Hospitalité australienne

Publié le par Sylvie

Melbourne – Wynyard … 20/03 – 30/04
Nous débarquons à Melbourne après 4h de vol, un peu fatigués mais heureux d’être enfin dans ce pays auquel nous rêvons depuis si longtemps. Nous avons été chanceux au départ de Christchurch, l’hôtesse a inexplicablement oublié de nous faire payer pour nos 60 kg supplémentaires de bagages ! Nous n’en revenons toujours pas. Comme pour équilibrer, nous subissons quelques mineures tracasseries à l’arrivée. Pour commencer, les bagages sont déchargés alors que nous sommes encore dans l’avion et Ben remarque qu’un de nos sacs a été ouvert. C’est celui de la bouteille d’essence qu’on aurait mieux fait de déclarer à l’enregistrement. On l’a parfaitement nettoyé mais les douaniers ont pris la bouteille. Heureusement, ils nous ont laissé la pompe, qui coûte assez cher. Mais ça, on ne s’en rend compte qu’à la maison du coup, gros stress pour Ben pendant 2h ! Ensuite, Sylvie se fait rappeler à l’ordre car elle n’a pas mentionné ses trois prénoms quand elle a rempli le formulaire pour le visa. Heureusement, rien de grave n’en résulte. Puis c’est Ben qui se fait sermonner : la page plastique de son passeport ne tient plus que par un fil ! Là c’est plus embêtant, il doit refaire un nouveau passeport. Encore une source de frustration : ‘Je n’aurais pas tous les visas du voyage sur le même passeport !’ Sylvie essaie de le calmer mais sans succès. Et de toute façon, elle est aussi bien énervée. La douanière à qui elle a demandé de tamponner une page déjà utilisée de son passeport et qui lui a répondu ‘Si ce n’est pas trop difficile’ vient de tamponner une page blanche. La voilà en rage mais ce n’est pas le moment, il faut parler au douanier suivant au sujet de ses prénoms !! Dernière épreuve, passer le test pour l’importation de nourriture et le nettoyage de la tente mais cette douanière-là est plus sympa. C’est donc passablement énervés et fatigués qu’on arrive dans le hall. Heureusement Robin nous réconforte immédiatement avec son grand sourire, son énergie et sa gentillesse. C’est un ami et ancien collègue que nous n’avons pas vu depuis son départ de Londres il y a sept ans. Il a pris un jour de congé pour nous accueillir ! Comme par miracle, nous réussissons à faire entrer nos deux vélos, nos huit sacoches et nous deux dans son break Mercedes ! A la maison, nous faisons connaissance de Thea (13 ans) et Shanon (10 ans), les deux filles de sa femme (qu’il considère comme ses filles). Irène, sa femme, est malheureusement absente, aux Philippines avec sa famille. Nous passons quelques jours relaxants à découvrir l’immense marché couvert de Melbourne, le glacier du coin et ses délicieuses glaces faites maison (yaourt et amande mmmm), Jake, le petit garçon qui habite trois maisons plus loin mais se sent tellement bien ici qu’il débarque le week-end à 9h du matin … Ben déballe et remonte les vélos, aidé de Shanon et Diva (une amie des filles), excitées comme des puces. Il sait qu’ensuite, il devra pousser tout le monde sur le vélo mais les nouveaux initiés sont ravis et Robin fait au moins dix fois le tour du pâté de maisons avant de se résigner à descendre du vélo ! Nous revoyons aussi Jo, rencontrée il y a quatre ans en Inde, lors de notre premier voyage. Nous avions parlé de la revoir un jour en Australie sans vraiment trop y croire … Elle nous fait découvrir le centre animé de Melbourne ainsi qu’un restaurant insolite : les clients sont invités à estimer eux-mêmes la valeur de leur repas ! Voilà qui bouleverse notre système de valeur : est-on censé en profiter, payer ce qu’on estime être juste ou donner un peu plus pour aider ceux qui sont dans le besoin ? Nous passons une journée entière à courir entre les dentistes. Une des dents de Sylvie est en train de se déminéraliser. A la fin de la journée, le verdict tombe, il faut extraire la dent (question de terminologie mais c’est moins terrifiant qu’arracher !). Un moment agréable en perspective à notre retour de Tasmanie… Nous saluons Robin et les filles (qui demandent déjà quand est-ce qu’on revient !) et faisons nos premier tours de pédales sur la promenade qui longe la mer. Dix minutes plus tard, un énorme ferry rouge nous fait face, le Spirit of Tasmania. Sa taille impressionnante a de quoi rassurer quiconque craindrait la mer ! Les marins nous proposent gentiment d’attacher les vélos à l’entrée : ‘Les camions sont trop gros, il y a trop de monde dans le garage’. Cool ! On passe une soirée agréable, assis à l’arrière du bateau. Ben regarde trois films (merci Amanda et Olivier !) pendant que Sylvie découvre les journaux australiens tout en grignotant des Anzac biscuits (biscuits aux flocons d’avoine) faits maison par Jo. La nuit est plutôt mouvementée, pas à cause des vagues mais des ronfleurs … Nous débarquons à 7h le lendemain matin, encore tout ensommeillés et un peu frigorifiés. Deux œufs pochés et quelques toasts plus tard, nous voilà à nouveau sur nos chers vélos après deux mois d’arrêt ! Il fait gris et froid et il pleuvra aujourd’hui mais comme on est heureux ! Notre virée motorisée en Nouvelle Zélande a bien confirmé que nous étions des cyclistes, pas des ‘voituristes’. J’entends déjà s’exclamer tous ceux qui n’ont pas goûté au vélo : ‘Mais c’est confortable, il fait chaud, ce n’est pas fatiguant, on va vite, on voit plus de choses …’. Là, on vous arrête. Contrairement à ce que beaucoup pensent (nous les premiers, avant notre expérience à vélo), on voit plus de choses à vélo. Peut-être quelques temples ou palais en moins … Mais à notre allure, nous remarquons les fleurs sur le bord de la route … La couleur du bec des oiseaux qui s’envolent sur notre passage. Les odeurs qui s’élèvent après la pluie (pas toujours agréables, il faut reconnaître). Le chant des oiseaux. Les sourires et les discussions avec les gens sur notre passage (d’accord, nos vélos…). Il y a aussi le plaisir de l’effort accompli, la sensation d’avoir physiquement parcouru la route, senti les moindres bosses (quelques montées aussi). Une assiette de pâtes nous réconforte aussi bien qu’un repas de roi. Et pour couronner la journée, le délice de nous glisser dans nos duvets douillets dans notre familière maison de toile. Si vous ne nous croyez pas, allez lire ce que la famille Jolivot pense du vélo après quelques jours en camping car. Et, non, ce n’est pas une conspiration cycliste ! Les quelques averses que nous essuyons au cours de la journée ne nous découragent guère. La route longe une jolie côte rocheuse, on respire l’air chargé d’embruns, vive le vélo ! Nous arrivons à Wynyard en fin d’après-midi : ‘100… 80… 61… 35… c’est ici !’. Une magnifique maison blanche avec une allée digne d’un manoir ouvre ses portes à deux cyclistes ravis. Ou plutôt, Keith et Wendy, les parents de Kate, une amie de Londres. Ils ont vécu ici toute leur vie et sont maintenant deux enthousiastes retraités. C’est la première fois qu’on envie des retraités, c’est dire ! Ils se sont mis au vélo il y a quelques années et pédalent régulièrement avec un groupe d’amis. Keith nage et rame aussi régulièrement. Keith nous emmène faire un tour des environs et monter au Table Cape, une falaise d’où nous avons une belle vue sur la côte. Puis nous passons une soirée très sympa devant un dîner de rois concocté par Wendy. Le lendemain, lever matinal pour tout le monde. Nous descendons sur la côte ouest pour une croisière sur la rivière Gordon et une promenade sur Sarah Island. Avec une surprise de taille : une sortie sur les 40èmes Rugissants ! Le rêve de tout marin (comment ça, non ?) ! Un bagne avait été établi en 1822 sur Sarah Island pour les pires criminels de l’époque. En clair, ceux qui étaient répétitivement en retard au travail, qui étaient souvent ivres … on ne préfère pas penser au sort des vrais criminels à cette époque. Pour ceux qui ont lu Papillon (bagne de Guyane), il avait été accusé du vol d’un vélo ! Les conditions étaient plutôt épouvantables : mauvaise nourriture, scorbut, maladies, punitions … au point où les prisonniers avaient eu une horrible idée : le pacte meurtre-suicide. Deux prisonniers se mettaient d’accord. L’un des deux tuait l’autre, de préférence avec un maximum de témoins. Il était ensuite traîné devant le tribunal de Hobart qui le condamnait à mort. De cette façon, deux prisonniers s’échappaient du bagne. Pourquoi le meurtre ? Parce que le suicide était puni d’excommunication par l’Eglise et que les prisonniers voulaient une chance d’arriver au Paradis. Avant de visiter l’île, nous passons d’abord par Hell’s Gates (les Portes de l’Enfer), les bien nommées. Dehors, les 40èmes Rugissants, une mer souvent démontée (le capitaine de notre bateau ne s’aventure qu’une soixantaine de jours par an dehors). Dedans, le bagne. L’entrée de la rivière est bloquée par une barre de sable sur laquelle la houle vient déferler en gros moutons blancs. Un petit passage entre les cailloux permet de rejoindre la haute mer. Une fois dehors, notre cœur s’envole, le bateau tape, se relève, redescend … ouh là, j’avais oublié comment c’est la mer ! Le temps est clair mais il y a quand même une bonne houle. Et quand il fait mauvais ? Il ne reste que des vestiges du bagne. Quelques murs témoignent d’une étrange expérimentation : si on enferme les gens dans le noir pendant trois semaines, ils devraient logiquement en ressortir plus calmes, non ? Non, ils en ressortent fous. Suite à cette expérience, le gouvernement a dû construire un asile pour fous à Port Arthur. Quelqu’un a ensuite eu une meilleure idée, occuper les prisonniers et leur apprendre un métier pour qu’ils se réinsèrent plus facilement une fois libérés. Durant les dernières années (jusqu’en 1833, date de la fermeture du camp), les bagnards ont appris à construire des bateaux. L’opération est devenu un succès à tel point que les prisonniers tentaient de venir à Sarah Island plutôt qu’un autre bagne. Ce à quoi le gouvernement a répondu en fermant le camp et en en ouvrant un autre, plus sévère, à Port Arthur. Les prisonniers sont là pour être punis, pas réhabilités. Dommage. En attendant, quelques prisonniers avaient réussi à subtiliser un bateau et à s’enfuir jusqu’au Chili. Chapeau bas ! Nous nous remettons de nos émotions devant un magnifique buffet et quelques tasses de café. Keith est ravi d’avoir un ‘coffee addict’ avec qui partager sa passion, ‘Allez Ben, encore une petite tasse ?’. Sur le chemin du retour, ils nous proposent de les accompagner pour leur balade à vélo dans deux jours. ‘Mais on a une date fixe pour le retour à Melbourne, et on n’a déjà pas beaucoup de temps pour descendre à Hobart… Pas grave, on vous fera rattraper les jours perdus en vous emmenant en voiture vers la côte est.’ On se laisse facilement tenter. Le lendemain, pendant que Sylvie met le blog à jour (ces fameuses photos !), Ben et Keith vérifient que nos vélos tiennent sur le toit de la voiture. Voir nos engins perchés sur le toit d’une voiture, une voiture qui roule ! a de quoi nous inquiéter un peu. Heureusement, Keith est très compréhensif et ouvre une dizaine de fois le toit ouvrant pour que Ben jette un œil à ses deux bébés !! Les vélos couchés sont l’attraction du camping et, sans surprise, tous ceux qui essayent sont à l’aise en moins de deux minutes malgré leurs protestations au départ. C’est toujours comme ça avec les cyclistes. Dire que pour nous, béotiens, il nous a fallu 20 minutes la première fois ! Nous passons une soirée très sympa au pub avec toute la bande d’amis de Keith et Wendy. Keith découvre les standards londoniens quand Ben lui amène une pinte de bière. Tout le monde boit des demis autour de nous. Il parait que ça se boit plus vite … ça va alors, les Australiens ont quand même la réputation de plus gros buveurs de bière au monde ! Les cyclistes expérimentés nous laissent sur place le lendemain, voilà ce que c’est de s’arrêter deux mois ! On termine la balade sur un rythme tranquille avec Wendy et le deuxième groupe. On a le temps de bavarder, monter sur une colline admirer la vue sur le village de Stanley et pique-niquer en attendant le retour de Keith. Au retour, Wendy nous montre son potager : courgettes, tomates, haricots verts, salades, maïs… et même des citrouilles ! Sylvie trépigne : ‘Ben, on aura un potager dans notre future maison, dis ?’. Dernière soirée avec Keith et Wendy, déjà ! Nous célébrons dans la salle à manger cette fois-ci. D’habitude, Keith et Wendy prennent leur repas dans le salon-cuisine mais cette fois-ci, nous avons droit au grand jeu : serviettes blanches, argenterie, nappe. Le repas ne change pas, Wendy cuisine selon nos standards favoris : entrée, plat, fromage, salade et dessert. Aaaahhhh, enfin quelqu’un qui sait parler ! Le lundi, Keith et Wendy nous aident à rattraper notre retard en nous conduisant jusqu’à Welborough, à une trentaine de km de St Helens, sur la côte est. Il fait froid, gris et il y a du vent quand nous les quittons après un pique-nique sur le bord de la route. C’est dur de partir ! Nous remercions chaudement Keith et Wendy pour leur accueil. Ils ont en plus fait 500 km de route pour nous permettre de passer plus de temps avec eux !

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