Dernières pistes

Publié le par Sylvie

Osh – Simhana … 07/07 – 16/07


Faux départ le lendemain, Krista est malade. On en profite pour améliorer le référencement du blog. Nous mettons beaucoup d’infos pratiques pour les cyclistes mais notre blog n’apparaît qu’en troisième page de google.

Finalement, le jeudi matin, Dan et Krista sont au rendez-vous. Nous profitons du bitume, 60 km après Osh, c’est fini, on retrouve la piste qu’on avait quitté il y a deux semaines à Suusammyr. La route monte en pente douce, Osh est à 900m et il y a plusieurs cols à passer avant Sary Tash : le premier est à 2400m et le suivant, á 3600m. Il y a plusieurs chaines de montagne à passer avant de redescendre dans le désert du Taklamakan, à Kashgar. Pas de cafés pour se restaurer sur la route, nous faisons une pause près d’un petit supermarché, ils ont une brioche aux pommes qui s’approche de celle qu’on trouve en France ! Il nous arrive régulièrement de parler nourriture. Dans certaines villes, on se rabat sur les hamburgers, c’est malheureusement ce qui se rapproche le plus de la nourriture occidentale ! A peine avons-nous quitté le bitume que nous rencontrons deux cyclistes, deux Suisses qui viennent de passer trois semaines au Tadjikistan. Là ils foncent sur Osh, ils ont un avion dans deux jours. Le lendemain, on croise encore deux cyclistes. Ceux-là sont tellement pressés qu’ils se contentent d’un vague signe de la main. Dans ce cas-là, on y va d’une petite mesquinerie : ‘Bah, ce ne sont pas des vrais, ils n’ont que deux sacoches !’. Dans l’après-midi, un minibus s’arrête et un des touristes nous signale frénétiquement de nous arrêter. Oui, on sait, c’est génial ce qu’on fait, et ça doit être dur… ‘On a croisé votre sœur il y a trois jours, tout va bien !’. Cooooool !!! D’un coup, on se sent tout légers. Albane et Benoît vont bien ! Une montée plutôt raide et très poussiéreuse de quelques km nous amène à un col de 2400m. Le temps de prendre une petite photo et d’enfiler un pull et on s’élance dans les lacets qui filent le long de la montagne. On avait oublié les sensations en descente sur…piste. Le vélo saute sur les cailloux, rebondit, Ben est bien content d’avoir lâché sa remorque à Bangkok. A Gulchö, le jeu de piste continue. Sylvie est à peine entrée dans la cour de la guesthouse que la dame la salue d’un ‘Sylvia! Albina sistra !’. Albina est un prénom assez répandu, du coup tout le monde répète ‘Albina’ quand Albane se présente. Nous logeons chez une famille nombreuse, des filles n’arrêtent pas d’entrer et sortir, des âges assez proches mais à chaque fois elles semblent différentes. Il y a aussi un petit garçon de 3 ou 4 ans. La dame finit par nous expliquer : ‘A chaque fille j’espérais avoir un garçon’. Résultat : quatre filles et enfin, un fils. Ce n’est pas trop surprenant mais en Turquie, on avait été témoin du phénomène inverse. La mère de Suleyman que nous avions rencontré sur la mer Noire avait, elle, persévéré pour avoir une fille. Au final, quatre ou cinq fils et une fille ! Nous nous douchons derrière un abri de toile dans le jardin. Dan et Krista prennent leur douche en premier, à l’eau froide. Quand c’est notre tour, les filles ont fait chauffer de l’eau, chouette !

Le lendemain, la route continue à monter en pente douce. Nous longeons une rivière entre de superbes gorges de roche rouge, beige, grise. Dan et Krista sont emballés. Ils sont entrés au Khirghistan par la vallée du Ferghana donc finalement, ils n’ont pas vu beaucoup de paysages. Nous, on compare avec la vallée de Suusammyr, la montée à Song Köl… On ne s’émerveille plus devant les yourtes et les chevaux tandis qu’ils sautent sur leur appareil photo à la moindre occasion. On se remplit malgré tout les yeux parce qu’on sait que d’ici une semaine, on retrouve le bitume lisse mais aussi le désert… La route est en travaux jusqu’à la frontière, c’est-à-dire sur 250 km. Des bulldozers remuent la terre à intervalles réguliers sur la route. On roule avec un mouchoir sur la bouche et nos vêtements sont marbrés de poussière. Ils creusent à flanc de montagne et à un moment, on doit patienter, ils alternent bulldozer et passage des voitures. Les chauffeurs viennent se garer le plus près possible, certains doublent la file pour être en premier. On trouve ça un peu risible, qu’est-ce que ça change sur une route étroite en terre ? Quelques conducteurs titubent et il n’est que midi, ils ne boivent pas du thé au petit déjeuner ceux-là ! On se met à l’ombre d’un camion et on attend… on nous a dit 20 min, puis 30, impossible de savoir combien de temps ça va durer. On aimerait bien déjeuner mais s’il faut se dépêcher de passer avec une boite de sardines ouverte à la main, ça va être pratique. Finalement, on passe au bout de 20 min. Le sol est tellement meuble qu’on doit pousser les vélos. On s’arrête tôt, après seulement 40 km. On continuerait bien mais Dan et Krista en ont assez. Leur visa chinois commence un mois après leur avoir été délivré à Tashkent (normalement, on a trois mois pour entrer en Chine) ce qui fait qu’ils ont moins d’un mois pour traverser le Khirghistan. Ils sont assez dégoûtés de ne pas visiter le pays et veulent profiter au maximum de leurs jours ici. Demain il y a une grosse montée mais après tout, on n’est pas à 10 km près aujourd’hui. Nous nous arrêtons dans la famille de Timour. Il nous fait signe du bord de la route : ‘Venez dormir chez nous !’. Timour a quinze ans, c’est le dernier fils de Parisat et de son mari (dont on n’a pas retenu le prénom). Beaucoup de voyageurs se sont déjà arrêtés, ils nous montrent les photos : Claude Marthaler, un cycliste dont on a lu Le Chant des roues ; une Japonaise à moto. C’est étonnant, nous sommes dans un petit hameau au milieu de nulle part. Parisat et Timour installent des couvertures et des coussins et amènent thé et confitures pendant que nous montons les tentes dans leur jardin. Timour est très curieux, il attrape toutes nos affaires, regarde comment on monte la tente et notre filtre le fascine. Ici les gens font bouillir l’eau pour la stériliser, très peu achètent des bouteilles d’eau, et du coup ils ne boivent que du thé. On réalise que l’eau fraîche doit être un luxe pour eux. Chaque jour, Timour remplit une bouteille quand il nous voit sortir le filtre ! Le jardin est cultivé, fraises, pommes de terre, carottes et des rigoles d’irrigation courent un peu partout. C’est pratique, il suffit de tendre le bras pour avoir de l’eau ! Nous partons nous laver à la rivière, Sylvie et Krista en amont, Dan, Timour et Eric, cinq ans (son neveu) en aval. Ben fait le frileux : ‘Je garde les tentes !’. Nous dinons en regardant rosir les sommets enneigés.

Le lendemain, nous décidons de rester. Timour propose de nous emmener dans les jailoos (pâturages) lorsque ses parents seront rentrés de la ville. Ben passe la journée à se tordre de douleur, des crampes violentes au ventre. Sylvie essaye de comprendre : ‘C’est comme en Ouzbékistan ?’. ‘Non, c’est comme au Vietnam !’. Flûte ! Au Vietnam, en 2005, on avait foncé à l’hôpital franco-vietnamien d’Ho Chi Minh où ils avaient administré une injection de morphine à Ben et lui avaient fait passer une batterie de tests. Ensuite, il était resté quatre jours en observation. Ici, on est dans les montagnes. Osh, la ville la plus proche, est à plus de 100 km et on préfère ne pas savoir à quoi ressemble l’hôpital. Sylvie fouille la pharmacie, on n’a rien pour les douleurs violentes. Le Spasfon est un placebo dans ces cas-là. Finalement, Parisat et son mari reviennent en fin d’après-midi. Elle a travaillé comme médecin pendant longtemps et vient ausculter Ben. Après avoir vérifié que ce n’est pas l’appendicite, elle propose un petit verre de vodka à Ben. Il est dubitatif mais pourquoi pas. Ils trinquent tous les deux puis Ben se rallonge. Deux heures plus tard, il est sur pied ! Les douleurs ont diminué et il tient debout tout seul alors que, le matin même, Dan et Sylvie devaient le soutenir à chaque fois qu’il voulait se déplacer. On se sent un peu ridicules avec notre pharmacie !

Nous restons deux jours de plus chez cette famille très sympathique. Nous apprécions enfin nos jours de repos tandis que Dan et Krista passent une journée dans les montagnes, menés à un train d’enfer par Timour : ‘Eh Timour, on a 30 et 37 ans et toi, tu as 15 ans, ménage-nous s’il-te-plait !’. ‘Et alors, il y a des gens de 50 ans qui passent l’été dans les jailoos !’. Ils découvrent la vie dans les montagnes comme on l’avait vu à Song Köl : les yourtes, les familles et leurs troupeaux de vaches, chevaux, moutons. Bien sûr, ils ont droit au koumis et au pain chaud. Ils reviennent chargés de cadeaux : des fleurs jaunes à faire sécher et boire en tisane, ‘très bon pour les maux de ventre !’. Malheureusement, Sylvie les perdra deux jours plus tard dans les cahots de la piste. Ils ramènent aussi des pierres ponce, ‘pour faire la peau douce’, du koumis, des graines… Timour est un véritable enfant de la montagne, il leur désignait toutes les plantes avec leur utilité. Pendant ce temps, Parisat nous montre à faire le pain, aidée de sa belle-fille. Ses quatre enfants aînés travaillent en Russie. Par souci d’économie, la femme d’un de ses fils habite avec elle, son fils revient tous les deux mois. Elle garde aussi ses petits-enfants toute l’année pendant que leurs parents travaillent. Ils vont à l’école au village à côté. Eric passe l’été ici mais son frère aîné est en vacances avec ses parents à Bishkek. Chez nous, on vit chez nos parents et on passe nos vacances chez nos grands-parents… La recette du pain a l’air assez simple : de la farine, un peu de levure, de l’eau et un peu de lait. Parisat fait des boules qu’elle aplatit ensuite. Elle passe un peu d’eau dessus, enfile un gros gant et colle les pains à la paroi d’un four semi-circulaire en pierre. Un quart d’heure plus tard, le pain sort tout chaud et croustillant. Ils ont aussi un troupeau de moutons qu’ils tondent eux-mêmes. Ensuite Parisat lave la laine, l’assouplit et la file. Avec la laine, elle fait des shyrdaks, les tapis colorés en feutre avec lesquels elle recouvre le sol des pièces de sa maison. Comme elle n’y travaille pas tous les jours, un tapis de 3 x 2 m lui prend environ trois mois. On est émerveillés. Un tapis prend soudain beaucoup plus de sens quand on l’a fait soi-même et qu’on peut tracer la provenance des matériaux et les étapes de fabrication… beaucoup plus de sens que quand on l’achète chez Ikea. Seul inconvénient, ils n’ont pas d’aspirateur donc de tems en temps, il faut battre les tapis. Ce que fait Timour un après-midi, dans un nuage de poussière. Parisat nous montre son potager et ses arbres fruitiers. Ici les légumes ne poussent que pendant trois mois. On imagine que l’hiver, les repas doivent surtout consister en viande et pommes de terre. On observe le père de Timour qui fabrique une barrière en fil de fer. Il a conçu un outil pour tordre le fil de fer, une sorte de cylindre sur lequel il enroule le fil de fer. Ensuite, il ‘tresse’ les fils de fer et voilà, il a un treillis métallique pour empêcher ses moutons de s’échapper.

Nous les quittons après trois jours de repos, sous la pluie. Chaque après-midi s’est fini sur des orages et le jour où nous partons, il pleut dès 7h du matin. Mais ça ne dure pas longtemps et, une heure plus tard, nous arrivons en haut d’une montée d’où nous avons une vue spectaculaire sur la vallée et un village, en-dessous. Les nuages s’écartent, des lambeaux de coton sur un ciel bleu, et les montagnes apparaissent. Dan et Krista s’arrêtent pour leur deuxième repas de la journée et nous leur donnons rendez-vous au village suivant où on pense déjeuner. Ils s’arrêtent toutes les deux heures pour manger ! Nous, pour nous étirer et boire. Au village suivant, pas de chance, il n’y a pas de café et le petit magasin ne vend que de l’eau gazeuse. Les enfants nous assaillent, ‘Tourist, tourist !’, et les gens ne sont pas particulièrement accueillants donc on continue. Sylvie a de nouveau une baisse d’énergie. A la sortie du village, des yourtes bordent la route, on préférerait être seuls pour sortir notre attirail de cuisine. La route monte, les gamins nous courent après en hurlant, certains jettent des cailloux, on a faim et il se met à pleuvoir… il y a des jours comme ça… Nous sommes en train de débattre sous la pluie : ‘On se risque à demander l’abri d’une yourte ou on tend une bâche entre les vélos ?’ quand Dan et Krista arrivent. Le moral remonte, nous mettons notre bâche par terre et Dan et Krista tendent la leur entre les vélos. Ben sort le réchaud et bientôt on reprend des forces avec des nouilles chaudes et des sardines. Pour prévenir les potentielles baisses d’énergie, on remplit nos thermos avec du thé chaud très sucré et on attaque LA montée. Depuis le temps que Ben en parlait : ‘Attendez Sary Tash !’ nous sortait-il à chaque fois qu’on râlait sur une montée. La pente est effectivement très raide et comme il a plu toute la matinée, on roule dans la boue, pas trop collante heureusement. En fait, on trouve cette montée plus facile que celle de Song Köl. C’est juste de la terre, il n’y a pas de graviers ou de gros cailloux. D’ailleurs, on ne met que 3h alors que Song Köl nous avait pris 5h (avec la pause déjeuner). On monte à 3km/h, allure d’escargot quand soudain des hommes nous arrêtent. Ils vont faire sauter un pan de montagne avec une mine et ils veulent qu’on redescende ! Quoi, ils ne se rendent pas compte, il est hors de question qu’on revienne sur nos pas ! Ils finissent par accepter qu’on monte jusqu’au deuxième point d’arrêt et là, nous patientons. Il est déjà 16h, la lumière baisse plus vite au milieu des montagnes, on n’arrivera jamais à Sary Tash ce soir ! Une demi-heure plus tard, un grand ‘boum’ et un nuage de poussière en contrebas signent notre liberté. On s’ ‘élance’ à nouveau sur les lacets. Un peu plus haut, Ben ralentit dans un tournant particulièrement raide. Un semi-remorque qui arrive derrière freine et un autre camion tente de le dépasser par la droite. La route est étroite alors en plus dans un tournant… les camions s’accrochent, les chauffeurs descendent, vocifèrent. Ben prend la poudre d’escampette mais Sylvie qui arrive derrière se retrouve en plein dans la bataille ! La route est bloquée à droite, elle est obligée de prendre à l’intérieur du tournant, le plus raide mais avec une petite poussée d’adrénaline ça aide. Les camions nous dépassent un peu plus tard, aucun des deux ne s’en prend à nous, ouf. Inquiet avec le jour qui descend, Ben aide Sylvie sur la fin de la montée. Il accélère, laisse son vélo, descend en courant, pousse Sylvie, reprend son vélo… c’est presque du triathlon ! Dan et Krista vont un peu plus vite que nous mais pas de beaucoup. Ils sont autant chargés que nous et finalement, à poids égal, un vélo droit ne gagne que 1 ou 2 km/h par rapport à vélo couché en montée. Comme on est plus rapide en descente et avec le vent de face, finalement, on est bien content de notre choix ! En haut du col, nous admirons les lacets que nous venons de monter pendant 3h, un vrai tas de spaghettis. Une heure plus tard, Sary Tash est en vue, un petit village au pied de la chaîne du Pamir. Quelle superbe récompense ! Nous arrivons juste à temps pour voir le soleil se coucher sur ces majestueuses montagnes qui culminent à plus de 7.000m. L’arrivée dans le village est moins bucolique. Des troupes d’enfants nous courent après en criant ‘Tourist, tourist’ et en réclamant de l’argent. Franchement si on n’était pas aussi fatigués, on en attraperait bien un ou deux histoire de leur donner une leçon. Nous sommes soulagés quand nous trouvons enfin la maison de Farida. Elle nous a été recommandée par la dame qui nous a accueillis à Tash Komur, elle-même recommandée par l’interprète des observateurs de l’OSCE… Albane et Benoît sont passés ici il y a quelques jours. Nous passons la soirée avec Ainura (‘rayon de lune’), la belle-sœur de Farida. Elle est interprète russe-anglais sur la construction de la route. Beaucoup des travailleurs sont Chinois. Elle nous apprend que la route devrait être finie en 2011. Quelques cyclistes rouleront encore dans la poussière. La plupart des gens de la région sont musulmans mais Ainura et toute sa famille se sont convertis au christianisme il y a quelques années. Ainura a été gravement malade et un missionnaire lui a proposé de prier avec elle. Lorsqu’elle a été guérie, elle a décidé de se convertir. Sa famille a été un peu surprise puis ils se sont convertis aussi ! Nous nous requinquons avec un énorme bol de soupe, pommes de terre et viande. Nous aurions bien aimé faire un banya, surtout que Dan et Krista auront raté cette expérience mémorable. Mais il n’y a qu’un banya pour tout le village, 2.000 habitants. ‘Le samedi, c’est le jour des femmes et le dimanche, c’est le jour des hommes’ nous explique Ainura. La soirée se finit dans des éclats de rire. Ben n’arrive pas à aller aux toilettes depuis plusieurs jours donc il demande à Farida s’il y a une pharmacie dans le village. Elle appelle Ainura qui s’était couchée puis le pharmacien. Il est 11h du soir mais avant qu’on ait pu expliquer que ça peut attendre le lendemain, Farida a envoyé son fils dans la nuit chercher les médicaments ! ‘Ça devrait faire effet d’ici 4h’ dit Ainura. ‘Ah bon, mais ce sera au milieu de la nuit !’ s’exclame Ben, inquiet. ‘Je laisserais la lumière allumée’ le rassure Farida. ‘Et si c’est si efficace que je n’ai pas le temps de me lever ?’ la taquine Ben. Tout le monde est mort de rire…

Nous nous serions bien reposés une journée chez Farida. Sa porte fait face à la chaîne du Pamir, le soleil nous chauffe alors qu’hier soir, nous sommes arrivés de nuit par un vent glacial… Mais il est temps de passer en Chine ! Nous mettons vêtements et bâches à sécher et Farida nous emmène faire des courses au magasin. Enfin ‘magasin’… il y a des oignons, des pommes de terre, des cordes à sauter en plastique, des bonbonnes de 5L de jus de fruit, des cigarettes, de l’huile et du vinaigre… utile, léger et facile à cuisiner quoi ! On trouve quand même quelques paquets de nouilles rapides et des biscuits. Biscuits et bonbons, on trouve partout ! Nous reprenons la route en fin de matinée, sous un soleil éclatant. Après le check-point à la sortie du village, ‘Passports !’, la route est à nous… enfin, la piste ! Le Pamir nous accompagne tout l’après-midi, une chaîne de montagnes recouverte d’une couche de neige très épaisse. On commence vraiment à regretter de ne pas rouler au Tadjikistan, d’ailleurs ce sera notre prochain voyage ! La route monte graduellement et une piste en terre battue longe la ‘route’. Heureusement, on évite de manger et respirer trop de poussière. C’est un défilé incessant de camions chargés de terre, on se demande où ils vont la déposer. Nous faisons notre pause-déjeuner au camp d’Ainura. On dirait un camp fortifié comme dans l’ancien temps. En un peu plus moderne : des containers sont disposés en rectangle, ce sont les bureaux. Des drapeaux multicolores claquent joyeusement au vent. Oui, on a de la chance, ces jours-ci, un bon vent arrière nous pousse en haut des pentes. Ainura nous fait goûter les plats de la cantine, cuisine chinoise bien épicée, ah, ça va nous changer de la cuisine roborative d’Asie Centrale ! Elle présente Ben au médecin chinois. ‘Prend ces tablettes, dans deux heures tu seras soulagé’. Les tablettes kirghizes n’ont pas fait effet, on tente la médecine chinoise. Ben lui demande : ‘Et si ça ne marche pas ?’. Mais elle ne semble pas comprendre la question… Inutile effectivement car on devra s’arrêter quatre fois pour Ben dans l’après-midi ! On pensait trouver de nombreuses rivières sur le chemin mais beaucoup sont à sec ou loin du chemin. On ne se voit pas trop marcher jusqu’au Pamir récolter la neige ! On finit par trouver quelques yourtes le long d’un ruisseau et un enfant indique une source à Dan et Krista. Certains enfants ont la peau brûlée par le soleil. A 3.000 m d’altitude, il brûle beaucoup plus qu’au niveau de la mer. On doit mettre de la crème solaire tous les jours alors même qu’on est bronzés. Nous campons dans un repli de terrain en surplomb de la route. On entend les camions passer mais les tentes sont suffisamment basses pour qu’on ne nous voie pas. On pensait être incognito quand un cavalier débarque ! Le lendemain, nous découvrirons des yourtes á droite et à gauche de la route, cachées elles aussi. Une fois le soleil couché, le froid mord. Nous n’attendons pas Dan et Krista qui font cuire une énorme casserole de riz et sautons dans nos duvets. C’est le monde à l’envers ! Nous sommes Français et mangeons des repas basiques (ce soir, grechka, grains de sarrasin bouillis). Ils sont Anglais et passent plus d’une demi-heure à préparer leurs repas.

Dan et Krista partent avec une heure d’avance, ils vont tenter de passer la frontière le matin, la date de validité de leur visa expire le lendemain. La route descend, c’est la partie épouvantable dont nous a parlé Kyle, le cycliste américain rencontré à Bishkek. Le pauvre l’a faite en montée. Rien qu’en descente, les vélos souffrent et nous aussi. On descend 10 km sur un sentier avec des pierres pointues qui dépassent. D’habitude, on arrive toujours à trouver un passage un peu moins pire. Là, pas moyen d’y échapper. On finit par emprunter une piste en terre battue sur le côté mais on rejoint rapidement la route. Ces sentiers partent dans les montagnes, on n’est pas sûrs de retrouver la route. Ce matin-là, Sylvie prend quatre gamelles. Deux fois en montée, les pentes sont raides et pleines de trous. Puis deux fois en descente, la roue dérape sur de la boue, mmmm. Elle se désolait parce que Ben lui avait renversé un bol de thé sur son pantalon ce matin… au moins, les taches de thé ne se voient plus. En bas de la descente, choc émotionnel, nous retrouvons le bi… le bibi… le bitume ! Pas possible ! Pour un peu, on l’embrasserait ! Notre excitation est un peu douchée par le checkpoint, ‘Passports !’. Pfff c’est vrai, bientôt la frontière, la paperasse, les tampons. La route longe maintenant le flanc de la montagne, le long d’une grosse rivière. Deux rivières se rejoignent de façon très nette, un côté rouge, un côté bleu. La route monte et descend et soudain, du haut d’une descente, on aperçoit plein de containers. Un camp de cantonniers ? On réalise en voyant les femmes et les enfants que c’est Nura, le village qui a été détruit par un tremblement de terre fin 2008. Là où il y avait un village, il n’y a plus que de la terre retournée et éboulée, des pans de montagne effondrés et à la place des maisons, des containers métalliques et des piles de matériaux de construction. La route toute lisse tranche avec ces images désolées, elle a dû être refaite récemment. Un peu plus loin, c’est Irkeshtam, la frontière. On s’attendait à un village mais ce sont juste quelques containers sur le bord de la route. Pas d’habitants, juste des policiers, des militaires et des douaniers. Un médecin nous pose quelques questions à cause de la grippe A : ‘Vous êtes en bonne santé ?’. ‘Ben oui, on est cyclistes !’. ‘C’est votre mari ?’ demande le médecin à Sylvie. On ne voit pas bien le rapport avec la grippe… ! Container suivant, le douanier nous fait passer devant tous les chauffeurs de camion, sympa. Un autre douanier nous donne un sac, cool, on nous donne à manger ! Mais non, on doit déposer ce sac au check-point suivant, c’est le déjeuner de ses collègues. On fonce, on arrivera peut-être avant la pause-déjeuner des Chinois. Trop tard, il est 11h et ils ont fermé ! En tout cas, Dan et Krista sont bien passés… Dan et Krista ? Qu’est-ce qu’ils font derrière nous ? Ils ont pris une petite route en terre et ont fait l’école buissonnière. Ils nous ont vus du haut de la colline quand on passait le check-point au début du bitume. Ils ont mis une heure à retrouver la route… Nous attendons trois heures en plein soleil au milieu de la route. C’est idiot, les douaniers sont en train de faire la sieste et nous, on cuit au soleil. Seule une mince barrière rouge et blanche nous interdit le passage. Quand enfin ils ouvrent, c’est la mascarade. Deux douaniers se tiennent gantés de blanc derrière une petite table en bois nu sur le bord de la route. On leur tend notre passeport, ils secouent la tête. On le range, ils secouent la tête aussi ! Que veulent-ils ? On doit jeter notre passeport par terre et reculer. Le douanier s’avance, vérifie le passeport et le rejette par terre. Et c’est pour ça qu’on a attendu trois heures au soleil… Quelques mètres plus loin, re-vérification des passeports. Puis : ‘Ouvrez vos sacs !’. Ben fait semblant de coopérer. Il ouvre une de ses sacoches, tout est minutieusement emballé dans des sacs plastiques. Le douanier, découragé, nous fait signe à tous les quatre de passer. L’ensemble tient du surréel. Nous sommes en plein milieu des montagnes, un endroit désert. Un soldat monté sur une petite plate-forme au milieu de la route règle la circulation avec un drapeau vert et un drapeau rouge. A droite, la tête d’un autre soldat dépasse d’une barricade de sacs de sable, en haut d’un monticule. Un chef hurle pendant que la garde se fait relever. On finit enfin par obtenir le tampon au troisième poste, ça y est on est en Chine ! Pour nous, c’est la dernière étape de notre voyage en Asie. Dans deux mois, nous changeons radicalement de culture. Bye bye le laghman, bonjour la flûte de Pan … enfin, le steak de viande argentine pour Ben. A Simhana, le poste frontière chinois, nous rencontrons trois Français. Ils sont à moto et réalisent un documentaire sur l’eau pour une chaîne française mais les Chinois refusent de les laisser sortir. On sait qu’il est difficile voire impossible d’entrer en Chine avec un véhicule mais on n’aurait pas imaginé qu’ils bloqueraient la sortie. Leur situation est critique, leur visa kirghize expire lundi et on est jeudi. Ils nous apprennent que le gouvernement a coupé l’internet et les appels internationaux sur tout le Xinjiang suite aux événements d’Urumqi. On n’a pas donné de nouvelles depuis dix jours, nos familles vont commencer à s’inquiéter. Et on est pour deux mois au Xinjiang. Nous fêtons notre entrée en Chine tous les quatre dans un petit resto. Dan et Krista se sont rendus compte à la frontière que la date d’expiration n’indiquait pas ‘entrer jusqu’au 17 juillet’ mais ‘avant le 17 juillet’.

Publié dans Khirghistan

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