La vallée du Ferghana

Publié le par Sylvie

Nous chargeons nos quatre vélos sous l’œil intéressé des serveuses et des enfants. C’est dimanche, le gérant de l’internet nous avait promis qu’il serait ouvert mais on a plutôt l’impression que c’était pour se débarrasser de nous hier soir. Tant pis, on attendra Osh pour les emails. Aucun de nous ne déborde d’énergie. On a pourtant eu deux jours de repos, enfin si on peut appeler ‘repos’ charrier des bassines d’eau pendant une journée au premier étage et laver à la main nos vêtements poussiéreux ! La route fait un détour d’une centaine de km pour longer le réservoir. Il fait très chaud et la première montée qui ne fait pourtant que 3 km met Albane et Sylvie par terre. La chaleur et peut-être aussi quelque chose qu’on a mangé. C’est vraiment frustrant parce qu’on sait que dans les conditions optimales (pas trop chaud et en forme), on l’aurait à peine remarqué cette montée. Heureusement derrière, il y a une longue descente. Les paysages sont très arides et nous rappellent la Turquie : collines pelées, jaunies, montagnes rocheuses jaune, orange, parfois rouge. Nous imaginions le Khirghistan comme un pays de montagnes verdoyantes mais finalement c’est beaucoup plus nuancé. Les paysages étaient très verts au nord, autour du lac Issik Köl et au lac Son Köl et quand on descend au sud, les paysages deviennent arides. L’altitude plus basse joue peut-être aussi. La fonte des neiges ne vient pas jusqu’ici. Nous pique-niquons sous un abribus et nous dormons d’un œil car des enfants nous ont repéré et jouent juste à côté. A peine passons-nous sur la rive sud du réservoir qu’un vent de face se met à souffler. On a l’impression d’avoir toujours du vent de face mais pour être objectif, le vent a quand même tendance à souffler de l’ouest. Au Kazakhstan, nous faisions route à l’est et nous avions souvent le vent dans le dos. Nous nous ravitaillons en eau à un café sur le bord de la route. Au moment de partir, Ben et Benoît penchent pour rester et passer la nuit ici. C’est vrai que les topchans (plate-formes avec des coussins) invitent au farniente et des orages s’annoncent au loin, sur notre route. Mais les filles les décident à repartir : ‘Ce qu’on parcoure aujourd’hui, c’est ça de moins pour demain !’. Nous comptons nous arrêter à un village pour y passer la nuit mais il ne se matérialise pas. Parfois, les villages ne sont pas sur la route même, peut-être celui-ci est-il caché par un repli de terrain, ou bien nous avons raté une petite route sur la gauche ? La route monte et descend entre les montagnes qui bordent le réservoir, le vent de face commence à nous fatiguer et de gros nuages noirs glissent au-dessus de nos têtes, il commence à pleuvoir. Et bien sûr, le soleil commence à baisser. Il est vraiment temps de trouver un abri ! Nous nous arrêtons finalement à un café au bord du lac avec une vue superbe sur les montagnes de la rive nord. Nous montons les tentes à la hâte, le vent souffle fort et les garçons stressent, le sol est trop dur (bitumé !) pour enfoncer les sardines. Benoît et Albane attachent leur tente à une table et une brouette pendant que Ben démolit à moitié le maillet et les sardines. On entoure les tentes de grosses pierres et on court se mettre à l’abri. Le vent souffle violemment puis la pluie s’abat. L’orage est très impressionnant, le tonnerre résonne entre les montagnes, les éclairs strient le ciel sombre, superbe spectacle de son et lumière ! 20 min après tout est fini, notre tente est toute propre et elle a résisté au vent. Les lumières sont magnifiques sur le lac, rien de tel qu’un ciel d’orage pour de belles photos. Un couple allemand nous a regardé nous démener, eux n’ont pas de problème. Ils voyagent dans un énorme camion de pompier version 4x4 qu’il a aménagé sur son temps libre pendant deux ans. Chauffage, stéréo, frigo, toilette, douche, eau chaude… il s’est vraiment régalé ! Seul inconvénient, ils ne passent pas inaperçus. On envie un peu leur confort mais rien ne vaut la flexibilité du voyage à vélo. Les gens doivent penser qu’on est plus pauvres que les autres voyageurs parce que personne ne nous a jamais demandé d’argent. On nous demande souvent le prix des vélos mais c’est probablement parce que les gens aimeraient bien avoir les mêmes ! Au début, on disait que c’était un prototype. Maintenant, on trouve plus simple de dire padarak (cadeau) et de montrer nos bagues qui font office d’alliance. Ça marche très bien !

Après un petit déjeuner béton (cinq œufs frits chacun, on a dû mal se faire comprendre !), nous quittons le réservoir par une longue montée en lacets. Le vent souffle toujours donc sur un lacet, on l’a de face, sur le suivant, on fonce, on l’a de dos. Au col, c’est la fin du réservoir de Toktogul, il est tout petit derrière nous. Nous entamons une nouvelle vallée. Tous ces passages de col nous laisserons vraiment imprégnés du paysage physique du Khirghistan : des chaines de montagne en long et en large et des routes qui ont été construites parfois avec brio. On se demande vraiment comment les ingénieurs s’y prennent, comment choisissent-ils de passer à tel ou tel endroit quand les montagnes sont si abruptes ? Ils ne sont par contre pas aussi doués pour la signalisation routière. On dirait qu’ils ne connaissent qu’un panneau de pente, le 12% ! Les ingénieurs khirghizes sont aussi très malicieux, certaines montées sont annoncées par une descente et vice-versa. Ou alors, ils ont posé les panneaux un jour de vodka… Un jour, les panneaux 12% disparaissent et des panneaux 8% font leur apparition… rupture de stock ? La vallée se resserre en bas de la descente et nous longeons à nouveau des gorges, le long de la rivière Naryn, le trop-plein du réservoir de Toktogul. Ici aussi les couleurs sont superbes : un ruban bleu turquoise se déroule au milieu de roches rouges. Les ingénieurs ont oublié de faire la route plate mais les pentes sont suffisamment courtes pour prendre de l’élan dans la descente et monter la pente suivante avec un peu de vitesse. On en profite pour forcer un peu, il faut faire grossir les muscles, la route pour aller à la frontière chinoise est parait-il épouvantable. Le vent souffle toujours de face et nous sommes soulagés de faire une pause dans un restaurant au bord de la rivière. Albane traine toujours quelque chose, des spasmes au ventre, du coup on y va doucement. Les serveurs sont en train de déjeuner, belles assiettes, on demande si on peut avoir la même chose, non, vous, c’est le menu. Tant pis, on se rabat sur le sempiternel laghman pendant qu’Albane mange un peu de grechka (sarrasin en grains). Gentiment, ils nous donnent de la pastèque fraîche mais quand on veut en commander pour le dessert, pas possible. Il y a vraiment un menu serveurs et un menu clients alors. Nous reprenons la route et nous posons à Karaköl. Ne pas confondre avec Karakol, au bord d’Issik Köl, qui signifie ‘main (kol) noire (kara)’. Karaköl veut dire le ‘lac noir’. C’est notre propre déduction, tous les lacs ici se finissent par ‘köl’. Issik Köl, signifie d’ailleurs le lac chaud, sa teneur en sel fait qu’il ne gèle jamais. A l’entrée de Karaköl, un immense portique barre la route, un poste de police. On ne se sent pas très concernés, on continue à pédaler. Au deuxième coup de sifflet, on fait semblant ‘tiens, c’est pour nous ?’. Comme d’habitude, les policiers sont juste curieux : ‘D’où venez-vous ? où allez-vous ? Wouah, de France à vélo ! Et tout ça de km !’. Ils nous demandent nos âges, puis ‘Diete (enfants) ?’. Ils ne comprennent pas que passé trente ans, on n’ait pas d’enfants. Le plus jeune des policiers a notre âge, trente-deux ans et il a deux enfants. Pas de guesthouse mais un chouette hôtel à la sortie de la ville. Grande chambre, salle de bains (avec eau courante !) et un balcon, pratique pour cuisiner. Albane s’endort avant même que le dîner ne soit cuit, on espère que ça ira mieux demain. Etre malade consomme beaucoup d’énergie et en plus on a pédalé contre le vent toute la journée.

Le lendemain, nous continuons notre progression le long de la rivière Naryn. Dans une descente, nous dépassons un camion accidenté. Le ventre en l’air, on dirait qu’un géant l’a déposé sur la glissière. Ils roulent tellement vite que nous ne sommes pas très étonnés. A la limite, c’est même étonnant que ce soit seulement le premier accident que nous voyions en un mois. Ça nous rappelle le camion plein de canne à sucre qui avait versé en Thaïlande. Un énorme camion le retient avec des cordes pendant qu’une minuscule dépanneuse gémit, on dirait qu’elle va basculer elle aussi. On repart en se demandant si un jour le camion sera sorti… Nous déjeunons dans un énième café. Un étranger est en train de déjeuner avec un couple khirghize. C’est un Italien qui parle couramment français, il est là ‘pour affaires’. Nous arrivons le soir à Tash Komur, un village bâti au bord de la rivière, et nous mettons en quête d’une guesthouse qu’on nous a recommandé. A moins, d’être à quelques pas de la rue qu’on cherche, inutile de demander aux gens, ils ne connaissent pas. On finit par aviser des policiers dans une voiture, ‘Pas de problème, suivez-nous !’. Il s’avère que la propriétaire de la guesthouse est la sœur d’un des policiers, on a eu de la chance. Et du coup, on est rassurés, rien n’arrivera au vélo cette nuit. Nous retrouvons André et Anne-Sophie, deux observateurs qui travaillent pour l’OSCE (les observateurs sont toujours invités par le gouvernement). Ils sont ici pour observer la période pré-élections. Le Khirghistan aura un nouveau président le 23 juillet. Apparemment, les élections ont été décidé récemment, peut-être pour redorer le blason du président. Ils ne se font pas d’illusions : ‘Le président sera probablement réélu avec 98% des voix.’ La période est mal choisie (ou bien choisie, c’est selon), c’est l’été et une partie de la population est dans les montagnes avec les troupeaux.

Le lendemain, nous bataillons toute la journée pour trouver un minibus. Albane et Benoît ont réalisé qu’ils allaient manquer de temps au Tadjikistan (toujours ces dates fixes de visa) donc ils veulent prendre un bus pour Osh histoire de gagner un peu de temps. Nous avions décidé de faire toute la route à vélo et c’est un peu un coup dur. Finalement après une nuit de réflexion, nous décidons de les accompagner. Nous nous postons d’abord sur la route et attendons sous un soleil de plomb un bus fantôme. Nos tentatives pour monter dans un minibus échouent, ils sont tous plein. Auparavant, le matin, le chauffeur d’André et Anne-Sophie avait emmené Ben et Benoît dans sa grosse Mercedes pour négocier pour eux au bazar. Mais les chauffeurs demandaient des prix trop élevés. En désespoir de cause, nous finissons par y retourner et, au bout d’une heure, un chauffeur finit par baisser un peu son prix. Ça reste le double de ce qu’on a payé à Bishkek.

Osh contraste avec les autres villes que nous avons traversé. Elle est dans la vallée du Ferghana, une région réputée pour être instable, à cheval sur l’Ouzbékistan et le Khirghistan. Les Russes ont vraiment réussi à brouiller les cartes avec leur découpe sauvage des frontières. Regardez sur une carte et vous verrez que les frontières ne sont pas du tout adaptées au réseau routier. La route principale passe par l’Ouzbékistan. Il faut donc faire un détour pour aller à Osh. Au Khirghistan, cette région est fortement peuplée d’Ouzbeks mais dirigée par les Kirghizes. Donc régulièrement ça pète, comme récemment, fin mai, quand un policier a été tué (ou en 1990, où les affrontements ont été beaucoup plus violents). En attendant, tout va bien et nous retrouvons avec plaisir l’hospitalité et la gentillesse ouzbèke. Nous avons été bien accueillis au Khirghistan mais nous n’avons pas retrouvé l’accueil époustouflant de l’Ouzbékistan. Nous passons une heure dans un internet café, une dame engage la conversation, nous parle d’Edith Piaf et du mime Marceau (bluffés !) et déjà elle veut nous inviter à manger le plov. Au bazar, immense, nous achetons des concombres et des tomates, et les filles veulent nous inviter à boire le thé !

Nous logeons dans une guesthouse très sympa au sud de la ville, immenses chambres, grand jardin, un havre de paix ! Il y a même un lave-linge, nos vêtements retrouvent souplesse et couleurs. Nous commençons par renouveler notre visa qui expire dans quelques jours. Nous cherchons, selon les indications du guide, le bureau de l’OVIR où on peut obtenir un nouveau visa pour pas trop cher, Ils nous renvoient à un autre bureau où, parait-il, c’est plus cher, flûte. Heureusement, le chef n’est pas là et le sous-fifre est incapable de nous dire les prix. C’est louche. Albane insiste pour qu’on retourne à l’OVIR et là, miracle. La dame qui secouait vigoureusement la tête il y a une heure accepte immédiatement de nous donner un nouveau visa !

Nous passons les matinées au calme, à écrire pour le blog et les après-midi en ville. Le soir de notre arrivée, nous rencontrons deux cyclistes : Mark, un Irlandais qui a fait 11.000 km en 7 mois (on a mis 14 mois pour en faire autant !!) et Kyle, que nous avions rencontré à Bichkek. Le lendemain, nous rencontrons Dan et Krista qui cherchent Kyle dont Mark leur a parlé ( !). Ils sont Anglais et ont quitté Londres, ils rejoignent l’Australie à vélo. Comme nous, ils hésitent devant la multiplicité de routes qui s’offrent à eux au départ de Kashgar. Le lendemain, nous dinons tous les quatre chez eux et nous retrouvons Colin, le jeune Ecossais que nous avions rencontré au Kazakhstan. Il fonce. Pendant qu’on traversait le Khirghistan, il a traversé le Kazakhstan vers l’ouest, il est passé en Ouzbékistan au niveau de Tashkent, visité Samarcande et est rentré au Khirghistan au niveau de Osh ! Il estime qu’il fait environ 150 km par jour.

Le même soir, nous rencontrons aussi un couple Français qui voyage en camping-car. Ils ont connu Dan et Krista en Géorgie. Tout à l’heure, ils ont croisé Albane et Benoît dans la rue qui leur ont dit qu’ils dinaient chez des cyclistes anglais et ils ont reconnu Dan et Krista à la description. Ils font un voyage original : ils sont passionnés de ski de rando et recherchent montagnes et neige ! Tout le contraire de nous…

Le bazar nous émerveille. Il s’étend sur plusieurs km de part et d’autre d’une grande artère souvent encombrée par une file de matruchkas (minibus qui servent de bus de ville). C’est comme un gigantesque supermarché en plus coloré et désordonné. Les étals sont groupés par zone : les vêtements, les fruits et les légumes, les piles de pains ronds et dorés recouverts de couvertures multicolores, les produits pour la maison (savon, shampooing et plein de petites babioles), farine, sucre, pâtes en vrac... Un quartier complet est consacré aux fruits secs : rien que pour les raisins noirs séchés, il y a quatre qualités différentes ! Les gens ici sont friands de biscuits et bonbons, on découvre de nouveaux gâteaux secs tous les jours, une aubaine pour des cyclistes ! Au fond du bazar, on pourrait réparer notre vélo : une dizaine d’étals vendent des jantes, des pneus de toute sorte, des rayons… il faut quand même chercher une pièce à peu près standard : Colin a besoin d’un rayon mais ses jantes sont en 27’ et il ne trouve pas.

Le bazar d’Osh, plus que ceux des autres villes, est un symbole de ce grand mélange de populations qu’est l’Asie Centrale. Des gens de toutes les races d’Asie s’y côtoient. Les visages d’Asie Centrale telles qu’on les imagine : pommettes hautes, yeux bridés, bronzés. Certains ont les yeux noirs, d’autres brun clair, bleu, vert… Nous regrettons de ne pas pouvoir distinguer les différents peuples : Tadjik, Ouzbek, Kirghize, Kazakh, Ouighour. Un indice : les chapeaux. Les Ouzbeks portent une calotte carrée noire à broderies blanches tandis que les Kirghizes portent la kalpa, un haut chapeau de feutre blanc à broderies noires. Tout est dans l’art de relever le bord de façon à ce qu’il soit plus haut à l’arrière de la tête qu’à l’avant ! Beaucoup de femmes portent un foulard, très coloré, en bandeau, noué sous le cou, enveloppant ou pas les cheveux….   Il y a aussi beaucoup de Chinois, yeux bridés et peau claire. Un groupe de gens nous frappe : ils ont les yeux et les cheveux très noirs, comme des Gitans sauf qu’ils ont la peau plus claire. De temps en temps, un visage clair, une peau pâle éclaire la foule, ce sont les Russes, beaucoup moins nombreux qu’en Ouzbékistan. Une race que nous avons très rarement rencontré en Asie, ce sont les Africains. En Europe et Amérique du Nord, ils font partie du paysage humain mais depuis que nous sommes en Asie, nous n’en avons croisé que deux ou trois fois.

La culture musulmane est beaucoup plus présente que dans le nord. Plusieurs femmes portent une tunique longue sur un pantalon flottant, nous en croisons même une avec un voile transparent sur le visage. Les hommes musulmans âgés se remarquent par leur calotte et leur longue barbiche blanche. Tellement de cultures, de modes vestimentaires se côtoient qu’à aucun moment on ne se sent oppressé ou gêné. Sylvie se promène en short. Certaines femmes sont en tunique longue mais d’autres portent des minijupes, vive la liberté !

Nous testons à peu près tous les modes de transport de la ville. Les matruchkas sont des minibus qui ont fait leur vie en Europe et en trouve une nouvelle en Asie. On en croise qui porte encore ‘Centre de réadaptation de l’Oise’ sur le côté ! En Ouzbékistan, beaucoup de bus étaient des vieux bus français. Et il n’y a pas que les bus. L’autre jour, à la sortie d’un tunnel, quelle n’a pas été notre surprise de voir arriver en sens inverse un camion affichant les couleurs ‘Beurre de Surgères’ ! Les matruchkas jouent le rôle de bus de ville. Ils ont un numéro de ligne et un trajet défini mais peuvent s’arrêter n’importe où, il suffit de demander au conducteur. La dizaine de sièges est vite remplie donc souvent on reste debout et on se tient comme on peut. Quelques jours plus tard, on découvre le trolleybus. Un tramway qui date de Mathusalem, c’est marrant, on se croirait début 1900 tellement tout est vieux. La deuxième fois qu’on le prend, badaboum, énorme bruit métallique sur le toit. Tout le monde sort, tiens, les perches sont tombées ! Pas de chance, une des perches s’est prise dans l’arbre. Un homme monte sur le toit, tire dessus… au bout de quelques minutes, une matruchka passe, allez, on dirait qu’ils vont en avoir pour un petit moment, retour au minibus ! Si on est pressé, on peut prendre un taxi, une minuscule Daewoo quatre portes où on est assis très confortablement.

Nous déjeunons plusieurs fois dans le parc : délicieux kimas, brochettes de viande hachée et salades. Les ingrédients sont souvent indiqués sur le menu mais comme on ne connaît pas les mots, on choisit au hasard : ‘On partage la numéro 3 et 5 ?’. Pour peu qu’on revienne le lendemain, on essaie d’autres numéros et après quelques jours, on connaît toutes les salades. On se régale aussi avec les glaces. Le Graal, c’est la glace au chocolat qui a le goût de chocolat. La plupart des glaces n’ont pas de goût, juste des colorants. Benoît nous parle d’une glace merveilleuse : ‘Cherchez l’emballage avec les deux chameaux qui se font face’.

Trois jours plus tard, Albane et Benoît nous quittent. Leur visa du Tadjikistan est déjà commencé et ils ne pourront pas le prolonger. C’est dommage, nous avons passé trois jours à courir la ville chacun de notre côté et notre voyage ensemble prend fin un peu abruptement. Nous avons le temps, notre date limite d’entrée en Chine est le 12 août. Une fois en Chine, nous n’aurons qu’un mois ce qui signifie que nous n’aurons pas beaucoup de jour de repos. Nous devrons pédaler rapidement pour trouver une grande ville suffisamment touristique pour faire prolonger notre visa. Du coup, une nouvelle idée prend forme, pourquoi ne pas aller pédaler sur la Karakoram Highway, le rêve de tout cycliste, avant de continuer vers l’est ?

Le mardi matin, nous croisons Dan en sens inverse. Mais où sont ses sacoches ? Et Krista ? Ils n’ont pas eu le temps de terminer tout ce qu’ils avaient à faire. Bon, ce n’est pas grave, nous ne sommes plus à un jour près ! Et de toute façon, il parait que Colin ne s’est pas réveillé. Ben en est quitte pour une petite sieste pendant que Sylvie écrit.

Publié dans Khirghistan

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