Prendre de l’altitude

Publié le par Sylvie

Bishkek - Lac Song Köl ... 16/06 - 20/06

 

Nous quittons Bishkek après avoir passé la matinée à tourner pour que Benoît et Albane trouvent leurs fameuses vis et aussi des sardines de tente... on l'a déjà dit, rien n'est simple ici ! La veille, nous avons fini par trouver le produit lentilles de Sylvie dans une boutique d'optique de luxe (Optique Paris !). Ce matin, nous trouvons les vis après 2h d'efforts mais pas les sardines. Nous répétons ensuite 'l'opération minibus'. Le trajet est beaucoup plus cher, nous quittons la capitale pour aller à Kochkor, un village touristique mais faiblement peuplé. Un jeune Américain qui est ici depuis un an, nous aide à négocier. Il habite un petit village dans les montagnes et est ici par l'intermédiaire des Peace Corp, une organisation humanitaire qui envoie des volontaires un peu partout dans le monde. Il est envoyé pour deux ans et aide les habitants dans leurs travaux de tous les jours. Il habite une maison en terre comme nous en avons beaucoup vu dans les montagnes. L'hiver, il fait -40C ! A Kochkor, nous trouvons une guesthouse sympa : la grand-mère est souriante et sa petite-fille saute littéralement de joie quand nous acceptons de rester après notre conciliabule habituel. Les chambres sont confortables, nous regrettons presque de ne pas arriver après quelques jours de vélo pour avoir un prétexte pour rester. Comme dit Ben, 'peut-être qu'il pleuvra demain...'. Dur, dur de bouger tous les jours ! Nous profitons du banya, c'est presque plus agréable de se laver à la casserole dans une pièce très chaude plutôt que de 'juste' prendre une douche. Sylvie a d'ailleurs ajouté 'sauna en bois dans le jardin' à sa liste de critères pour sa future maison !

Dernières courses avant de monter au lac Son Köl. Pendant que Benoît envoie un email pour prévenir qu'on ne sera pas joignable pendant 10 jours, et qu'Albane et Ben courent les magasins, Sylvie surveille les vélos. Les adultes et les enfants sont très respectueux mais on ne sait jamais. Un accent américain la tire de son livre... encore un Peace Corp ! Il est un peu plus âgé que l'Américain de Bichkek et est au Khirghistan depuis deux mois. Il a fini son cours de khirghize à Bichkek il y a quelques jours et vient d'arriver à Kochkor. Il est ici pour aider les femmes de la coopérative qui fabrique des shyrdaks à améliorer leur façon de produire afin de satisfaire de plus grosses commandes. Tiens donc, le souci des rendements est aussi arrivé au Khirghistan ! On espère juste qu'elles ne changeront pas leur façon de faire les tapis par souci d'efficacité. 40 km après Kochkor, nous arrivons à Sary Bulak, un petit village où, parait-il, nous pouvons nous ravitailler en eau une dernière fois. En fait du magasin que nous pensions trouver, des femmes sont alignées derrière leurs étals au bord de la route : Sprite, Coca, eau gazeuse ... eau plate ? Ah, non, que de l'eau gazeuse ! Bizarrement, l'eau plate se trouve plus facilement dans les villes que dans les villages. Juste après le village, la route tourne et le bitume laisse la place à la piste. On nous avait prévenu, il n'y a pas beaucoup de routes goudronnées au Khirghistan. Une grosse montée nous amène sur un surplomb. En bas, une rivière coule au milieu d'une vallée, au loin, des sommets enneigés. Nous descendons à toute allure les lacets et arrivons à Telek. Le passage du col et la piste nous donnent l'impression d'être arrivé dans une vallée secrète, comme un monde caché. Etrangement, ce minuscule village sur la route d'une des principales destinations touristiques du Khirghistan ne s'est pas du tout développé. Quelques maisons sont alignées eu bord de la piste, des hommes discutent sur la 'place' du village et des gamins à cheval nous regardent passer en riant. Un des hommes nous indique la pompe quand nous lui montrons nos bouteilles vides puis c'est le traditionnel 'At kouda ?' suivi de nos explications sur notre trajet et le coup d'œil au compteur. Tous les mois, la liste des pays traversés s'allonge et Ben doit changer le total de km en russe (on est passé de 10.000 km à Almaty à 11.000 à Bichkek). Nous campons quelques km plus loin près d'une ferme face aux sommets encore enneigés. Pas d'eau gazeuse pour les pâtes, nous filtrons l'eau de la pompe.

Le lendemain matin, nous avons à peine parcouru 10 km sur la piste qu'Albane nous hèle : 'Eh, un tchai (thé), ça vous dit ?'. Elle a aperçu une femme qui nous faisait signe de sa maison. Le petit déjeuner n'est pas si loin mais on ne refuse jamais une invitation ! De loin, nous avons juste distingué une grande maison en terre. En fait, c'est comme un mini village. Plusieurs maisons et étables sont bâties autour d'une sorte de cour. Trois familles vivent là, plusieurs générations : les babouchkas (grand-mère) encore très alertes, ils ont les enfants jeunes ici, les adultes et les enfants entre 13 et un an. Une des babouchkas nous fait asseoir sur un banc au soleil et nous amène du pain tout chaud, du beurre jaune à faire pâlir le beurre breton et... du koumis ! Poliment, on vide un bol, on nous en ramène un deuxième, noooon ! Heureusement, celui-ci est beaucoup moins fort. Puis une des femmes nous montre une lettre que des Français leur ont envoyé (ici, dans cette vallée perdue au milieu de nulle part !). Il y a des photos de la famille et une carte postale d'un port breton. On comprend l'invitation. Ils sont contents de rencontrer des étrangers et nous demandent de prendre des photos d'eux. Ça alors, d'habitude, c'est nous qui demandons !! Nous repartons l'estomac lesté et arrivons en bas de LA montée un peu avant midi. Grâce aux sites d'autres voyageurs nous savons qu'il y a 10 km de montée pour atteindre la passe à 3400 m d'où nous redescendons ensuite sur le lac. 10 km, une paille après toutes ces montées interminables au Laos. Sauf que là, les pentes sont à 10% et plus et c'est de la piste... c'est-à-dire graviers, sable, parfois de la tôle ondulée. Forte pente et mauvais terrain voilà qui complique diablement la donne. La roue arrière patine, on bute sur les cailloux ce qui ralentit le vélo (on passe de 5 km/h à 4 !). A certains endroits, la route est détrempée par la fonte des neiges. La route n'est en fait ouverte que depuis 5 jours, avant il y avait encore de la neige. Et on est mi-juin ! Tout le monde monte bien sauf Sylvie qui a un gros coup de barre, les jambes en guimauve. Elle s'est couché avec les pieds glacés et a eu froid une bonne partie de la nuit. Le manque de sommeil se fait maintenant sentir. Nous nous arrêtons pour pique-niquer au bout d'une heure, nous avons parcouru 3 km ! Un vent glacé souffle du haut de la montagne ce qui ne nous encourage pas à trainer. Quelques voitures nous dépassent, des touristes qui montent au lac. Nous croisons notamment cinq ou six Français dans un minibus qui sont bluffés, ça nous remonte le moral ! Quelques camions bringuebalants nous dépassent. A l'arrière, des yourtes démontées, des femmes et des enfants. Les hommes montent les troupeaux pour l'été tandis que les femmes et quelques hommes vont installer les yourtes. Un peu plus loin, un minibus s'arrête et un Asiatique descend, 'Je suis de Corée du Sud !'. 'Ayonganaseyo !' lui répond Ben du tac au tac. C'est le délire ! La porte arrière s'ouvre et en descendent sa femme avec un bébé dans les bras et deux enfants. Il y a encore une vieille dame et une autre femme dans le van. Séance photos avec Ben pendant qu'Albane et Sylvie font une pause. Benoit est devant et, ne nous voyant pas arriver, se demande ce qui se passe. Un peu plus loin, des marmottes s'ébattent sur la pente. Sylvie s'apprête à prendre une photo quand un camion arrive et klaxonne dans le tournant. Sifflement aigu du guetteur et toutes les petites bêtes sautent dans leur trou. Zut, stupide camion ! Sur la fin, Sylvie a vraiment du mal, même Ben est essoufflé rapidement, l'effet de l'altitude, nous ne sommes encore jamais monté au-dessus de 3000 m. La route tourne et Sylvie tente encore une fois de tromper le mental : 'Allez, c'est le dernier lacet, là-bas, c'est le col'. Mais Ben vient ruiner son espoir. Pensant l'aider : 'Regarde, il n'y a plus que ce lacet, le long du mur de neige et après, on est au col'. Du coup, c'est l'effondrement : 'Nooon, je croyais qu'on était au coooool !'. Compatissant, Ben commence par pousser son vélo sur 200 m puis redescend chercher le vélo de Sylvie qui en est encore à se remettre de sa déception. Les derniers 800 m sont moins pentus que le reste mais comme ça semble long ! Nous arrivons en nage en t-shirt au col où Albane et Benoît nous attendent chaudement emmitouflés. Un vent glacé souffle et une descente de 12 km nous attend. On enfile veste, bonnet et gants, une petite photo pour notre premier 3400 à pied et à vélo et on fonce dans la descente. Le lac Song Köl nous apparaît comme un joyau dans son écrin, un miroir bleu turquoise cerné de montagnes enneigées, quelle récompense ! Le long de la rive du lac, quelques yourtes sont déjà montées. Nous passons une petite rivière sur de minces planches en bois et, au loin, un petit village de yourtes apparaît genre Astérix le Gaulois. Albane et Benoît ont le courage de monter leur tente, nous, non ! Pas envie de tout déballer et puis c'est quand même mythique de dormir dans une yourte à 3000 m au bord d'un lac de montagne. Nous dinons dans la yourte de notre hôtesse chauffée par un poêle à bois. Quel bonheur de juste avoir à se glisser entre les draps, pas de tente à monter, pas de cuisine à faire dans le froid (il est 20h) !

Le lendemain matin, il fait un temps superbe, un vrai temps de montagne : ciel bleu sans nuage, grand soleil sans avoir trop chaud, on sent qu'on respire de l'air pur. Nous prenons un petit déjeuner consistant dans la yourte avec deux Suisses arrivés hier soir : pain plat, confitures, poisson du lac (tiens, on croyait que c'était interdit de pêcher?) et thé. Après quelques hésitations (on roule ou pas ?), nous nous posons un peu plus loin, au bord du lac. Difficile de repartir quand tout invite au repos : le beau temps, le calme, l'herbe verte moelleuse, les magnifiques paysages. Chacun en profite : les filles commencent par faire une lessive, Ben brique les vélos et Benoît écrit. Albane se baigne dans le lac sous les yeux horrifiés de Ben : 'Mais pourquoi se plonger dans de l'eau glacée ?'. Sylvie entame une toilette puis se jette aussi dans le lac ! Mais elle ne réussira pas à décider Ben : 'Les lingettes me suffisent !'. Nous nous croyions loin de tout mais voilà que quelques enfants arrivent en courant. Oups, effectivement, là-bas, très loin, il y a quelques yourtes. Les garçons et Albane entament une partie de foot endiablée pendant que Sylvie lit. Tout le monde ne tarde pas à être essoufflé, évidemment, quelle idée de courir à 3000 m d'altitude ! Du coup, deux des enfants insistent pour faire du vélo. Avec les nôtres, pas de risque et Benoît se retrouve à nouveau à régler les selles. Nous sommes sur une immense plaine mais les enfants sont les mêmes partout : ils se mettent à décrire des cercles de plus en plus rapprochés autour de nous, au secours, allez jouer ailleurs ! Il n'y a pas de magasin au bord du lac, mais nous sommes devant un immense réservoir d'eau. Nous remplissons notre bassine pliable, sortons le filtre et au travail ! 10 min plus tard, le plein d'eau est fait. Nous déjeunons au soleil, pâtes minutes, puis nous nous souvenons de la farine achetée à Kochkor. Bientôt une grosse galette cuit dans la poêle, bientôt rejointe par de gros carrés de chocolat, mmmmm... On a une pensée pour tous ceux qui s'inquiétaient de nous savoir dans 'ces pays en stan'... c'est le paradis ici! Le temps change au cours de la journée, un peu de vent se lève, quelques nuages passent. La lumière change pour le plus grand bonheur des photographes amateurs. Les troupeaux se déplacent, des chevaux, des moutons passent, se rapprochent des montagnes puis du lac. Nous plantons les tentes le soir, 'près du bord pour qu'on puisse entendre l'eau' réclament les filles. Nous sommes en train de dîner lorsqu'une voiture arrive sur les chapeaux de roue. C'est une famille qui est déjà venue nous rendre visite ce matin. Ils habitent Bichkek et sont en vacances pour une semaine au bord du lac. Ils nous amènent une grosse thermos d'eau chaude (pour le thé !), un bol de plov (riz, viande et légumes frits) et des concombres et tomates, c'est vraiment gentil ! Du coup, on promet de venir les saluer à leur tente demain matin. Après le dîner, les deux garçons de ce matin reviennent. Ils nous proposent du poisson en échange de quelques tours sur nos vélos. Ben et Benoît viennent juste de cadenasser les vélos. A chaque fois, il faut bien dix minutes pour coucher les vélos l'un sur l'autre, vérifier qu'aucune pièce n'est sous contrainte, passer le câble entre les rayons... mais les garçons insistent. Demain, ils partent à 6h pour déplacer des troupeaux, ils ne seront plus là lorsque nous aurons détaché les vélos. Finalement Benoît cède et, à les voir pédaler joyeusement, on se croirait devant des enfants le matin de Noël !

Nous quittons notre tranquille campement à regret. La famille de Bichkek nous invite pour le petit déjeuner, aargh, on a tendance à doubler les repas ces jours-ci ! Le père nous montre un nid un peu plus loin, minuscule et perdu au milieu des herbes. On se demande comment ces quelques œufs vont survivre au passage des troupeaux. Puis nous repartons en sens inverse, nous faisons le tour du lac par le Sud. Au passage, nous croisons des troupeaux de yaks, les premiers que nous voyons. Ils sont plus trapus que les vaches et beaucoup plus poilus ! Plusieurs familles sont en train d'installer des yourtes, ça y est l'été a commencé. La dame qui nous a hébergés le premier soir nous a expliqué que pendant qu'elle accueillait les touristes, ses fils étaient en train de monter les troupeaux. On imagine les vaches monter lentement, lentement la pente sur laquelle on a tant peiné. Nous, on a mis 5h alors elles... Nous sommes un peu déçus, la route s'éloigne du lac et nous pédalons toute la matinée au milieu de la prairie sur une piste de terre battue. Puis la route tourne, nous revoyons le lac mais finie la terre battue... maintenant, c'est graviers, gros cailloux, sable, tôle ondulée. Les vélos tressautent, nous aussi, vive les suspensions ! Ben vérifie presque tous les jours les vis et n'arrête pas de protéger les porte-bagages avec de la chambre à air et du scotch. Les sacoches frottent et usent les porte-bagages (on avait demandé de l'acier mais on nous a mis de l'alu, beaucoup plus tendre). Albane et Benoît souffrent plus. Ils n'ont pas de suspensions et prennent toutes les vibrations dans les mains et les bras. Par contre, leurs shorts rembourrés et leurs selles (Xlc) les protègent bien. Le vent de face se lève et les orages grondent autour, sur les sommets. Nous prenons de l'avance et quand Albane et Benoît arrivent, ils peuvent se mettre au chaud dans une yourte, on y prend goût aux repas préparés ! On nous sert du poisson encore une fois. Il parait qu'il est interdit de pêcher dans le lac pendant quelques années pour que la population de poissons grossisse à nouveau. Et en même temps, tout le monde semble pêcher... vrai, faux ou bien juste une directive mal appliquée ? Quand nous sortons, nous sommes accueillis par quatre Suisses (décidément !). Le couple le plus âgé est en voyage pour quatre mois. Ils ont traversé l'Europe et l'Asie en train et sont venus ici faire du cheval. Ils passent ensuite en Chine puis en Mongolie où ils feront à nouveau des randonnées à cheval. Les gens qui organisent ces randonnées ont tous un site internet donc c'est facile à arranger depuis l'Europe. Ils rentrent ensuite par cargo depuis Hong Kong... 120 euros la nuit et la traversée dure 25 jours...ça coûte cher de ne pas voler ! Leur guide parle bien allemand et ils nous apprennent que cette année, l'hiver a été tardif. D'habitude, il n'y a plus de neige sur les sommets environnants. Il y a encore des troupeaux de moutons qui attendent pour passer les cols. Nous les quittons à regret, c'est toujours intéressant de discuter avec des gens qui aiment voyager. Nous reprenons notre bataille contre le vent (gants et bonnet de rigueur) et arrivons à la bifurcation. A droite, la route continue le long du lac, à gauche, c'est notre route pour demain lorsque nous quitterons le lac. Là encore un groupe de yourtes est installé et nous retrouvons le couple Suisse du premier soir. Leur chauffeur nous confirme que nous sommes sur la bonne route, il semble connaître toutes les routes du Khirghistan ! Nous dinons tous ensemble le soir : plov, soupe, salade, bonbons, pain, confitures, thé... heureusement qu'on passe un col demain !

Publié dans Khirghistan

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