Petite pause

Publié le par Sylvie

Turfan – Shanghai … 22/08 – 08/09


Le train ne passe pas par Turfan mais par Daheyan, un petit village à 60 km au nord. Il n’y a aucun intérêt à pédaler. La route monte en continu pour sortir de la cuvette. On devrait faire 27h de train après avoir transpiré 6h sur nos vélos... Nous arrangeons un transport en camionnette, plutôt bien inspirés car, non seulement le chauffeur attache nos vélos comme un pro, mais il passe une heure et demie à la gare à nous aider à arranger le transport des vélos et des bagages. Nous laissons nos vélos entre les mains du ‘cargo’, le département qui s’occupe des bagages. Ce serait tellement plus simple de mettre nos vélos nous-mêmes dans le train. Ben fait semblant de s’arracher le cœur en partant. Les employés le rassurent mais ça n’empêche pas le vélo de Sylvie de prendre un gros choc pendant le trajet. Rien de cassé heureusement. Dans le train, nous passons une demi-heure à demander au contrôleur si les vélos sont bien dans le train. Des étudiants essayent de nous aider, armés de dictionnaires électroniques. Personne ne comprend pourquoi on s’inquiète. Pour finir, le contrôleur va vérifier dans le wagon, il n’y a pas de vélos. Nous nous couchons avec en tête l’image de nos vélos abandonnés dans cette gare au milieu de nulle part tandis que nous nous éloignons dans la nuit vers l’Est. Nous apprécions quand même notre voyage en train. Partis à 21h, nous arrivons à minuit le lendemain à Xi’an. Les trains chinois sont très agréables: les compartiments sont ouverts côté couloir et, en face de chaque compartiment, on peut déguster son bol de nouilles ou contempler le paysage assis sur des strapontins. Notre lit préféré est celui du milieu: on peut regarder par la fenêtre et personne ne s’assied sur notre lit comme en bas. Mais il n’y avait plus de place donc on se retrouve en haut. Nous sommes probablement tombés sur le pire compartiment du train: une famille de trois garçons super mal élevés. Bruyants et sans respect pour les autres. A la gare, ils sont entrés sur le quai avant tout le monde. Des pistonnés. Il faut avoir les moyens: à partir du 2ème enfant, la famille paie une amende et les frais de scolarité ne sont pas couverts par le gouvernement. Le père, voyant que ses fils lui font honte, essaie sans succès de les dompter. Quant à la mère, elle ne se réveille que pour manger. Heureusement, les autres enfants du wagon sont souriants et bien élevés!

A Xi’an, surprise, les vélos et les bagages sont là! Nous tournons à 2h du matin dans le quartier de la gare, sans carte et sans guide. Une jeune femme nous guide gentiment à un hôtel. Grande chambre avec canapé, chouette! Les employés sont très sympas, on va être bien ici. Mais le lendemain soir, on vient nous dire que la police ne veut pas qu´on reste. Zut, on est tombés dans un hôtel interdit aux étrangers. On proteste, il est passé 22h, on n’a pas envie de déménager. Mais ils nous disent que l’hôtel risque d’avoir des problèmes. Pffff... Finalement, on s’en sort bien. Un des employés de l’auberge de jeunesse d’à côté vient nous chercher. On a une belle chambre, plus petite, pour le même prix et avec internet gratuit. On doit juste promettre qu’on ne parlera pas aux gens de notre super promotion! Nous avons déjà visité Xi’an il y a quatre ans. Soulagement, on peut faire les légumes! Ou plutôt, s’occuper de la suite du voyage... Il y a tous les emails en retard, les billets du ferry pour le Japon, préparer l’itinéraire (merci Will!), regarder les billets Tokyo-Santiago, parler sur Skype à nos familles... Nous rencontrons Sam, un jeune cycliste écossais qui est passé par la Russie. Nous passons deux soirées très sympas avec lui. Il est d´autant plus content qu’il n’a pas vu beaucoup de cyclistes depuis son départ. Il a pédalé de Beijing à Xi’an avec un cycliste chinois et il a failli s’arracher les cheveux. Impossible de communiquer et trop de différences culturelles... Nous faisons un petit tour dans la vieille ville, le quartier musulman. C´est toujours aussi animé, la foule s’écoule en un flot continu dans les rues étroites, une belle mêlée de piétons, scooters, bicyclettes, triporteurs et même des voitures. Sylvie en profite pour satisfaire son manque de sucre: gâteau de riz à la confiture, nougat croquant de sésame noir ou cacahuète, elle se rattrape...

Nous quittons Xi’an une semaine plus tard pour Shanghai. Encore un imbroglio: on nous dit qu’il faut donner nos vélos quatre jours avant le départ pour qu’ils arrivent le même jour que nous. Ça semble logique, il y a beaucoup de voyageurs, l’école reprend la semaine suivante. Quand on arrive à la gare avec nos vélos, le prix au kg est le double de ce qu’on a payé à Turfan! Déjà que les vélos comptent pour 25 kg par défaut... Finalement, une étudiante nous explique: si on paie 4.30 yuans/kg, nos vélos arrivent sous 24h. 1.9 yuans/kg, ils arrivent sous cinq jours. ‘Et ça ira pour les vélos?’ demande Ben. ‘Oui, pas de problème mais pour être sûrs, vous pouvez donner 40 yuans aux porteurs’. On hésite. Avec le nombre de gens qui travaillent ici, qu’est-ce qui nous assure que les gens qu’on paie seront ceux qui mettront les vélos dans le train? Au bout de 5 minutes, l’étudiante nous dit qu’il n’y a pas besoin de payer. On s’inquiète, que vont-ils faire aux vélos maintenant si on ne paye pas? ‘Pas de problème!’ nous dit-on. Nous laissons les vélos et repartons inquiets et énervés.

A Shanghai, la chaleur et l’humidité nous enveloppent, à peine débarqués du train. Mais c’est plus supportable qu’il y a quatre ans quand nous étions passés à la même époque. Moites et luisants de sueur, nous nous présentons au bureau de Marc dans la concession française. Marc et Sylvie se sont connus il y a quelques années, en 1985 exactement, aux Canaries. La famille de Sylvie voyageait en bateau et avait rencontré la famille de Marc à Las Palmas. C’est grâce à Marielle, la mère de Marc, qui nous suit sur le blog, que nous apprenons que Marc est en Chine. Et il nous invite très généreusement, à passer la semaine chez lui. Inutile de dire qu’après 25 ans, Marc et Sylvie ne se reconnaissent pas. Nous nous sentons tout de suite très à l’aise avec Marc et ses associés, Guillaume et Aloïs. On a tous le même âge, les mêmes centres d´intérêt… Pendant que Marc termine une réunion, Guillaume nous fait patienter. On raconte notre voyages et lui, ses quelques mois de ´backpacking´ en Asie avant d´arriver à Shanghai. Auparavant, il a passé quatre ans à Taiwan donc il n’est pas trop dépaysé. Après avoir fourré nos deux vélos dans leur petit bureau, ils nous emmènent déjeuner avec leur client dans un resto sympa, cuisine du Sichuan et dim sums (raviolis vapeur). On est un peu gênés, crasseux et en short mais tout le monde est épaté par nos 13.500 km depuis la France et personne ne fait attention à nos vêtements décolorés!

Pas de visites à faire à Shanghai mais encore beaucoup de logistique. Will, un cycliste américain rencontré sur le site warmshowers (des cyclistes qui hébergent les cyclistes) nous organise un super itinéraire. Il habite sur la côte Est du Japon et semble s’amuser comme un petit fou à nous faire notre route. Il nous écrit un plan super détaillé style ‘à l´intersection, prendre à gauche’ etc. Grâce à des amis et des rencontres que nous avons fait sur la route, nous contactons plusieurs Japonais et étrangers qui habitent au Japon et tout le monde nous répond gentiment avec plein d’informations. Les emails sont tellement enthousiastes qu’on est très impatients de découvrir le Japon.

Nous passons une semaine très sympa à Shanghai, merci Marc !! Nous passons une journée assez frustrante à essayer d’acheter nos billets d’avion pour Santiago au Chili. Notre carte a été bloquée. Heureusement notre super QG (les parents de Sylvie) nous sauve et notre banque répond au quart de tour. Ouf, on avait peur que les prix montent. Nous fêtons l’anniversaire de Ben le samedi soir … repas français : tarte à l’oignon, tarte à la tomate, taboulé, tarte au citron meringuée et brownie. Marc amène du foie gras et Alois, qui nous prête sa cuisine, prépare son fameux poulet aux quarante gousses d’ail. La cuisine française nous manque mais on n’est pas les seuls. Il faut voir les yeux de tous ces pauvres petits Français briller quand on dit ‘tarte au citron’ !! Nous finissons la soirée à 4h du matin avec un poker ! Alois et Guillaume font découvrir leur rhum vieilli en fût de chêne à Sylvie (Ben préfère la bière). Son dernier ti-punch date de plus d’un an alors elle en profite ! Comme si ces agapes ne suffisaient pas, Marc nous invite à un brunch le lendemain matin. Le mercredi, il joue du jazz manouche (pensez Django Reinhardt) à l’Enoteca, un bar à vin. Nous retrouvons Arthur, le ‘maitre poker’. Ce matin-là on ne boit pas de vin (on ne pourrait pas !) mais on se régale d’un superbe repas : croissant croustillant au beurre, œuf à la coque, quiche, tartare de saumon et, cerise sur le gâteau, du ca-mem-bert ! Nous devons vraiment faire pitié parce que Marc partage son camembert avec vous : ‘Allez, je crois que vous en avez plus besoin que moi !’.

Nous revoyons aussi Aline et Julien chez qui nous avions logé il y a quatre ans lors de notre premier passage à Shanghai. C’est vraiment par chance. Ils ont quitté Shanghai au début de l’été et sont rentrés à Londres mais ont dû y revenir pour quelques semaines. Ils nous font découvrir un restau très sympa de cuisine du Yunnan. C’est très différent de la cuisine chinoise telle qu’on la connaît, très riche en saveurs et avec des notes vietnamiennes.

Il fait toujours très humide à Shanghai mais cette fois-ci la température est un peu plus supportable. Il y a quatre ans, c’était un calvaire de marcher dans la rue et des orages éclataient tous les jours en fin d’après-midi. Cette fois-ci, il fait chaud mais on peut se déplacer en appréciant. Nous découvrons d’ailleurs deux quartiers sympas ou plutôt, quelques rues. L’un est un quartier de petites maisons chinoises où des artistes se sont installés : photographes, peintres, petits cafés, l’ambiance est détendue et on n’entend même pas les voitures. L’autre quartier est dans la Concession Française, les anciennes maisons ont été restaurées. C’est évidemment envahi de restos mais on peut rêver au Shanghai des années 30…

Nous passons presque une semaine à Shanghai. Un long arrêt pour nous mais on aurait pu rester un peu plus longtemps… ouh là là, il est temps de repartir !

Publié dans Chine

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