Dans la vallée…

Publié le par Sylvie

Lac Song Köl - Toktogul ... 20/06 - 27/06

 

'Chouette, il fait beau !' s'écrie Ben en se levant. Comme tous les matins... Mais nous commençons à connaître le schéma de la journée : grand soleil le matin puis vers midi, le vent se lève et les nuages s'amoncellent. Le temps tourne à l'orage en milieu d'après-midi. Jusqu'à présent nous avons échappé aux orages, ils ont tendance à s'accrocher aux montagnes. Justement les montagnes, on les passe aujourd'hui... Albane et Benoit partent avec un peu d'avance, ils en profiteront pour filtrer de l'eau pour la journée. Avec le froid, nous avons sorti l'électronique, le filtre et les boites de lentilles de contact pour les mettre 'au chaud' dans la tente. Quand nous les rejoignons, leurs vélos sont appuyés contre un escarpement au bord d'un ruisseau mais ils ne sont nulle part en vue. Il y a des yourtes et un troupeau de chevaux, ils ont dû monter plus haut pour trouver de l'eau propre. Nous en profitons pour nous étirer, mettre les duvets à sécher (la condensation de la nuit ne sèche pas avec le froid), étaler la première couche de crème solaire de la journée... Une demi-heure plus tard, ils nous rejoignent. Ils se sont fait inviter dans une des yourtes et ont été gavés de pain chaud, beurre et thé (koumis au préalable !). Ils nous ont fait signe mais avec le soleil dans les yeux, nous n'avons rien vu. La piste est toujours en aussi mauvais état et commence à monter graduellement. Pour chaque montée, il y a une pente légère mais nous ne pouvons même pas en profiter. En bas de pratiquement chaque descente, il y a un gros trou, nous devons ralentir et attaquons chaque montée à petite vitesse, grrrr... 'ils' l'ont fait exprès ou quoi ? Sur la route, un 4x4 s'arrête et un touriste kirghize en descend. Benoît et Albane expliquent leur itinéraire et tout de suite il réagit :

  • - Vous allez au Tadjikistan, mais c'est dangereux!
  • - Ah bon, qu'est-ce qu'il se passe là-bas?
  • - Non, enfin... je ne sais pas, mais faites attention...

Le Tadjikistan n'est pas plus dangereux que le Khirghistan mais on vient d'avoir droit à la réaction classique du 'voisin'. Et au Tadjikistan, ils entendront sans doute : 'Quoi, vous venez du Khirghistan, mais c'est dangereux !'.

Nous continuons notre montée laborieuse, c'est vraiment frustrant de glisser sur les cailloux, le vélo dérape, le pneu avant bute dans le sable, on s'arrête, on pousse pour se dégager, on remonte sur le vélo... A part Benoît, nous poussons sur quelques montées, impossible de monter une pente à 8-10% quand la roue arrière patine tous les 5 m ! En haut d'une montée, nous passons une grosse plaque de neige. Impossible de rouler dessus, le vélo s'enfonce profondément, nous poussons sur le côté. Nous sommes presque au bout de la montée quand les Suisses nous rattrapent. On les envie, ils se sont levés à 9h ce matin, leur chauffeur les a emmené voir un autre col et maintenant ils sont bien au chaud dans le 4x4 pendant qu'on se fait fouetter par la pluie, le vent et la grêle. On sent qu'ils nous plaignent un peu aussi ! Ils nous font cadeau d'une petite bonbonne de gaz qu'ils n'ont pas utilisé puis nous saluent. Nous les reverrons peut-être, ils volent sur Lima en septembre, comme nous, et vont voyager quatre mois en Amérique du Sud. La montée se termine par une énorme colline. Ben et Benoît attrapent le vélo de Sylvie et le poussent à fond de train en hurlant sur les derniers 200 m, quels gamins ! La vue est superbe sur la vallée, rochers rouges, gris, beiges et une carrière tout en bas. La pluie menace encore et il fait un froid de canard, nous ne nous attardons pas. C'est parti pour notre plus longue descente, 45 km ! La piste commence par descendre en lacets raides jusqu'à la carrière. En bas, c'est moins joli, de la poussière noire (du charbon ?) et une rivière boueuse, on préfère ne pas savoir ce que les poissons mangent ici. Nous nous arrêtons un peu plus bas pour déjeuner, pâtes minutes encore ! La descente est longue. Nous devrions apprécier de ne pas peiner en montée mais nous sommes ballottés sur les cailloux et la tôle ondulée et ça fatigue. Albane prend sa première gamelle en tentant de traverser une rigole pleine de graviers. Elle tombe à l'arrêt mais se fait quand même quelques bleus. Du coup, Ben qui s'apprêtait à jouer Zorro sur son vélo au galop, se calme et préfère pousser ! Un peu plus loin, Sylvie dérape sur le bord de la route et glisse dans le caniveau. Les sacoches sous le siège amortissent et elle se relève sans une éraflure. Nous arrivons un peu étourdis au village en bas. Une dame à qui nous demandons où nous pouvons planter la tente nous indique son arrière-cour. Dîner et dodo, rien de tel que le vélo pour une bonne fatigue !

Nous retrouvons le bitume avec plaisir. Rien à voir avec nos belles routes goudronnées de France bien sûr mais après quatre jours de piste, nous ne plaignons pas des trous, des raccords mal faits et des parties sans bitume ! Nous nous ravitaillons à Chayek. C'est lundi et tout le monde est dehors. Nous nous demandons un peu quand est-ce que les gens travaillent, des groupes d'hommes et de femmes bavardent sur le trottoir. Un vieux monsieur très chic en costume, souliers et chapeau mou vient nous poser quelques questions pendant que les garçons courent les magasins. Rappelez-vous : les flocons d'avoine ici, les pâtes là-bas... Impossible de trouver du 'bon' chocolat. Le dernier était plein de bulles et faible en chocolat, on en a quand même écoulé six plaques ! Nous passons une grosse rivière et, oh, retour à notre piste bien-aimée ! Celle-ci est en meilleur état, moins de cailloux mais encore pas mal de tôle ondulééééée. La route passe dans une gorge encaissée magnifique, de part et d'autres, des falaises de pierre rouge et, au milieu, une rivière déchainée charrie des flots boueux. Nous recroisons encore les Suisses. Hier, après la longue descente, ils ont encore fait 100 km ! Impensable pour nous. Maintenant, ils reviennent en arrière et repartent sur Bichkek. Nous croisons aussi une voiture de Français. L'un d'eaux est prof de français à Bichkek depuis deux ans et il fait visiter le Khirghistan à ses parents. Nous arrivons en milieu d'après-midi à Kyzyl Oi, un minuscule village au fond de la vallée. Nous logeons chez Katia et sa famille. Beaucoup de voyageurs passent par ici comme en témoignent ses albums photos : quelques cyclistes, des Français... Deux Françaises ont passé trois mois ici, elles ont aidé le CBT à mettre en place des circuits de marche à pied. La maison est tellement grande que nous avons une aile pour nous tous seuls : deux chambres et une pièce à vivre où Katia nous amène notre goûter puis notre dîner. Nous prenons la douche dehors, derrière une toile, près de la rivière. Un réservoir en hauteur à ciel ouvert contient de l'eau chaude, il y a juste à ouvrir le robinet en dessous et voilà ! Quand il n'y a plus d'eau, on grimpe à l'échelle et on en remet. Ben était un peu dubitatif mais finalement, il est tout surpris et admet qu'il ne fait pas froid. Ici aussi l'hiver a été rude. Katia nous explique que beaucoup de bêtes sont mortes de faim car l'hiver a été plus long que prévu. Les animaux sont morts faute de fourrage et elle connaît des gens qui sont maintenant sans travail. La vie ici doit fortement ressembler à la vie des campagnes françaises jusqu'à il y a encore une cinquantaine d'années. Le cycle des saisons, l'été aux pâturages et l'hiver à l'étable, l'étable bâtie juste à côté de la maison pour la chaleur l'hiver... Ici, pas de subventions, un hiver rude peut ruiner une famille.

Le lendemain, la route continue dans les gorges. Nous grimpons un peu, à nouveau vent de face, puis nous débouchons sur la vallée de Suusammyr. Nous nous arrêtons au village de Kojomkul où parait-il vivait un géant de 2m30 de haut dans les années 50. Suivant les légendes, il pouvait porter des cailloux de 200 kg ou 600 kg, nous n'avons pas très bien compris ! Pas de café dans le village mais plusieurs habitants nous informent que nous pouvons déjeuner dans une des maisons. Il nous faut une bonne demi-heure pour la trouver et ce sont quatre cyclistes affamés comme des loups qui débarquent. Nous pensons quand même à demander le prix du repas. Prix identique sauf que cette fois-ci, on nous propose juste des frites et une salade ! Tant pis, on se rabat sur les minuscules magasins. Il n'y a pas de pain donc ce sera sardines, concombres et gâteaux secs. La route est plate, toujours de la piste mais nous arrivons tôt à Suusammyr. Nous logeons chez une des plus sympathiques hôtesses que nous ayons rencontré jusqu'à présent. Gulmira est souriante, chaleureuse et nous nous sentons bien chez elle ! Après un décrassage dans son banya, nous fêtons les 1000 km d'Albane et Benoît et nos 11.000 km avec une petite bière dans le jardin. Puis Gulmira nous sert une reconstituante soupe aux nouilles et à la viande. Elle nous explique qu'ici, rien ne pousse à part des pommes de terre. A chaque fois qu'on lui demande d'où vient quelque chose (les fraises de sa confiture, les légumes...), elle nous répond 'Kara-Balta !'. C'est une ville près de Bichkek qu'on se prend à imaginer comme un marché gigantesque. L'hiver, il fait -40C pendant plusieurs mois, l'école est fermée en décembre et janvier et on imagine que chacun reste cloitré. Et pourtant, nous ne sommes qu'à 2.000m d'altitude. Gulmira consomme 4.5T de charbon pour chauffer ses deux pièces et à 3.000 soms (50 euros) la tonne, on se demande comment elle s'en sort. Nous comprenons que son mari est comptable ('economist' nous dit-elle). Elle ne semble pas travailler à part les chambres d'hôtes et garde deux de ses petits-enfants. Elle a trois fils et une fille qui habitent tous à Bichkek. Un de ses fils est maintenant dans les jailoos (pâturages) avec leurs trente moutons et deux vaches. 'Et l'hiver ?' lui demande-t-on. L'hiver, les bêtes sont dans l'étable juste à côté et ils tuent les moutons au fur et à mesure pour les manger. On imagine qu'ils en gardent quelques uns pour ne pas décimer le troupeau. On a du mal à réaliser ce que doit être un hiver de -40C. Gulmira nous montre de hautes bottes en feutre noir, ce sont ses chaussons pour l'hiver. 'Et les toilettes ?' fait Ben. Non, là, on ne s'imagine pas du tout foncer au fond du jardin et s'accroupir dans la petite cabane en bois par -40C !

Au petit-déjeuner, Gulmira nous explique que sa fille vit dans un wagon sur la route que nous empruntons aujourd'hui. '174 km' dit-elle. On ne saisit pas très bien, Toktogul est à environ 170 km et sa fille est avant Toktogul ? Puis on comprend qu'elle nous parle des bornes kilométriques, sa fille vit près de la borne 174 ! La pluie s'est arrêtée, nous espérions secrètement qu'il pleuve à verse, on aurait pu rester une journée, jouer au scrabble, écrire, lire en buvant du thé... c'est dur la vie nomade certains jours ! Nous promettons à Gulmira de nous arrêter dire bonjour à sa fille et à sa petite-fille, Alténain. Elle nous montre sa veste, le wagon est de la même couleur. Gulmira fourre quelques beignets dans un sac plastique : 'Pour la route' nous fait-elle comprendre. Décidément, on fond devant sa gentillesse. La piste monte doucement après le village. Nous nous apprêtons à repartir après notre première pause étirements-eau de la journée quand : 'Des cyclistes!'. Deux Japonnais à vélo sans sacoches s'arrêtent à côté de nous, descendent et nous serrent la main. Juste derrière eux, un énorme camion vert haut sur roués s'arrête et deux autres Japonais en descendent. Ils sont venus pédaler au Khirghistan pour un mois. L'un d'eux, le 'leader with a mission' comme dit un des cyclistes, est déjà venu cinq fois. Pour un autre, c'est sa deuxième fois. On n'aurait jamais pensé au Khirghistan comme destination de choix pour les cyclistes japonais ! Ils nous épatent, deux d'entre eux ont plus de 70 ans ('1934' nous sort l'un d'eux avec fierté !), on espère qu'on sera autant en forme à leur âge. Après avoir discuté et pris pas mal de photos, chacun remonte en selle. Mais il est dit qu'on aura du mal à pédaler aujourd'hui ! Un autre cycliste déboule, on distingue deux sacoches, pas un Japonais à la traine alors. C'est Jean-Denis, un Québécois de Montréal parti pour deux mois. Il a commencé par le Tadjikistan (où il a dû geler !) et maintenant, il traverse le Khirghistan. Albane et Benoît en profitent pour l'interroger sur les routes tadjiks puis on échange les infos sur les routes kirghizes. On lui recommande la maison de Gulmira et il nous indique une yourte-café où il a dormi la veille. Le pauvre n'a vu personne depuis un mois et demi, il doit être déçu de voir quatre cyclistes français s'éloigner en sens inverse. Il nous invite à venir le voir lors de notre passage au Québec l'année prochaine et nous recommande la traversée à vélo du sud des Etats-Unis... ça tombe bien, on se demandait comment combler notre temps libre en début d'année prochaine entre la Patagonie et le Canada ! Nous repartons gonflés à bloc par toutes ces rencontres, à quand les pistes cyclables au Khirghistan ? En haut de la pente, sur notre droite, une montagne monstrueuse se profile, on distingue les lacets qui courent à flanc de montagne et se perdent dans les nuages, oh là là... la 'montée de la mort' c'est sûr... Mais au croisement, on retrouve le bitume et un panneau indique Bichkek à droite et Osh à gauche, wouhou! Nous n'avons jamais été aussi heureusement surpris. Nous entamons la descente tout frétillants... wahou, cette montée monstrueuse à laquelle on vient d'échapper ! Une vache plantée stupidement au milieu de la route manque stopper net notre descente. Un peu plus loin, nous arrivons à Paris, un hameau surtout constitué de cafés et de petits magasins. 'Vous venez d'où ?' nous lance un camionneur. 'Francia !' 'Ah, Francia... Paris hahaha'. La bonne blague... Il est midi, l'orage gronde, on a l'habitude mais s'il faut s'arrêter à midi tous les jours pour éviter la pluie l'après-midi... Ben nous fait les pronostics, on va le surnommer monsieur météo si ça continue. Il sort toutes les cinq minutes, scrute le ciel avec un front soucieux : 'Il s'éloigne... ah, non, il est passé sur notre droite... ouh là là, qu'est-ce qu'on va se prendre les enfants !'. Effectivement, on a à peine quitté le café que l'averse s'abat sur nous. 'Je vous avais dit qu'on aurait dû attendre au café' tempête Ben. On s'arrête, enfile veste et pantalon en vitesse puis on repart. Quelques kilomètres plus loin, il fait trop chaud on enlève tout... et on se reprend une averse ! La route traverse maintenant une vallée assez large et verte où sont alignés des dizaines de yourtes et quelques wagons le long de la route. Devant chaque yourte, un petit chemin bordé de cailloux blancs mène à la route et à une petite table avec des bouteilles. 'Koumis' disent les panneaux... avis aux amateurs ! La fille de Gulmira vit dans le coin, nous guettons la borne 174. Voilà la borne mais il y a plusieurs wagons bleus, il y en a même un vert qu'on repeint en bleu, si en plus on nous complique la tâche... ! Nous finissons par trouver sa fille. En fait, c'est le wagon de sa tante et elle est ici en vacances pour une semaine avec son mari et sa fille. Son mari a été malade il y a quelques années et les médecins ont recommandé qu'il fasse une cure de lait de jument. Ils boivent un verre toutes les heures pendant une semaine ! Elle commence par nous accueillir dans le wagon, c'est comme une caravane géante avec, à gauche, l'espace à vivre, une table basse et des tapis, au centre, un réchaud à gaz et à droite, une plate-forme avec des tapis et des couvertures, la chambre ! Nous bavardons au chaud, à l'abri de la pluie et du vent. Ils habitent Bichkek, elle est professeur d'anglais et son mari est policier. Leur petite fille, Alténain, a presque deux ans mais habite chez la mère de son mari à Suusammyr. Apparemment la fille ne peut retourner chez ses parents que pour la journée. Quand elle rend visite à ses parents à Suusammyr, elle va ensuite dormir chez sa belle-mère. Et c'est sa belle-mère qui garde la petite pendant l'année, ils ne la voient qu'une fois par mois ! On est un peu surpris parce qu'elle ne donne que deux heures de cours par jour. Elle est enceinte de son deuxième enfant et, du coup, Alténain habitera à nouveau avec eux car elle arrête de travailler. Elle nous emmène ensuite goûter le lait de jument dans la yourte voisine où son mari passe probablement ses journées entre deux verres de lait. Le goût est complètement différent de celui du lait de vache, un peu sucré, assez proche du lait de soja. On en descend une demi bouteille à nous quatre. 'C'est très bon pour l'organisme, les organes et la santé' nous explique la fille de Gulmira. Effectivement... à la prochaine pause, tout le monde se regarde : 'Vous aussi, vous sentez l'effet ?'. Cette fois, ce ne sont pas qu'Albane et Ben qui parfument l'atmosphère ! Nous terminons la journée par une dernière montée, un peu fatiguant parce qu'on bataille encore contre du vent de face. C'est bien joli les vallées mais ça canalise le vent... Nous arrivons en avance sur Albane et Benoît (on n'est pas si nuls que ça finalement !) et repérons la yourte de Jean-Denis. Pas de problème nous dit la dame, vous pouvez manger dans le resto et dormir dans la yourte. Elle accepte même qu'on mette les quatre vélos et les sacoches dedans. Cool, il y a juste à déballer les sacs de couchage. Comme c'est un relais de camionneurs, nous attendons assez tard pour être sûrs que personne n'aura besoin de la yourte pour dîner. Seul inconvénient avec les relais de camionneurs, les toilettes... Sylvie a trouvé la technique, elle met le nez dans son t-shirt ! Il faudrait aussi pouvoir fermer les yeux mais l'expédition se transformerait en opération kamikaze...

Nous montons en selle plutôt guillerets le lendemain matin, ce soir nous dormons à Toktogul, quatrième ville du pays. On va pouvoir se laver, faire une lessive (on rêve d'un lave-linge mais sans trop y croire), consulter nos emails ... presque deux semaines que nous avons quitté Bichkek. Nous commençons par une montée de 20 km pour atteindre à nouveau un col à 3200m, une paille ! Albane et Benoît prennent de l'avance (Sylvie continue à faire ses exercices pour les chevilles tous les jours ou presque). Dans la montée, nous distinguons un camping-car garé sur la gauche. Chouette, je te parie qu'ils sont Suisses ou Français ! Les deux ! Sandra est Suisse et Sylvain, Français. Ils sont partis de Suisse en avril avec leurs trois enfants (9, 7 et 3 ans) et ont suivi la même route que nous. Ils ont fait exprès les pays 'à moitié' car ils rentrent par la même route, les paysages monotones de la Russie ne les tentent pas trop. Ils nous invitent à boire un jus de fruit dans leur camping-car, c'est un vrai palace ! Il est super bien aménagé par rapport à d'autres : un lit double, trois lits pour les enfants et une table pour six, tout ça dans un espace assez restreint (rien à voir avec les mastodontes bretons que nous avons croisé à l'entrée du Khirghistan). Ils sont ravis de parler français et nous aussi, dommage qu'Albane et Benoît soient loin devant. Ben explique à Sylvain comment monter à Song Kol, nous échangeons les emails et nous rembarquons pour la montée. Encore une fois, ils partent en sens inverse, quel dommage ! Nous retrouvons nos coéquipiers au col, ils nous ont patiemment attendus dans le vent et le froid. Nous croyions avoir fait la plus longue descente de notre périple il y a quelques jours mais il y a mieux : 60 km ! Les 7 premiers km sont des lacets très, très raides, on profite plus de la suite. Sylvie bat son record de vitesse : 72 km/h ! C'est grisant de voir défiler la vitesse sur le compteur, on se dit, allez, encore un peu avant de freiner. La surface de la route est excellente et il n'y a pas beaucoup de circulation, on peut en profiter. Les paysages sont différents, proches de la Suisse, des alpages très verts avec des sapins. Plus bas, on range veste, gants et bonnet, plus on descend, plus la température monte, c'est un choc à chaque fois qu'on change d'altitude. Aujourd'hui, on descend de 2.300m ! Hier, c'était la vallée du koumis, aujourd'hui c'est la vallée du miel. Des ruches sont installées au bord de la route, les apiculteurs récoltent derrière leur voile grillagé et des bouteilles de miel sont alignées sur de petites tables près de la route. C'est ce qui s'appelle 'acheter direct au producteur' ! Nous achetons une bouteille pour goûter, les réactions varient :

Ben, blasé : 'Ben c'est comme le miel du supermarché quoi !'

Benoît, qui a trois ruches : 'Il a un petit goût de litchi sur la fin'

Les filles, gourmandes : 'Allez, les gars, passez-nous la bouteille !'.

Dans la descente, alors qu'on profite du soleil qui nous réchauffe et du bitume bien lisse, un camion rouge arrive en sens inverse. Encore un qui mériterait de passer le contrôle technique avec son gros nuage noir sur le côté. Sur son passage, Sylvie remonte son t-shirt sur sa bouche pour limiter la consommation de polluants quand elle voit avec effroi un 4x4 blanc passer à une vingtaine de cm d'elle. Cet imbécile a doublé le camion dans le nuage de fumée ! Elle n'avait pas vu la voiture derrière le camion, heureusement qu'elle n'a pas fait d'écart. Elle vérifie immédiatement dans le rétro en priant pour que Ben aussi soit sur le côté. Ouf, c'est passé. On s'arrête quelques mètres plus loin. Ben a vu la voiture et hurlé pour prévenir Sylvie mais avec un bonnet, une capuche, un casque et le vent de la descente qui siffle aux oreilles, on n'entend pas grand-chose. Chacun s'est inquiété pour l'autre et ce n'est qu'au déjeuner que Sylvie réalise ce qui aurait pu lui arriver. Du coup, elle n'est pas tellement enthousiaste à l'idée de remonter sur le vélo. Nous sommes prudents sur la route, particulièrement avec les voitures qui doublent même quand ils nous voient arriver en face. Mais c'est le principe de l'accident, ça arrive à un moment inattendu dans une situation inattendue. La prochaine fois, on se méfiera de ces gros camions pollueurs mais il y aura d'autres situations imprévues. En tout cas, on remettra un cierge à l'église à la prochaine occasion, celui d'Almaty nous a sauvé !! Nous terminons la descente, toujours au soleil, dans une vallée de plus en plus verte. Nous passons plusieurs fois la rivière Chymkhan ('souris'), bouillonnante. En arrivant à Toktogul, nous continuons sur la grande route puis, 'c'est bizarre quand même, on dirait qu'on sort de la ville'. Effectivement, on a raté la bifurcation, nullement annoncée par un panneau. Nous tournons une bonne heure avant de réaliser qu'il n'y a que deux hôtels, un bien et un pas bien, pratiquement au même prix. Pas de chance, il n'y a pas d'eau aujourd'hui. En fait, on comprend plus tard qu'il y a un problème de pression. C'est bien joli de construire des hôtels à l'occidentale de plusieurs étages mais si l'infrastructure ne suit pas... Finalement c'est bien mois confortable que toutes les guesthouses où nous avons dormi jusqu'à présent. Les chambres sont agréables et on a la salle de bain juste à côté mais sans eau ! Le lendemain, nous montons un nombre incalculable de bassines d'eau (remplies dans le jardin) pour nous laver et faire la lessive... oh, toute cette eau noire qui s'écoule dans la baignoire c'est aussi la poussière qu'on a avalé ces derniers jours. Le mot prélavage prend tout son sens avec nous : nous rinçons trois fois nos vêtements pour enlever un maximum de poussière avant de les mettre à tremper avec de la lessive. Quant aux toilettes, impossible de les utiliser. On va donc derrière l'hôtel dans des toilettes sèches communes qui font aussi décharge... on vous passe les détails ! Les serveuses, peu agréables au début, finissent par se dégeler. Il y en a même une qui admire le casque doré de Ben et lui dit qu'il a de beaux cheveux. Les étrangers ont du succès ! Nous passons deux jours à Toktogul. Au programme : lessive, internet et détente avant de repartir vers le sud pour Osh. C'est le week-end et le soir, un DJ anime le resto dans la cour, c'est surtout de la pop 'boum boum' mais quelques chansons sont sympa et ça anime ! On prend vite nos habitudes : deux petits paquets de cacahuètes achetés au magasin du coin, quelques bières puis nous passons au dîner : salades puis viande et frites pour les garçons. Ils râlent d'ailleurs : 'Oui, vous ne prenez rien mais après vous piquez toutes nos frites !'. Ensuite, on marche une centaine de mètres pour aller chez le glacier du coin chercher notre dessert, un genre de glace italienne sans trop de goût qu'on peut recouvrir de chokolate ou uzum (raisins). Comme dit Albane, on pourrait facilement passer une semaine ici !

Publié dans Khirghistan

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