Vive la petite reine !

Publié le par Sylvie

Wynyard - Hobart ... 30/04 - 07/04

Ouïe, ouïe, ouïe ... les premiers tours de roue nous renvoient à notre départ de France, il y a presque un an. Le temps gris nous incite plus à rester au chaud dans nos duvets qu'à nous lever à l'aube. Une fois levés, nous traînons devant notre tasse de thé ou café (et le journal de France 2, quelle aubaine !) et ensuite, nous rangeons nos affaires à la vitesse de deux escargots. Où est passée notre efficacité ? Sur la route, nous y allons doucement. Les chevilles de Sylvie ne sont pas tout à fait remises et il ne s'agirait pas qu'elle s'abîme les genoux en plus ! Nous sommes frustrés. Nous savons que nous pouvons rouler jusqu'à 150 km par jour et nous voilà comme deux débutants... Heureusement qu'il y en a toujours un de nous deux pour rappeler à l'autre : 'Tu te rappelles comme on a vite progressé en quelques semaines quand on est partis ?'. Le temps est couvert, froid et gris et la plupart du temps, le vent souffle de face. De face ici signifie vent du sud. Vent du sud ? Chaud alors ... eh non, ici, le vent du sud arrive tout droit de l'Antarctique. Si vous regardez sur une carte, vous verrez qu'aucune terre ne fait obstacle entre les terres gelées du pôle Sud et la Nouvelle Zélande et la Tasmanie. La Tasmanie est à la même longitude que Bordeaux mais la situation géographique engendre un climat complètement différent. Le temps change très rapidement et les températures peuvent chuter de plusieurs degrés dans une même journée. Comme tout le monde nous dit fièrement : 'On peut avoir les 4 saisons dans une journée !'. Malgré tous ces désagréments, nous sommes au septième ciel sur nos vélos. Nous avons retrouvé notre indépendance, notre originalité et toutes les expériences sensorielles. Même Ben qui abhorre le froid reconnaît qu'il n'échangerait pas son vélo couché pour une voiture !

Après un massage douloureux des chevilles, nous prenons la route. La plupart du temps, nous ne voyons pas la côte, cachée par la forêt. Les arbres ont le mérite de nous protéger un peu du vent glacé mais ils nous cachent le paysage... Quand nous pouvons enfin voir la mer, nous découvrons une mer bleu turquoise bordée de plages de sable blanc ... une succession de petites baies borde la côte est de Tasmanie. Nous sommes un peu déçus de rater un paysage aussi idyllique mais le lendemain nous découvrons Freycinet National Park. Une péninsule au nord de Swansea, le parc abrite plusieurs baies sablonneuses et de magnifiques vues. Nous cadenassons nos vélos au parking, sous la surveillance de mignons wallabies en train de festoyer sur les poubelles des touristes. Les wallabies sont la version miniature des kangourous. On craque devant ces petites bêtes aux yeux sombres, debout sur leurs longues pattes arrière. Leurs petites pattes avant pendouillent comme deux petits bras et leurs oreilles nous font penser à des lapins géants ! Une heure de marche nous emmène en haut de la colline d'où nous avons une vue imprenable sur Wineglass Bay, un grand arc de sable blanc qui embrasse une mer transparente. On imagine les premiers explorateurs débarquant ici... Le soir, le temps est à la pluie. Nous pestons une fois de plus contre l'envahissement des camping-cars et autres bungalows. Il y a de moins en moins de place pour les tentes dans les campings. Quand il y en a, personne ne se fatigue à entretenir l'herbe donc on plante la tente sur un terrain à mi-boueux mi-herbeux. Et la moitié du temps, la cuisine est ouverte à tous les vents. Ben ne manque pas de râler. C'est si simple de monter les murs jusqu'au toit ! Quand on pédale dans le froid toute la journée, on n'a qu'une envie le soir, se mettre au chaud. Pas avaler notre soupe emmitouflés !

En quittant Wineglass Bay, nous apprenons que le 'passeur' ne travaille plus. Une lagune longe la côte et, pour rejoindre Swansea, il faut faire un détour de 50 km par le nord. Un des habitants fait d'habitude traverser piétons et cyclistes dans un petit bateau en acier mais il n'a pas  assez de clients et ne reprend qu'en octobre ... Comme on ne tient pas à être coincé ici jusqu'au printemps, et qu'on ne meurt pas d'envie de faire 80 km au lieu de 30, on se met activement à chercher une solution. Le village est désert, nos chances ont l'air réduites. Une voiture passe et un homme nous demande si nous avons besoin d'aide. Il frappe à quelques portes mais, pas de chance, il ne trouve personne pour nous faire passer de l'autre côté de la rivière. Il y a à peine 100 m à traverser et on va devoir faire 50 km supplémentaires ! On bout d'indignation. 'Ils' auraient pu penser aux cyclistes quand même. Dans ces cas-là, on réalise qu'on ne pèse pas lourd, qui se soucie des cyclistes ? Bon, d'accord les riverains ne veulent pas être dérangés par les voitures et c'est pour ça qu'ils s'opposent à la construction d'un pont. Mais un pont pour les piétons et les cyclistes ne dérangerait personne. Pendant qu'on bâtit des châteaux en Espagne, un bruit de moteur nous parvient. Un bateau ! Sauvés ! Ce sont des pêcheurs qui ramassent des moules. Ben court sur la plage et les hèle. Ils acceptent de nous faire traverser sans perdre le nord : 'c'est 10$ par vélo'. On trépigne d'impatience : 'Pas de problème, ce que vous voulez, on veut juste traverser !' En fait, on n'a que 17$ mais les deux pêcheurs sont satisfaits, ils ont de quoi s'offrir quelques bières. Nous débarquons sur une petite plage, la 'traversée' a duré quelques minutes. Ça valait le coup de persévérer ! Trente km plus loin, nous arrivons à Swansea, un petit village en bord de mer. Le camping a une vue imprenable sur la mer et est donc aussi ... venté ! Mais notre petite tente tient le coup. Nous sommes toujours aussi impressionnés et satisfaits d'avoir changé de tente à Istanbul. Le vent peut souffler, elle ne frémit même pas. Le soir, on frétille de plaisir dans nos duvets : nous sommes bien au chaud dans nos cocons de plumes avec un bon livre et la lumière de nos nouvelles lampes frontales (nos anciennes ont eu la bonne idée de rendre l'âme en Nouvelle Zélande ... il vaut mieux ça qu'au Khirghistan !).

La journée du lendemain est moins amusante. La côte est à nouveau cachée par la forêt et de gros nuages gris s'amassent. Comme d'habitude, Ben consulte sa miss météo : 'Qu'est-ce que tu en penses, ils viennent de notre côté ? Oui, pas de doute !'. En quelques minutes, les nuages se sont transformés en orage, pluie et grêle s'abattent sur nous. Vite, vite, on sort veste et pantalon de pluie mais c'est un peu tard. Le pantalon humide colle au pantalon de pluie, vraiment pas pratique pour pédaler ! Une demi-heure plus tard, il fait trop chaud, on retire tout ... pour tout renfiler une heure plus tard. Grrrr, on ne va jamais arriver ! L'après-midi, changement radical de temps. Le vent tourne du nord au sud et nous ramène tous les orages du matin. Nous voilà avec un vent de face glacial et de la pluie ! On dirait que les corbeaux sentent notre coup de blues, ils prennent un malin plaisir à tourner au-dessus de la route en croassant. Ils nous rappellent le croque-mort de Lucky Luke. On n'a fait que 50 km quand on arrive en fin d'après-midi à Triabunna mais on est proche de la crise nerveuse et on soupçonne le moindre petit nuage gris des pires intentions à notre égard. Pour une fois, le camping est agréable. Il y a une vraie pelouse pour les tentes, la cuisine est fermée et le couple qui tient le camping est adorable. Et il y a trois étagères de livres à échanger ! On se sent réconfortés après tous nos efforts d'aujourd'hui. Un couple qui campe aussi nous prête une carte. Ils sont en voiture mais ont trouvé une carte avec les dénivelés des principales routes de Tasmanie. Deux options pour rejoindre Hobart : une longue, censée être plus jolie, mais pas bitumée (avec la pluie, on le sent bien !) et une plus courte, bitumée. Pas mal de montées mais rien d'infaisable. On a pédalé au Laos quand même !

Nous passons nos 10.000 km à Buckland, un minuscule village. Nous fêtons dans une roadhouse, un petit resto dans une station service. Resto, il faut le dire vite. On a le choix entre hamburger et poisson frit ... bon, hamburger alors ! Sylvie regrette bien vite sa grosse assiette de frites, ce n'est pas l'idéal juste avant une grosse montée. Et Ben commence à avoir mal aux genoux. Nous faisons une pause en haut de la montée. La colline s'appelle 'Break-me-neck hill', quel humour ces Australiens ! Nous redescendons pour remonter encore. Perdue dans ses réflexions, Sylvie entend un long sifflement puis encore un autre. Intriguée, elle cherche dans les arbres. Les oiseaux ont tous des chants stridents et caractéristiques, quelle est cette nouvelle espèce ? Puis, bien inspirée, elle jette un œil dans son rétro. Tiens, Ben n'est plus derrière. Plus de Ben et un coup de sifflet, tiens, tiens ... Demi-tour ! Elle remonte la pente, croise deux cyclistes en pleine descente qui la saluent et un km plus loin, voilà Ben. Ah, tiens, effectivement il y avait une jonction ! En fin de journée, nous arrivons à Richmond, petit village qui a gardé ses maisons à l'ancienne. Pas de chance, c'est encore une cuisine ouverte ce soir...

Au petit déjeuner nous bavardons avec un pompier qui prend des vacances après avoir bataillé plusieurs semaines les feux de forêt dans l'état de Victoria. Nous comprenons enfin pourquoi il y a eu autant de victimes (200 et quelques morts au total). La plupart des gens sont morts le premier jour. Tout le monde a été pris par surprise par la violence des feux et la vitesse à laquelle ils se sont propagés. Ensuite, les pompiers et d'autres services sont entrés en action, ont avertis les gens et commencé à prendre le contrôle mais pour beaucoup c'était trop tard. Nous rencontrons aussi une famille de trois enfants du Queensland qui fait le tour de l'Australie pendant un an. On en parlait justement avec Ben il y a quelques jours. L'Australie est trop grande pour être visitée en un mois, on prévoit déjà de revenir plusieurs mois et pourquoi pas, un an ! La route jusqu'à Hobart est vite avalée. Nous rencontrons Rob et Anne et leur fils de 10 mois, Oscar. Rob est le frère de Kate et le fils de Keith et Wendy chez qui nous avons logé à Wynyard. Ils nous proposent gentiment de loger chez eux. On a à peine le temps de commencer : 'On peut planter la tente dans votre jardin pour ne pas vous déranger...' qu'une pluie torrentielle s'abat dehors. On se regarde tous les quatre et on éclate de rire. Bon, finalement, on veut bien un lit ...

Nous passons deux jours très agréables à Hobart. Anne travaille pour ABC (Autralian Broadcast Corporation, l'équivalent de la BBC). Rob travaillait comme chef dans un très bon restaurant de Hobart. Mais il travaillait tellement qu'il n'avait aucun temps libre avec sa famille. Maintenant il s'occupe à plein temps de son fils et suit en même temps une formation pour l'informatique. Il nous emmène visiter la péninsule où Port Arthur (l'ancien camp de convicts) a été établi. Entre deux averses nous découvrons de magnifiques baies et une drôle de terrasse rocheuse, comme si quelqu'un avait posé du carrelage ! Nous déjeunons dans un petit café au bord de la route. Cette fois, pas question de hamburger. Ben et Rob dégustent une délicieuse tourte à l'agneau et Sylvie se régale avec un sandwich au pesto, potiron et épinards en feuilles. Rob a déjeuné là le week-end dernier mais au lieu d'avoir un bébé avec lui, il était sur sa moto avec des copains ! L'après-midi, nous visitons Hobart. Le centre ville n'est pas très grand et moderne. C'est plus le port qui nous intéresse. Il y a le Steve Irwin (du nom du reporter animalier qui est mort il y a deux ans d'une piqûre de raie). C'est un énorme bateau noir battant le pavillon à tête de mort. Il appartient à l'organisation Sea Shepperd (l'équivalent de Greenpeace) et a été impliqué récemment dans une escarmouche avec un bateau de pêche japonais. La coque a une énorme éraflure. Leur technique consiste à se mettre entre les bateaux de pêche et les baleines ... Il y a aussi l'Astrolabe, un énorme bateau rouge en acier de Marseille qui part dans l'Antarctique pour des expéditions polaires. Le soir, pendant que Anne s'occupe d'Oscar, Rob nous cuisine un superbe repas : roulade de saumon fourrée au risotto et légumes grillés au four. On a oublié les autres ingrédients de la roulade mais c'est un régal. Rob est un peu déçu, il aimerait obtenir les mêmes résultats que quand il cuisinait pour le restaurant mais il n'a pas le même matériel ni les mêmes ingrédients. Nous voir dévorer tous ses plats devrait le convaincre que c'est bon !

Le lendemain, Rob a juste le temps d'essayer le vélo de Ben (pour un motard c'est facile de trouver l'équilibre!) puis on dévale jusqu'au centre, prendre le bus qui nous ramène à Devonport. Le soir, nous revoyons Keith et Wendy. Ils avaient des courses à faire à Devonport et sont venus nous dire au revoir au ferry. Nous n'avons que 10 minutes avant d'embarquer mais c'est suffisant pour apprendre que nous les avons inspirés : ils ont acheté leurs billets d'avion pour aller pédaler en Europe cet été ! Au programme : Hollande, vallée de la Loire et Angleterre. Si vous êtes sur leur route et que vous voulez les rencontrer, faites-nous signe !

Le lendemain matin, nous avons la bonne surprise d'être accueillis par Robin et Shanon à la descente du ferry. Les filles sont en vacances mais Shanon a insisté pour que Robin la réveille et qu'ils viennent nous chercher à vélo. On est touchés, le bateau est arrivé à 7h, ils ont dû se réveiller à 6h30 du matin ! La balade le long de la mer est bien agréable, il n'y a personne à part les joggeurs et il fait beau. Et nous sommes heureux de retrouver notre famille d'adoption de Melbourne!!

Publié dans Australie

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