Premiers tours de roue

Publié le par Sylvie

Almaty - Kegen ... 29/05 - 05/06

 

Le jour du départ, il nous reste encore dix mille choses à faire. Albane et Benoît ont quelques réglages sur leur vélo, puis ce sont les dernières courses et enfin, le monstre grignoteur de temps... eh oui, l'internet ! On adore lire nos emails et répondre à la famille et aux amis mais au bout de 2h, on y est toujours ! A la sortie, Albane est malade sur le trottoir, le laghman (soupe aux nouilles) était un peu lourd, même les garçons le reconnaissent. Elle est courageuse et décide qu'on parte tout de même. On se sent un peu de plomb dans les jambes. Ça devrait nous démanger de reprendre la route mais c'est peut-être le fait d'avoir été cocooné depuis la Thaïlande, on se sent un peu frileux devant les grandes étendues sauvages qui nous attendent. Heureusement, Albane et Benoît sont là pour nous transmettre la gnac de ceux-qui-n'en-sont-qu'à-leur-premier-jour-de-voyage ! Les abords d'Almaty n'ont rien de très excitant, beaucoup de villages et de circulation. Enfin, beaucoup moins de circulation qu'en Europe mais ils se prennent pour Fangio. Lada bringuebalantes, vieilles Audi et Mercedes et quelques 4x4 flambant neufs nous dépassent à toute berzingue, ornières ou pas ornières. Ouh là, même en Iran, c'était plus calme ! Le soir, Ben avise un beau van Mercedes et demande à son propriétaire où on peut planter la tente. Après quelques 'allées-retour' verbaux, il finit par nous proposer son jardin... on avoue, on avait entrevu une belle pelouse verte ! Nous retrouvons avec plaisir notre petite tente et découvrons celle d'Albane et Ben, assez similaire à la nôtre finalement. Bon encore une fois, on est battus niveau poids, on accuse 20 kg de plus qu'eux au total (et ça, c'est sans compter le poids que Ben a repris avec tous les steaks en Australie et Nouvelle Zélande !). Ils ont beaucoup moins d'électronique que nous et ont pris des tailles réduites pour certains équipements (mini filtre, demi-matelas gonflables...). Bon, ce n'est pas grave, on assume notre besoin de confort !

Réveil à 5h. Le propriétaire nous a demandé la veille de partir à l'heure où lui va au travail, c'est-à-dire, 6h. Ce petit coup de pied aux fesses nous convient car il fait très chaud dans la journée. A midi, pause déjeuner dans un petit café sur le bord de la route. Nous retrouvons avec plaisir l'ambiance familière du Turkménistan et de l'Ouzbékistan : les villages aux rues bordées de grandes maisons avec les cours derrières, les murs blancs et les fenêtres bleu ciel (la couleur du drapeau du Kazakhstan), les panneaux 'chachlik' ou 'samsa' qui indiquent les cafés... ah, on a bien fait de revenir ! Il fait tellement chaud qu'on sort le Scrabble, c'est bien plus amusant à quatre. Ben gagne haut la main avec trois Scrabbles (qui a dit que la chaleur ramollissait le cerveau ?). Benoît jure de prendre sa revanche ! Vu la chaleur, il y aura d'autres parties... Nous sommes à peine repartis que le vent se lève. Selon la théorie de Dimitri, étant donné que le vent souffle vers les nuages au ras du sol, cela signifie que l'orage est en train d'aspirer l'air et qu'en fait il se dirige vers nous. Sylvie se demande dans quel cas on peut déterminer que l'orage ne vient par nous mais en tout cas, théorie vérifiée, une heure plus tard, l'orage est sur nous ! Nous cherchons une hypothétique station service et atterrissons dans un minuscule magasin. Le temps de laisser passer l'orage puis nous demandons au jeune garçon derrière le comptoir où nous pourrions planter notre palatka (tente en russe). 'Là derrière, dans le jardin' nous répond-il. Ça alors, c'est bien la première fois que quelqu'un nous invite aussi directement ! D'habitude, il y a tout un travail d'approche à effectuer ! Nous le remercions et plantons nos tentes dans un verger près d'une maison abandonnée. Ses sœurs ne tardent pas à débarquer (mais où sont les parents ?) et nous proposent gentiment de l'eau chaude. Pendant qu'Albane et Benoît se lavent sous la pluie qui recommence à retomber (non, nous non plus, on ne comprend pas très bien !!), on sort les nouilles minutes. Nous attendons à moitié grelottant sous l'auvent de la vieille maison que nos nouilles cuisent quand la mère arrive, enfin ! Gula (le diminutif de Gulnara) nous propose immédiatement de venir à l'abri. A côté du magasin, la famille possède un restaurant qui semble surtout servir pour les banquets. Tout de suite, Gula s'affaire, envoie une de ses filles chercher du pain, une autre, du thé ... Ah, ça fait du bien d'être pris en charge par une mère ! Avant qu'on aille se coucher, elle insiste : 'Demain, je vous offre le petit déjeuner, frappez à notre porte avant de partir !'. 
Le petit déjeuner est royal, Gula nous installe sur un topchan, une estrade en bois avec des coussins moelleux et une table basse, dans le jardin. 'Reposez-vous, admirez les fleurs !'. Allez, on se laisse faire ! Nous dévorons confitures maisons, pain plat, omelette ... en écoutant les oiseaux chanter. Gula et sa famille sont Ouigours, une 'minorité' chinoise musulmane (ils sont quand même 20 millions en Chine, nous dit-elle !). Ils habitent au Kazakhstan depuis plusieurs générations. Gula a trois filles et un fils : Elmira, Nigara, Adelina et Islam. Elle a aussi une fille adoptive, sa nièce Gulmira. Elle profite d'un moment où celle-ci s'éclipse pour nous expliquer que son frère, sa femme et leurs deux autres enfants sont morts dans un accident de voiture il y a sept ans. Un an plus tard, elle est tombée enceinte, 'un acte de Dieu' comme elle dit, et 9 mois plus tard, Adelina est née. Voilà qui explique la différence d'âge : les ainés ont entre 20 et 17 ans et Adelina a 5 ans. Elle a la confiance en elle des derniers de famille et nous fait une superbe démonstration de danse traditionnelle dans un magnifique costume. Elle babille en russe avec nous jusqu'à ce que sa mère lui explique qu'on n'y comprend rien ! Gula nous apprend ensuite à faire les nouilles pour le laghman : elle arrive avec un énorme morceau de pâte, découpe des lanières et nous voilà parties à rouler la pâte fin, fin, fin jusqu'à obtenir des sortes de spaghettis en compagnie de Gula et ses filles. Islam met de la musique, les garçons prennent des photos, c'est la fête ! Les quatre aînés étudient à Almaty et reviennent pour le week-end chez leurs parents. Le laghman que nous dégustons ensuite a une toute autre saveur que ceux que nous mangeons au restaurant !
Nous quittons Gula et sa famille à regret. On resterait bien mais il faut aussi penser à avancer ! Comme lorsqu'on quitte nos parents, Gula nous donne un gros pot de confiture d'abricots et deux grands pains. Sur la route, nous craquons pour des fraises. Un petit vieux tout ratatiné sous sa casquette attend les clients près de sa voiture remplie de cageots de fraises à l'odeur alléchante. Il tente de racler un peu sur le poids des fraises mais on ne se laisse pas faire. Puis, curieux, il nous pose quelques questions sur le voyage. Quand il voit le compteur qui affiche 10.000 km, il réalise qu'on vient réellement de France à vélo et change complètement. Il entraîne Sylvie vers sa voiture et entreprend de lui remplir un énorme sac de fraises ! Cette fois-ci, on doit l'arrêter ! Il nous fait comprendre qu'il veut qu'on revienne en France et qu'on dise que les Kazakhes sont généreux ... message passé ! Comiquement, nous le croiserons à deux reprises dans les jours qui suivent sur la route. A chaque fois, on aura droit à un gentil coup de klaxon !
Quelques km plus loin, rebelote, une dame à qui nous achetons de l'eau nous invite chez elle ! Nous faisons la connaissance d'une famille turque, elle aussi installée au Kazakhstan depuis plusieurs générations. Nous sommes ravis de rencontrer des Turcs, nous avons de si bons souvenirs de notre passage en Turquie ! Les femmes amènent des assiettes de salades, des confitures, du thé... On sort les albums photos et on bavarde. Le soleil est bas sur l'horizon et nous commençons à nous dire qu'avec un tel accueil, il n'y a qu'un pas pour qu'on puisse planter nos tentes dans la cour. Mais bizarrement, la dame qui avait insisté pour qu'on vienne chez elle au début change d'attitude et nous met quasiment dehors ! La nuit tombe très vite. Nous essuyons un premier échec dans un verger. Les gardiens doivent craindre que leurs énormes chiens nous attaquent. Deuxième échec avec un restaurant. La propriétaire appelle la police qui lui dit qu'elle ne peut pas accueillir les étrangers. Cette fois, la situation est critique, il fait nuit noire et les Kazakhs roulent toujours comme des fous. Le seul hôtel du village est hors de prix, c'est un centre ayurvédique à 40 euros la nuit ! Heureusement, Benny, le médecin Indien du centre, trouve une solution et nous passons la nuit sous une tente frappée aux couleurs de l'Efes (une bière turque) à côté d'un resto.
Le lendemain, Benny nous fait visiter le centre, une grande maison en rondins construite par un Estonien. Nous sommes un peu étonnés, pourquoi un centre ayurvédique au milieu de nulle part au Kazakhstan ? Une riche dame kazakhe s'est apparemment intéressée à ces traitements (basé sur des massages spécifiques mais aussi un programme de nutrition suivant le 'type' de personnalité) et a lancé ce centre. Nous rêvons devant les salles de bain modernes, les toilettes européennes (en ce moment, on ne connaît que les trous dans la terre abrités par une cahute en bois !), le jacuzzi... Benny donne une huile spéciale à Sylvie pour ses chevilles qui sont toujours douloureuse puis : 'Vous avez déjà goûté les chachliks ?'. Pendant que Kola (le garde), ou Nikolaï, Sarkozy comme il nous dit en riant, surveille nos vélos, Benny nous offre brochettes et tchai. Nous repartons requinqués par tant de gentillesse. Il y a de quoi être confiants, si à 9h du soir il est encore possible de trouver une solution pour dormir par cher dans un endroit sûr alors tout est possible...
Nous quittons les villages et leurs rues ombragées et entamons la fameuse steppe kazakhe, une grande plaine herbeuse. Sans arbres, le soleil tape dur et les trois petits cafés alignés au détour d'une montée nous apparaissent comme une oasis. Encore une fois, la pause dure bien 3h : pirmeny (petits raviolis dans du bouillon), salade de carottes, tchai chornie (thé sans lait) et kleb (pain) ... et une nouvelle partie de Scrabble. Cette fois, c'est Sylvie qui gagne grâce à un scrabble ! Vers 4h, nous remontons en selle et attaquons la première montée depuis le départ. La route serpente entre des gorges vertes. Nous sommes en tête, nous y allons doucement mais Albane a un début de mal aux genoux donc ils y vont encore plus doucement. Décidément la famille Bigant a vraiment des problèmes d'articulation ! En haut de la montée, un orage s'annonce. Cette fois, on connaît la chanson, il est temps de chercher un abri. Alors que nous prenons des photos d'un berger à cheval en train de rassembler vaches et moutons, un homme s'approche de Ben et lui indique un minuscule restaurant. Nous hésitons un peu, la maison tombe en ruines et les gens ne payent pas de mine. Mais nous nous souvenons d'autres pays où dans les montagnes les gens sont souvent plus sales que dans les vallées faute d'eau. Les apparences sont souvent trompeuses et nous ne regrettons pas de nous être arrêtés : nous sommes accueillis avec beaucoup de gentillesse par le couple qui tient le restaurant. Ils nous proposent carrément une pièce de leur maison pour dormir. Heureusement parce que bientôt l'orage est sur nous et les vélos s'envolent presque ! Toute la nuit, le vent souffle avec rage et nous apprendrons quelques jours plus tard que cette tempête est passée auparavant sur Almaty et a fait quelques dégâts. Nous avons eu de la chance de ne pas camper !
Le lendemain, le couple nous indique une fontaine où remplir nos gourdes mais nous découvrons que l'eau vient d'un petit ruisseau qui traverse un pré occupé par des vaches et des moutons. On pourrait filtrer l'eau et mettre du Micropur mais finalement, on préfère acheter cinq bidons de 5L. Nous sommes toujours devant le dilemme : eau propre et pollution avec le plastique ou eau moins sûre et pas de pollution ? Ici, pas de ramassage d'ordures et encore moins de recyclage : les poubelles sont amassées en tas dans la rue (ou dans la nature) et brûlées. On sait avec une triste certitude que, peu importe où nous déposons nos poubelles, le résultat sera le même, elles finissent sur un tas et, avec un peu de chance, disparaitront en fumée. Tout ce qu'on peut faire, c'est les garder avec nous jusqu'au prochain village pour ne pas trop 'défigurer' la nature... Nous arrivons à l'embranchement pour Sharin canyon vers 13h. Une équipe de cantonniers est sur le départ, ils viennent de finir de déjeuner. Exclamations de surprise devant les vélos, ils serrent la main des garçons, petits signes de tête polis aux filles. Re-exclamations quand Ben montre le compteur. 10.000km en 13 mois ce n'est pas beaucoup comparé à d'autres cyclistes mais pour des gens qui ne sont jamais sortis de leur pays, c'est toujours impressionnant ... c'est notre petite 'tape dans le dos' ! Du coup, ça nous fait rire parce qu'à chaque fois, Albane et Benoît bénéficient de la même aura. Pour que ce soit plus simple, on n'explique qu'un itinéraire. Nous pique-niquons au soleil au milieu des grands espaces : de l'herbe vert clair à perte de vue, des chaînes de montagnes ondulent au loin et quelques chevaux galopent aux alentours... la steppe kazakhe juste comme on l'imaginait ! 10 km de piste (notre première piste !) de terre ocre et tôle ondulée plus loin, nous arrivons à un poste. Il faut payer 300 Tenge (soit 1.5 euros) pour le privilège de rentrer dans le canyon. On se dit qu'à ce rythme-là, c'est tout juste suffisant pour payer les quatre gardes plus celui qui dort en bas. Ils sont très sympas et se rappellent d'Amanda et Olivier qui sont passés il y a 7 mois environ... c'est vrai qu'à vélo couché, difficile de passer inaperçus ! La vue sur le canyon est magnifique, de la roche rouge, jaune et ocre, un peu comme le Grand Canyon aux Etats-Unis. Les premières centaines de mètres pour descendre sont acrobatiques. Nous slalomons entre les rochers, glissons sur le sable... évidemment nous sommes descendus des vélos tellement la pente est raide mais il faut quand même retenir 60 à 70 kg de vélo+bagages à la force des poignets... voilà pour Ben qui se plaint de ne muscler que ses jambes à vélo ! Le vent se lève alors que nous sommes encore dans le défilé rocheux. On aimerait bien s'arrêter pour prendre des photos mais on accélère, aucune envie de se faire prendre par l'orage si près du but. En bas, le canyon s'élargit et nous arrivons près de la rivière. Nous faisons connaissance du garde qui habite là 10 mois par an dans une yourte avec son chien... on le plaint un peu ! Comme le temps est vraiment à l'orage, nous investissons l'abri pour les pique-niqueurs. Nous faisons une barricade avec les tables et les bancs et mettons les tentes au milieu, sur le plancher en bois. Le soir, nous invitons le gardien à dîner. Il nous a accueilli avec thé et biscuits, à notre tour de nous montrer hospitaliers. Sauf qu'entre temps, il a dû fumer ou boire et il se rapproche un peu trop des filles ! Heureusement qu'elles ont leurs gardes du corps !!
Le lendemain, nous passons une bonne partie de la journée près de la rivière. Le gardien nous prête sa canne à pêche, un autre homme nous donne de la viande comme appâts et c'est parti. Peu de succès au début mais d'un coup, Ben et Benoît comprennent le truc et ramènent trois petites truites. Les autres sont épatés, ils ne ramènent que des minuscules poissons. Pendant que l'un pêche, les autres lisent (Ishmael), écrivent les carnets, dessinent... Nous croisons des ornithologues français et un groupe de touristes... finalement le gardien a quand même un peu de compagnie. Après avoir dégusté nos truites cuites au feu de bois, nous entamons la remontée du canyon. Pas de folies aujourd'hui, nous faisons juste 3km pour venir dormir en haut du canyon. Pour les derniers mètres, nous enlevons toutes les sacoches. Albane et Benoît gardent les leurs, ils ont moins de poids et les vélos droits sont plus faciles à pousser. Du coup, on profite de l'énergie de Benoît, il monte 4 sacoches et un bidon de 5L d'un seul coup ! Vrombissement de moteur derrière nous... c'est la Jeep des gardes qui remonte. Nous sommes impressionnés que des voitures puissent passer par une pente aussi raide. Non seulement les Jeep mais aussi des minibus ! Nous plantons les tentes au sommet et une heure plus tard, le minibus du groupe s'arrête et nous donne 6L d'eau inutilisés (on leur avait demandé). Cool ... soupe et lentilles rouges au menu ce soir !
Le lendemain, premiers affrontements avec les montagnes. Nous passons une première chaîne de montagnes et arrivons en surplomb de la rivière Sharin. Protestations... comment ça, il faut redescendre dans le canyon ET remonter ? Mais on a déjà fait tout ça hier ! Cette fois, nous dépassons Albane et Benoît dans la descente, ah, quand même ! Petite montée de 4km et en haut, sur le plateau, nous apercevons un village au loin, parfait pour le déjeuner ! La steppe est tellement plate qu'on sous-estime les distances, le village est en fait à 8 km. Et, pas de chance pour Sylvie, il n'y a que des chachliks (brochettes à la viande). Au bout d'une demi-brochette, elle cale et se bourre de pain. Même les autres trouvent que la viande sent un eu fort. Un peu plus loin, la route bifurque : tout droit, c'est la Chine, à gauche, c'est le Khirghistan. En fait, nous pourrions très bien raccourcir notre chemin et aller directement en Chine, sur Urumqi. Nous en sommes là de nos réflexions quand Ben crie : 'Cycliste, cycliste !'. Incroyable ! Nous voyons débouler un jeune Ecossais à vélo par la route de la Chine. Il passe ses trois mois de vacances à pédaler en Asie avant de rentrer à l'université... donc, il a entre 18 et 20 ans... chapeau ! Nous sommes tout excités, notre premier cycliste depuis la reprise ! Nous entamons ensuite une grosse montée de 13km... dur, dur, on voit qu'on a perdu tous nos muscles chèrement acquis dans les montagnes du Laos. Heureusement, chevilles et genoux tiennent le coup, nous nous arrêtons régulièrement pour boire et s'étirer. Depuis ses problèmes de genoux en Tasmanie, Ben fait consciencieusement ses exercices (au lieu de se contenter de dire à Sylvie : 'Etire-toi bien') ! Alors qu'Albane et Benoît s'arrêtent à une source un peu plus loin pour se rafraichir, un 4x4 arrive en sens inverse et s'arrête : c'est un couple français de Nantes ! Ils ont traversé l'Europe et l'Asie en suivant le même itinéraire que nous et maintenant, ils remontent vers Irkoutsk et Yakoutsk où ils espèrent rencontrer les Evens, un peuple du nord de la Russie. Ce sont des retraités, enfin des gens qui ne nous disent pas : 'Vous, vous pouvez, vous êtes jeunes !'. Nous aimerions bien bavarder plus longtemps mais nous ne savons pas exactement la longueur de la montée et le soleil commence à tomber. Ces deux rencontres nous alimentent en énergie pour la montée et il en faut : quelques pentes à 12%, une montée qui s'étire à l'infini à flanc de montagne et les réserves de Sylvie qui baissent, 3 morceaux de viande ça ne suffit pas. Heureusement, on a encore pas mal de fruits secs achetés au bazar d'Almaty. Au col, quelques femmes installées en plein vent, emmitouflées dans de gros manteaux et des foulards colorés, vendent du koumis, du lait de jument fermenté. On enfile nos pulls et nos gants et c'est parti pour 10km de descente. Au loin, Kegen, notre terre promise (il parait qu'il y a un hôtel !) se profile sur fond de montagnes enneigées. Comme le dit Ben pour la énième fois : 'C'est le plus beau paysage depuis le début du voyage !'. Oui, même comparé à la Nouvelle Zélande si souvent vantée... Il n'y a qu'un hôtel dans le village mais personne ne semble le connaître. Il fait presque nuit noire quand enfin quelqu'un peut nous l'indiquer. Et là, il faut deviner qu'il faut aller frapper à la maison derrière la grille en fer. Grosse déception, il n'y a pas de douche ! Il faut aller au banya (sauna), nous dit la propriétaire, à 20 min à pied. A 8h du soir, après 70km dont 20 de montée, tant pis, on attendra demain ! Quant aux toilettes, ils sont dans le jardin. Il y a juste un lavabo dans l'entrée pour se laver les dents. Heureusement, les chambres sont propres et claires et nous dormons comme des loirs.

Publié dans Kazakhstan

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