Dans l’arène…

Publié le par Sylvie

Puerto Natales – Punta Arenas … 29/02 – 10/03

Nous passons trois jours à Torres del Paine. Un peu dégoûtés par le commercialisme rampant – une fois qu’on a payé le bus et l’entrée au parc, il faut encore payer la navette entre les sites, le bateau etc – et effrayés de porter cinq jours de nourriture, nous nous concentrons sur deux marches à la journée, la vallée du Français (il y a bien eu un ‘pont du Belge’ sur la Carretera Australe!) et les Torres. Finalement, nous regretterons un peu de ne pas avoir passé plus de temps dans ce parc. Nous aurions mieux profité de la diversité des paysages et ce n’est qu’au bout de deux jours que nous avons commencé à apprécier les marches et le parc.

Le premier soir, nous campons dans une atmosphère de camp de base après une superbe balade en bateau. Des tentes de toutes les formes et toutes couleurs sont plantées autour d’une grande maison en bois, au pied d’un cirque naturel magnifique. Ce soir encore, magnifique coucher de soleil, la lumière orangée se reflète dans les nuages. Comme autour du Fitz Roy, les marches suivent une vallée jusqu’au bout. On admire le cirque au bout de la vallée et on revient sur ses pas. Nous étions au début un peu démotivés à l’idée que la moitié de la marche soit en terrain déjà vu. En fait, ça permet de profiter au retour de la vue qu’on avait dans le dos à l’aller. Et comme le temps change toutes les cinq minutes, la vue aussi… D’ailleurs, nous sommes à peine arrivés au bout de la vallée que le ciel se couvre. A peine le temps d’admirer les pics rocheux enneigés et les glaciers qu’il se met à pleuvoir. Nous remballons notre pique-nique dare-dare et redescendons à l’abri de la forêt. Au bout d’une heure de marche, le ciel se dégage, évidemment… Nous sommes gratifiés d’une superbe vue avant d’arriver : une montagne bicolore brune et beige domine un lac bleu profond entouré de buissons vert foncé. Sur l’eau, les rafales lèvent des embruns qui se transforment en arc-en-ciel. C’est magique le temps patagon !

Le lendemain, nous marchons jusqu’aux fameuses Torres, les aiguilles rocheuses aux formes particulières. Le chemin longe une rivière en surplomb avant d’arriver à un cirque assez étroit… nous pique-niquons sur un rocher plat au soleil, face à ces belles aiguilles. Retour le soir-même à Puerto Natales où Francis et Hélène nous attendent à la cabana. Arrivés avant nous, ils nous ont préparé un superbe gratin de pommes de terre aux oignons. Le lendemain c’est notre tour … tarte à la tomate avec pâte faite maison et fondant au chocolat ! Nous nous apprêtons à faire nos sacoches quand Ben se plaint : ‘Je ne me sens pas très bien, on ne pourrait pas rester un jour de plus ?’. Un cas de grippe masculine comme dit l’ami Pete. Heureusement, Francis et Hélène sont toujours partants pour un jour de repos.

Nous partons avant eux. Ils ont donné leur tente à une couturière pour qu’elle répare les fermetures éclair. Finalement, ils attendront jusqu’en milieu d’après-midi pour que la couturière apparaisse et le travail n’a même pas été fait ! Le paysage est toujours aussi désertique mais maintenant nous nous sentons dans notre élément. De l’herbe jaunie sous des cieux immenses ? On adore ! Nous pique-niquons en plein soleil et il fait tellement chaud que nous transpirons, impensable ! Deux cyclistes s’approchent alors que nous nous félicitons une énième fois pour nos sièges de camping. C’est Ino, un Allemand, et Angel, un Argentin. Les cris, ce  matin dans le champ, c’était eux ! Nous n’avons vu ni gens ni vélos donc nous avons continué. Il était 10h du matin et ils venaient juste de se lever. Ino voyage à vélo depuis quatre ans. Il s’arrête de temps en temps pour travailler. Nous l’avions croisé le jour de notre départ, à El Chalten. Il a rencontré Angel sur la route et à eux deux, ils font bien la paire. Ino, blond et très volubile et Angel, l’air très cool avec ses longs cheveux bruns. Nous avions prévu de poser la tente chez les carabineros de Morro Chico, à 100 km mais il n’est même pas 17h quand nous y arrivons. Nous remplissons nos outres chez eux et décidons de profiter du beau temps et du vent de dos pour pousser un peu plus loin. Nous avons vu beaucoup d’estancias sur la route, il suffira de s’arrêter à la prochaine. Sauf que sur les cinquante prochains km, il n’y a rien ! Pas une ferme, juste des clôtures. Camper reviendrait à poser la tente sur le bord de la route. Il y a une bonne marge entre la clôture et le bord de la route mais ça ne nous dit rien, nous préférons camper à l’abri des regards. Le vent, malicieux, a décidé de tourner et souffle de face. Et en plus, la route monte ! Nous arrivons un peu fatigués vers 8h du soir à Villa Tehuelches, un petit village. Ben se laisse un peu emporter par l’enthousiasme en voyant le jardin des carabineros et leur demande tout de go : ‘Dites, on pourrait planter la tente derrière votre maison ?’. ‘Non, mais vous pouvez aller la planter dans l’arène !’ lui répond le policier du tac au tac. Il se moque de nous ? Non … c’est l’arène des rodéos. Nous plantons la tente juste à côté en espérant qu’il n’y ait pas un rodéo le lendemain matin, on ne sait jamais, c’est dimanche… Nous sommes arrivés tellement tard que le temps de planter la tente, le soleil s’est couché et nous cuisinons de nuit, à la frontale. Avec une seule idée en tête comme tous les soirs où il fait froid … sauter dans notre sac de couchage.

Nous démarrons sous la pluie mais ça ne dure pas et nous roulons encore avec une belle journée. Le vent souffle toujours, de face et de côté et un abribus arrive au bon moment, pour le déjeuner. Les abribus ne sont pas légion, il y en a un à chaque intersection, c’est-à-dire, tous les 50 à 60 km. Autant dire que tout est dans le timing si on veut pique-niquer à l’abri du vent. Le vent en soi n’est pas gênant pour les pauses mais il fait tomber la température très rapidement. Souvent nous descendons de vélo, réchauffés par l’effort, pour une pause sur le bord de la route. En dix minutes, malgré les vestes, nous sommes gelés et n’avons qu’une hâte, remonter sur les vélos ! Sur le bord de la route, nous croisons un cavalier, chapeau à larges bords. Entouré de six chiens, il pousse un troupeau de vaches vers le nord. Un vrai gaucho ! Il nous est arrivé d’en voir passer un sous la pluie, sans imperméable et son cheval allait beaucoup moins vite que nos vélos. Pourtant, il n’avait pas l’air gêné par la pluie alors que nous grelottions sur nos vélos ! Nous nous ravitaillons une dernière fois en eau au petit poste de carabineros de Kon Aiken, avant de rouler sur Punta Arenas. Il n’y a que 110.000 habitants mais pour nous, après tous ces mois passés dans la nature, ça ressemble à une grande métropole ! Les maisons ont plus d’un étage et les voitures nous assourdissent. Il faut dire que nous sommes tombés sur une perle, Punta Arenas semble être le repaire favori des jeunes en voitures surbaissées, musique à fond… après le calme de la pampa, retour en fanfare à la civilisation ! Nous trouvons une petite hostal très sympa, suivant les conseils de Jay et Jenny, les cyclistes anglais rencontrés à Cochrane. Eduardo est très sympathique et, à peine sommes-nous installés, qu’il nous entraine dans la cuisine et nous donne toutes les informations nécessaires, jusqu’à l’adresse de la poissonnerie la plus proche pour le centolla, le crabe géant de la région. Francis et Hélène arrivent le lendemain matin et nous passons trois jours très agréables dans cette petite maison surchauffée. Le gaz ne coûte rien, Eduardo a branché un tuyau sur son fourneau à bois. Il n’y a pas de robinet donc le fourneau ronfle à puissance maximum toute la journée !

Nous visitons un peu la ville. Un des musées est l’ancienne maison d’une riche famille du début du XXème siècle. Ils ont fait fortune dans l’import-export et nous admirons les pièces décorées dans des styles différents : le salon avec des meubles Louis XV, le bureau et la salle de billard dans un style anglais, panneaux de bois et fauteuils en cuir… Ces gens vivaient au bout du monde mais ils avaient réussi à se recréer un chez-eux en faisant venir tout le mobilier et la nourriture auxquels ils étaient habitués en Europe. Nous allons aussi voir une des colonies de pingouins, sur le Seno Otway, une baie sur la côte ouest. Nous y allons en fin d’après-midi quand ces drôles d’oiseaux rentrent de la pêche. Ils arrivent allongés, glissent une dernière fois sur la plage comme des enfants sur un toboggan puis ils se redressent et prennent une posture très digne, leurs petites ailes en arrière. Une fois sortis de l’eau, ils parcourent plusieurs centaine de mètres à une allure d’escargot, en trébuchant sur les herbes et les cailloux, pour rejoindre leur nid, un simple trou creusé dans le sol. Une fois arrivés, on ne voit plus que leur petite tête noire et blanche et leur œil brillant … finalement, leur nid, c’est comme notre sac de couchage, l’endroit le plus douillet pour finir la journée !

Publié dans Chili

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