mal de problèmes avec leurs pneus, pas assez bonne qualité. Avec en plus la pluie, ils ont décidé d’arrêter la Carretera Austral et de partir sur Buenos Aires et le Paraguay. Dommage car nous passons une super soirée avec eux. Même tranche d’âge (oui, bon, on a trois-quatre ans de plus qu’eux), mêmes goûts, études similaires, on a pas mal de points communs et nous sommes vraiment déçus qu’ils arrêtent ici. Nous décidons de faire la route ensemble jusqu’à Villa Cerro Castillo, à 100 km au sud d’ici. C’est la seule partie goudronnée, leurs pneus devraient tenir. Le lendemain, retour au magasin de vélo pour une très mauvaise nouvelle, une partie du moyeu arrière du vélo de Ben est fendue, à deux endroits. Voilà pourquoi sa cassette bougeait autant quand il a nettoyé le vélo. Nous en sommes quittes pour commander deux moyeux arrière, autant changer celui de Sylvie par précaution. Nous passons donc une semaine à Coyhaique le temps que les moyeux arrivent de Santiago. Nous rencontrons plusieurs cyclistes, notamment un couple suisse très sympa, Michael et Sylvia. Nous changeons d’hospedaje pour pouvoir passer quelques soirées sympas avec Stéphanie et Félix. Ça nous arrange, leur hospedaje est moins chère et il y a internet, l’occasion de parler à nos parents sur skype et de mettre le site à jour. La dame est très bizarre, elle surveille tout ce que nous faisons : ‘Essuyez-vous les pieds avant d’entrer… Ne posez pas la bouilloire électrique sur la table… Ah non, il faut mettre beaucoup moins d’eau pour faire cuire des œufs…’. Mais comme nous sommes quatre, nous préférons en rire. Nous fêtons les 33 ans de Sylvie, le dimanche, la veille de notre départ. Etant donné le coût de la vie ici, nous n’allons jamais au restaurant. Ce soir-là, congre avec une sauce aux câpres pour Sylvie, barbecue pour Ben et Félix et steaks pour les autres… Céline et Patrice ont même pensé à un cadeau, des chocolats !!

Nous quittons Coyhaique tous les six à midi. Les roues arrière ont été rayonnées trop rapidement, nous devons retourner au magasin pour que le mécano les révise. Le paysage a changé, nous roulons sur une sorte de plateau vallonné ouvert, des montagnes au loin, de grands prés un peu jaunis. Nous sommes contents, si c’est un peu jaune, c’est qu’il pleut moins qu’au nord. Tous les prés sont clôturés comme d’habitude. Il y a peu de fermes donc quand nous en avisons une, nous sautons sur l’occasion. ‘Allez les filles, on vous laisse y aller, détachez vos cheveux, ça marchera mieux !’ rigolent Félix et Ben. Nous campons dans un pré un peu malmené par les vaches, en plein vent. L’occasion de comparer nos tentes. Ben est un catalogue ambulant et il ne peut pas résister au plaisir de discuter tout le matériel de camping à chaque fois que nous rencontrons des cyclistes : ‘Et comme tente vous avez quoi ? et comme réchaud ?’. Nous sommes très contents de notre tente même si elle est un peu plus lourde que les autres (3.7 kg contre 2.8 kg pour les autres), matériau résistant, les fermetures éclair tiennent toujours après deux ans alors que celles de Patrice et Céline ont lâché au bout de deux mois. Elle a une très bonne tenue au vent, nous sommes confiants quand la tempête souffle dehors. Seul reproche, les absides sont un peu trop petites. C’est un problème quand il pleut. Une fois que nous avons mis toutes les sacoches à l’intérieur, nous n’avons pas de place pour enlever nos vestes et nos pantalons mouillés. Pas de place non plus pour cuisiner donc il nous faut un abri ou un arbre au feuillage bien épais. Nous refaisons notre tente à voix haute plusieurs fois par jour (comme beaucoup de cyclistes !) et rêvons d’en fabriquer une quand nous rentrerons… En attendant, nous nous offrons le plaisir d’un film (‘Oui, mais…’ avec Gérard Jugnot) bien au chaud dans nos duvets avec un carré de chocolat… qui a dit qu’on devait en baver à vélo ?

La route monte quasiment tout du long jusqu’à Villa Cerro Castillo. Nous pique-niquons près d’un lac. Le vent souffle en rafales, nous mettons les quatre vélos en cercle et déjeunons au centre. Sans vent et avec le soleil, il fait bien chaud ! La dernière montée nous mène à un mirador avec une vue époustouflante : la route en lacets serpente en-dessous de nous et des pics rocheux enneigés nous cernent de tous côtés. Un de ces pics ressemble à un château d’où le nom de Castillo. Sylvie se met derrière Ben pour la descente et profite de l’aspiration, ça fonce ! Couchés en arrière sur nos vélos, on se dit que les sensations en descente ne doivent pas être loin de celles dans un bobsleigh. Nous trouvons un camping sympa au bout de l’unique rue du village et décidons de rester tous les six ici le lendemain. Félix et Stéphanie remontent le jeudi, leur bus part vendredi matin pour la côte est. Quant à nous, nous sommes contents de passer encore un peu de temps avec eux et une journée de plus ou de moins sur la route… Les garçons allument un feu, ici l’eau pour la douche est chauffée au feu de bois dans un grand réservoir. Ben regrette que le réservoir ne soit pas dans la douche, comme les banyas d’Asie Centrale, ça nous réchaufferait !

Grand soleil au réveil, Sylvie sort en vitesse détendre les boucles des sardines, on évite que la tente ne soit trop tendue au soleil sinon le tissu se déforme. Elle resaute dans son duvet, nous sommes obligés d’ouvrir les deux portes de la tente tellement il fait chaud ! Naïfs, nous pensons que le beau temps va durer toute la journée. Un ciel bleu sans nuage, quand même ! Sylvie oublie le linge qu’elle a mis à tremper et nous bavardons un bon moment avec un couple cycliste hollandais. Ils doivent bien avoir la soixantaine et pourtant ils viennent d’Ushuaia et n’ont mis que quatre semaines. Il y a bien 1500 km et les routes ne sont pas forcément goudronnées… une telle performance nous laisse rêveur. Nous avons croisé suffisamment de cyclistes âgés pour savoir que ceux qui disent ‘Profitez-en, vous êtes jeunes, après…’ se trompent. On peut avoir soixante ans et pédaler la Carretera Austral ! Ou le Kirghizstan, ou ailleurs… tant qu’on a la santé. Nous sommes bien motivés pour continuer à pédaler en rentrant et faire d’autres voyages à vélo, en Europe et ailleurs. Les Hollandais nous prêtent leur guide de la Carretera et nous photographions tous les profils (altitudes/km). C’est un guide allemand, pas étonnant, les Allemands font beaucoup de cyclotourisme et sont très organisés… Ils nous donnent aussi quelques comprimés d’anti-inflammatoires. Nous avons oublié d’en acheter à Coyhaique et Sylvie s’est à nouveau fait mal aux genoux hier dans les montées avec le vent de face. Décidément, même après deux ans de vélo… c’est parfois décourageant de voir que tous ces km n’ont rien changé mais en même temps, nous ne pensions pas arriver aussi loin quand nous sommes partis il y a deux ans. Vers midi le temps se gâte, les nuages s’amoncellent nous séparant du soleil d’un tapis cotonneux gris. Voilà, estimons-nous heureux, nous avons eu une demi-journée de temps superbe ! Nous mettons la lessive à sécher chez les gens du camping puis nous réfugions tous les six dans un des petits abris pour cuisiner. De crachin ca devient pluie puis torrents d’eau. Notre abri prend l’eau ! L’eau ruisselle à travers les planches du toit, une fuite, deux fuites, trois fuites… Ça ne peut plus durer, nous nous contorsionnons tous dans cette cabane pour éviter les gouttes. Les garçons foncent chercher des tôles et les balancent sur le toit. Puis ils allument un feu juste devant l’abri… les filles se regardent, aaaah, on sait pourquoi on les aime nos hommes ! Les hommes, eux, sont trempés mais ils se sont amusés comme des petits fous tout l’après-midi. En fin de journée, le vent se lève et le propriétaire, inquiet que les tôles ne s’envolent, vient clouer une bâche sur le toit. Tsss, il aurait pu le faire avant qu’il ne pleuve, tiens ! Un pick-up surmonté d’une cabine (comme un camping car) s’arrête. Surprise, c’est Guy et Didi, un couple belge avec qui Félix et Stéphanie ont passé Noel à Villarica, dans la région des lacs. Ils ont ouvert le premier magasin d’articles de camping à La Paz il y a quatre ans. Ils l’ont récemment vendu et se baladent en Amérique du Sud. Nous les reverrons sûrement, ils comptent descendre jusqu’à Villa O’Higgins. Ensuite ils doivent faire demi-tour, seuls les piétons et les cyclistes peuvent passer en Argentine, il n’y a pas de route. Nous passons une soirée très sympa tassés à dix (il y a aussi un couple de jeunes Belges) dans notre abri, nous bavardons et chantons devant le feu. A l’heure de se coucher, le ciel s’est à nouveau dégagé, les étoiles brillent.

Le lendemain, Patrice et Céline ont une grosse discussion au petit-déjeuner. Nous sommes un peu surpris, nous pensions qu’ils étaient décidés à descendre jusqu’à Ushuaia. Mais la pluie a le don de gâcher le plaisir de pédaler. Quand on se dit qu’on pédale dans de superbes paysages et qu’on ne peut pas les voir à cause de la brume ou de la pluie, c’est difficile. Finalement, ils décident de repartir au nord, pédaler doit être un plaisir, pas une corvée ! Ils prendront le bateau pour Chile Chico cet après-midi et passeront en Argentine. Nous tenons compagnie à Félix et Stéphanie jusqu’à ce que leur bus arrive (les horaires ne sont pas très précis !) puis retournons au camping. Nous passons l’après-midi confortablement au chaud avec Guy et Didi, dans leur camping-car, à parler de matériel de camping (le sujet favori de Ben), de la Bolivie, de voyages… Il faut bien l’admettre, un camping-car, quand il pleut, c’est quand même bien plus chouette qu’un vélo !

Le temps s’est refroidi, les montagnes sont saupoudrées d’une fine couche de neige quand nous quittons le village après quelques courses le matin. A la sortie du village, nous montons une longue côte … elle nous parait longue car nous retrouvons le ripio : les cailloux, le sable, la tôle ondulée… et nous savons que nous en avons pour 540 km, jusqu’à El Chalten, en Argentine. Beaucoup de gens nous ont dit que le ripio était meilleur au sud de Coyhaique. En fait, il ne fait qu’empirer plus on descend au sud. Le paysage est très sauvage, heureusement qu’il y a du soleil sinon ce serait un peu lugubre : la route longe une large rivière de laquelle émerge des dizaines de troncs blanchis par le vent et le soleil. Une forêt a été inondée, le cours de la rivière a peut-être changé ou grossi. De hautes montagnes aux parois abruptes encadrent la rivière. Nous sommes rattrapés par un couple allemand à vélo. Nous les avions vus la veille quand nous attendions le bus de Félix et Stéphanie. Nous nous saluons et chacun roule de son côté. C’est la première fois que nous nous retrouvons seuls en un mois et demi et nous apprécions. Nous aimons rouler à plusieurs mais c’est bien agréable de se retrouver juste tous les deux aussi ! Le vent est censé souffler du nord vers le sud la plupart du temps mais en fait, il tourne suivant l’orientation des vallées. Nous nous battons contre un fort vent de face sur une portion de route particulièrement mauvaise. C’est en travaux et sur 10 km, nous roulons sur de gros cailloux concassés. Rien de plus mauvais que la combinaison vent de face et cailloux pour les genoux car l’effort est irrégulier. Sylvie n’attend même pas le soir pour reprendre des anti-inflammatoires. Le ciel se couvre en fin d’après-midi et nous plantons la tente sous un fin crachin après une longue descente, près d’une rivière. Les prés ne sont pas tous clôturés, nous trouvons un grand espace plat avec quelques arbres sous lesquels nous nous abritons pour cuisiner. Il faut juste être astucieux pour planter la tente entre les bouses de vache.

Nous nous sommes couchés dans un froid pinçant, nous nous réveillons sous le soleil. Et il nous accompagne toute la journée. Incroyable, le mauvais temps nous aurait-il oubliés ? La route longe la rivière puis nous atteignons enfin le Lago General Carrera. Ce lac est le deuxième plus grand lac navigable d’Amérique du Sud (après le lac Titicaca) et il est à cheval sur le Chili et l’Argentine (ou il s’appelle Lago Buenos Aires, un peu comme le lac Léman/lac de Genève !). Il est connu pour sa couleur turquoise, probablement due aux sédiments en suspension dans l’eau. Nous nous régalons ce jour-là, au soleil, en t-shirt et le pique-nique est un vrai plaisir. Nous prenons notre temps au lieu d’engloutir nos sandwiches le plus rapidement possible. A Puerto Tranquilo, nous retrouvons Petra et Detlef, les Allemands de la veille et Femke (née en Hollande d’où son prénom qui nous semblait original) et Mateo, la Néo-Zélandaise et l’Américain que nous avions rencontré à Coyhaique. A six, nous nous laissons tenter par une cabana et nous passons une soirée très sympathique au bord du lac. Petra et Detlef ont la cinquantaine et ils ont décidé de fêter leurs 25 ans de mariage en pédalant la Carretera Austral ! Ils ont fait quelques balades à vélo en Europe mais jamais plus d’une semaine. Nous sommes impressionnés (encore une fois !). Beaucoup de cyclistes de notre âge n’ont jamais fait de vélo avant de partir (comme nous) mais démarrer à cinquante ans par un voyage aussi dur, chapeau !

Le matin nous visitons les grottes de marbre avec Petra et Detlef. Le temps n’est pas très beau et avant de voir les grottes, il faut faire une à deux heures sur une barque. Le vent vient de l’arrière, le barreur s’amuse à surfer sur les vagues, nous n’apprécions pas trop ! Nous serions plus rassurés sur un voilier ! Les grottes n’ont rien de spécial finalement, le bateau peut passer sous les rochers mais nous imaginions des parois lisses, blanches et brillantes. En fait, le rocher est vaguement blanc, rien d’impressionnant. Quelqu’un a dû lancer l’idée : ‘On a besoin de se faire des sous, comment pourrait-on soutirer des sous aux gringos ?’. Bon, c’est un peu méchant, quand il fait beau ca doit valoir le coup mais c’est quand même cher. Les Allemands partent avant nous, nous hésitons à rester, est-ce que ca vaut le coup de partir alors que l’après-midi est bien avancé ? Finalement après quelques empanadas frites (chaussons à la viande) dégustées au chaud, nous nous lançons, il faut profiter du beau temps. La route longe toujours le Lago General Carrera, elle ondule ce qui nous permet de profiter de superbes vues quand nous sommes en haut d’une colline. A un moment, la route passe par une vallée suivant une grande ligne droite. Voilà longtemps que nous n’avons pas été tout droit sur plus de 500m. L’occasion de retrouver le vent de face. Le ciel se couvre et nous remarquons une énorme montagne sur notre droite. La route semble obliquer de ce côté-là et nous commençons déjà à prévoir… si le temps se couvre, il vaudrait mieux camper avant la passe. Tout est clôturé, il y a peu d’endroits où poser la tente. Bonne surprise, la route 7 (la Carretera Austral) part en fait sur la gauche, la route sur la droite est un chemin secondaire. Ouf, pas de col, pas de mauvais temps. Nous retrouvons Detlef et Petra 10 km plus loin. Un fermier leur a permis de camper dans un de ses champs moyennant 2 euros. Detlef a absolument voulu planter la tente près du lac au grand désespoir de Petra qui voulait s’abriter du vent. Nous nous mettons près de la maison comme nous le suggère le fermier, effectivement, il fait un peu plus chaud. Sympa, il nous ouvre une cabane où il fait sécher sa viande. Finalement, nous préférons dîner dehors !

Nous longeons le grand lac, c’est presque la fin de cette belle route. Nous passons le Desague (quelque chose comme ‘embouchure’ en espagnol), là où le Lago General Carrera et le Lago Bertrand se rejoignent. Encore un superbe endroit, le petit lac se jette dans le grand, des montagnes aux sommets enneigés entourent ces miroirs turquoises… ah, c’est difficile la Carretera Austral mais nous en sommes récompensés chaque jour ! La route au sud de Coyhaique est d’ailleurs plus sauvage qu’au nord, moins de passage, moins de voitures puisqu’après Chile Chico (ville sur le Lago General Carrera, à la frontière avec l’Argentine), les voitures ne peuvent pas passer la frontière. Un 4x4 nous dépasse : ‘Salut les Français, ca roule ?’. C’est Diego, un Basque en vacances et Olaf, son guide, un Allemand installé au Chili depuis quelques années. Diego est emballé par notre voyage et nous bavardons bien 20 min avant qu’Olaf ne le rappelle à l’ordre : ‘Dis donc, on devrait y aller si tu ne veux pas rater la balade à cheval !’. Coïncidence amusante, Diego habite à Londres depuis deux ans et est aussi consultant ! Nous nous promettons de nous revoir à notre retour. Grâce à Olaf, nous obtenons deux bonnes adresses pour Cochrane et Villa O’Higgins. Et comme il glisse un petit mot aux hospedajes à son passage, nous avons un très bon prix… Olaf, quand il ne conduit pas des voyageurs, travaille avec des expéditions scientifiques sur les glaciers et dans toute la région d’Aysen. Un travail qui doit être très intéressant. Nous arrivons à Puerto Bertrand en milieu d’après-midi sous un déluge d’eau. Un sifflement, Petra nous a repéré, ils ont trouvé une cabana, quelle bonne idée par un temps pareil ! ‘Vos amis sont ici !’ nous dit-elle… Nos amis ? Félix et Stéphanie ont changé d’idée ? Eh non, c’est Patrice et Céline ! Un cycliste belge rencontré à Chile Chico les a convaincus de finir la Carretera Austral ! Le temps s’éclaircit rapidement et nous faisons un petit tour dans le village, quelques maisons au bord d’un beau lac vert. Nous passons une bonne soirée au chaud à jouer au yams (dés) et à boire du vin. Nous n’aurions jamais pensé à acheter du vin en cubi jusqu’à ce que Félix et Stéphanie nous en fassent goûter à Coyhaique. Ce n’est pas cher et ca se boit bien ! Nous démarrons tous ensemble le lendemain matin après avoir fait une razzia à la panaderia. Nous le savons, il n’y a que 50 km jusqu’à Cochrane mais la journée va être difficile, beaucoup de montées raides. Le ripio est toujours très mauvais, des cailloux, de la tôle ondulée. L’autre jour, juste avant Puerto Tranquilo, nous voyons Petra et Detlef descendre de leurs vélos. Nous ne comprenons pas, ca monte mais on en a vu de plus raides. Allons, des cyclistes expérimentés comme nous doivent pouvoir la monter cette pente ! Quelques mètres dans la montée et les roues glissent sur le gravier, patinent, nous serrons les dents, bandons les muscles, poussons sur les pédales … et nous finissons par nous arrêter, vaincus. Trop de sable et de gravier. Consolation, Femke et Mateo aussi ont dû pousser. La première montée démarre 20 km après Puerto Bertrand et ca s’annonce très fort : plusieurs lacets très, très raides. Sylvie s’arrête en plein milieu pour relaxer muscles et genoux. Ben préfère monter sans s’arrêter, il la dépasse mais la pente est tellement raide qu’il n’arrive pas à redresser son vélo et part dans le fossé de l’autre côté de la route. Entraîné par le poids, le vélo bascule en arrière et Ben prend tout le choc (60 kg) quand le guidon s’enfonce dans son mollet. Le temps que Sylvie pose son vélo et vienne l’aider à se dégager, Ben s’est fait bien mal à la jambe. En plus, il a eu la malchance de tomber sur une bouteille cassée, une petite estafilade à la main. Sa jambe est très douloureuse mais il peut pédaler jusqu’en haut de la montée où Petra et Detlef ont déniché un superbe point de vue pour pique-niquer. Petra est kiné, elle inspecte le mollet de Ben et a l’air de dire qu’une douleur à l’intérieur n’est pas bon signe mais on ne comprend pas pourquoi. Finalement, la jambe fait mal plus quand il marche que quand il pédale et nous finissons la journée sans arrêter de camion. La route est effectivement difficile, trois montées successives de 4 ou 5 km chaque, très raides. Mais la vue est spectaculaire, la route serpente dans les collines et, d’en haut, nous voyons se dérouler les méandres du Rio Chacabuco. A un tournant, nous découvrons la jonction entre le Rio Chacabuco et le Rio Baker, un ruban marron qui se jette dans un ruban bleu. Des guanacos, cousins du lama, nous regardent passer, leur petite tête montée sur un long cou tournant comme un périscope. Nous dérangeons aussi un renard, un lièvre mort dans la gueule. Il le laisse tomber au milieu de la route, s’enfuit dans les fourrés et revient le chercher une fois que nous sommes passés. Un cycliste arrive à toute allure, en sens inverse : ‘Ben, Sylvie, salut, comment ça va ?’. Nous le regardons stupéfaits. Nous ne le reconnaissons pas, il vient du sud, comment pourrait-on le connaitre ? Il a croisé Petra et Detlef et Patrice et Céline et en sait déjà pas mal sur notre voyage ! Tom est Belge et c’est une vraie pile électrique. ‘C’est la fête !’ prononcé sur un ton super enthousiaste revient toutes les deux minutes dans la conversation. C’est le genre de compagnon de route idéal pour les jours difficile ! Nous arrivons à Cochrane tout contents. Ben a fini la route sans que nous ayons à arrêter un camion et Cochrane est la dernière ‘ville’ (2.000 habitants !) de la Carretera Austral. Enfin, on voit le bout ! Villa O’Higgins, le dernier village, n’est plus qu’à 230 km. Nous allons chez Hugo, l’hostel Latitud 47 Sur, comme Olaf nous l’a recommandé et nous ne le regrettons pas. Hugo a la soixantaine. Il est de Valdivia, une ville de bord de mer, de la région des lacs (au nord de Puerto Montt). On lui demande pourquoi il a quitté une ville ensoleillée pour une région aussi humide. Il travaillait pour une banque et le salaire était meilleur s’il acceptait de s’installer dans la région d’Aysen. C’est d’ailleurs ce que se voit offrir la plupart des fonctionnaires, médecins, pompiers etc. Maintenant il est à la retraite. Son hostel l’occupe mais il songe à remonter au nord, vers le chaud. Hugo est très chaleureux et nous passons quatre jours très agréables chez lui.  Petra et Detlef viennent aussi chez lui et nous passons le premier jour à les aider à trouver un transport pour Villa O’Higgins. Leur voyage se termine, ils prennent un bateau pour Puerto Montt de Puerto Chacabuco (au niveau de Coyhaique) et bien sûr, ils aimeraient finir la Carretera Austral mais ne veulent pas faire deux fois la même route à vélo. Nous trouvons un transport pour les vélos mais le bus (seulement deux par semaine) est complet. Nous passons à l’hôtel de ville, une grande maison blanche et bleue. Petra contacte une Allemande qui tient un camping à 50 km de là. Les maisons des environs sont reliées par radio à Cochrane et tous les matins, quelqu’un contacte la vingtaine de stations de radio pour vérifier que tout va bien. Petra s’emmêle les pinceaux, colle le micro à son oreille puis finit par comprendre le fonctionnement pendant que nous sommes morts de rire. Tout le bureau éclate de rire et répète ‘Tschuuuuuussss’ quand elle salue sa compatriote. Pour finir, ils partent à vélo à 3h de l’après-midi. Femke et Mateo arrivent deux jours plus tard. Patrice et Céline partent en avance sur nous. L’objectif suivant est de se caler sur le bateau qui quitte Villa O’Higgins trois fois par semaine. En fait, c’est un peu plus compliqué que cela car le bateau est souvent annulé, décalé… Chez Hugo, nous rencontrons Jay et Jenny, deux cyclistes anglais qui remontent au nord. A la mention d’une tarte au citron meringuée, ils décident de rester un jour de plus ! Finalement, le batteur que nous avons vu dans la cuisine ne fonctionne pas, nous nous retrouvons à monter les blancs à la fourchette ! Pas de problème, nous venons d’engloutir d’énormes parts de lasagnes cuisinées par Jay et Jenny.

Cochrane est agréable, on se croirait un peu en Alaska ou dans le Far-West. Les rues sont en ciment mais les maisons sont très espacées les unes des autres, les murs recouverts de bois ou de tôle. Quelques magasins vendent à la fois de la quincaillerie et de la nourriture. C’est assez inhabituel et amusant de choisir ses pâtes à côté de systèmes de levage (poulies et chaînes) et des tronçonneuses… Une de nos principales occupations consiste à aller deux fois par jour au magasin sur la place et faire nos courses du déjeuner et du dîner. C’est comme ça que nous pouvons jouer les commères : tiens, Patrice et Céline font leurs courses, ils partent demain. Femke et Mateo sont devant le supermarché, ils viennent d’arriver après un détour par la vallée de Chacabuco. Tiens, trois cyclistes brésiliens sont arrivés aujourd’hui. Nous rencontrons une famille allemande à moto. Ils visitent tout le continent sud-américain pendant un an avec leurs deux filles de 14 et 10 ans. Nous n’aurions jamais imaginé mettre deux enfants à l’arrière de motos mais dans une région où les routes ne sont pas bonnes et où il pleut souvent, c’est une bonne idée. Il n’y a internet qu’à la bibliothèque, c’est très lent et chacun est limité à 20 min. Autant dire qu’après avoir lu deux emails, il faut déjà céder sa place.

Petra et Detlef reviennent la veille de notre départ, à minuit. Leur retour a été épique, ils ont trouvé un semi-remorque qui quittait Villa O’Higgins le lendemain de leur arrivée. Ils ont fait le retour – 250 km – dans une voiture, sur la remorque du camion ! Ce camion est énorme et, une fois sur la route, nous nous demanderons bien des fois comment il a pu passer. La route est assez étroite par endroits, coincée entre la falaise et la rivière.

Publié dans Chili

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