'Pourquoi c'est si vert en Nouvelle Zélande ?'

Publié le par Sylvie

Manapouri - Oamaru ... 16/02 - 24/03

Au lieu de tracer d'ouest en est comme Marion et Matthieu ont fait la veille (on a de la chance de ne pas être pressé par un vol à prendre), nous descendons tout au sud sur Invercargill. Cette ville n'a rien d'intéressant à part des rues bordées de magasins. La plupart des villes et villages néo-zélandais sont bâties sur le même modèle : une (ou plusieurs) grande rue avec plein de magasins, quelques bars, un fish and chips. On apprécie que les maisons n'aient qu'un étage ou deux (à part à Auckland). On n'a pas cette impression de solitude et écrasement comme on peut avoir dans les grandes villes américaines. La plupart des maisons ressemblent aux maisons américaines. Le style 'bungalow' comme ils disent ici : des murs recouverts de lattes en bois horizontales, des fenêtres à petits carreaux et un toit en tôle ondulée (très peu de toits en tuiles). Le style est charmant mais on trouve que ça manque un peu d'originalité. Les maisons plus modernes manquent complètement de style, juste de gros cubes de béton. Comme disait un architecte dans un article, la population n'est pas assez nombreuse pour justifier de développer de nouveaux styles ... dommage ! Nous nous arrêtons juste le temps de prendre un Subway, un gros sandwich avec thon ou viande, crudités et fromage. C'est le meilleur rapport quantité - prix (et qualité) qu'on ait trouvé : 8$NZ alors qu'un repas chez MacDo coûte entre 10 et 12$ et on ressort à moitié mort de faim.

 

Nous entamons notre remontée vers le nord avec les Catlins, une petite région dans le sud-est. Le temps change comme pour se caler sur le paysage, sauvage et désolé. Le vent se lève, les nuages s'amassent, sombres et menaçants. Nous dormons dans un drôle de camping, à Curio Bay. Des emplacements ont été découpés dans des buissons hauts comme des yuccas. Chacun plante sa tente ou gare sa voiture dans une petite niche. Du coup on se sent un peu isolés d'autant plus que la cuisine est dans un minuscule cabanon. Finalement on cuisine et dîne à l'abri de la voiture. On rencontre deux cyclistes dans une niche à côté, petit soupir de Ben.

Le lendemain, impossible de redémarrer. La batterie est à plat et pourtant, on n'a pas laissé les phares allumés. On allume un peu le soir pour lire mais ça ne peut quand même pas vider une batterie ! On finit par trouver un local avec des câbles dans sa voiture et on repart, un peu inquiets. La région n'est pas aussi touristique que le reste de l'île, on espère que ça ne se reproduira pas. On repart vers l'ouest, histoire de commencer au début la liste de points de vue (on est en vacances mais quand même organisés !), avec une superbe 'gravel road' sur 20 km. Nous descendons au plus au sud de l'île, à Slope Point. Le vent est si fort qu'on manque de décoller ... prochain arrêt, l'Antarctique à 4.000 km de là ! Les rares arbres sont figés dans la direction du vent, le côté qui prend le vent complètement dégarni et gris, rongé par le sel. A Curio Bay, une forêt vieille de plusieurs millions d'années s'est fossilisée dans le sol. D'immenses troncs d'arbres se sont transformés en rocher, ce qu'on prend pour de grosses pierres sont en réalité des souches. Sur le bord de la plage, un pingouin est en train de couver. Il est seul, tous les autres sont en mer, en train de pêcher. On est un peu triste de voir que plusieurs personnes ne le respectent pas et s'approche aussi près que possible pour prendre une photo. Il y a pourtant un panneau à l'entrée de la plage qui montre grandeur nature la distance à respecter (une dizaine de mètres). Nous manquons aussi marcher sur un lion de mer. Il a exactement la même couleur que les rochers fossilisés. Sylvie fait un bond énorme quand elle réalise qu'elle n'est qu'à quelques mètres de ce monstre. Ben s'est bien gardé de la prévenir ! Nous nous arrêtons le soir dans une auberge de jeunesse à Owaka, un petit village. Comme d'habitude, Sylvie reste au volant pendant que Ben va demander les prix. Il revient un peu soucieux : 'Je me demande ce que ça veut dire, dans le guestbook tout le monde se plaint de ne pas avoir vu les fantômes !'. Nous ne sommes malheureusement pas complémentaires sur tout, nous craignons tous les deux les araignées, le noir et... les fantômes ! L'auberge est en fait un ancien hôpital. Heureusement, on ne verra aucun fantôme et on se plait tellement dans cet endroit tranquille qu'on prétend avoir besoin d'une journée de repos pour y rester plus longtemps !

Le lendemain, on repart avec deux jeunes Allemands. Ils voyagent en bus et en stop et remontent vers Dunedin comme nous. On est content de pouvoir rendre service après toutes les fois où les gens nous ont aidés quand on était à vélo. Notre premier arrêt est sur une petite plage où deux familles de lions de mer sommeillent. Ils sont énormes ! En route pour Nuggets Point, nous distinguons deux formes sombres. Ce sont deux lions de mer, un mâle et une femelle qui galopent sur la plage. Ils courent super vite sur la pointe de leurs nageoires, un peu comme des ballerines mais en moins gracieux. Nuggets Point est une pointe rocheuse avec un petit phare blanc au sommet. Deux kayaks pagaient sur les eaux transparentes. D'en haut, on distingue les phoques tout autour d'eux, en train de pêcher. Nous remontons ensuite sur la péninsule d'Otago près de Dunedin. La route nous rappelle celle de Marlborough Sound pour rejoindre Albel Tasman. Très près de la mer (on roule du mauvais côté, Sylvie a peur de tomber dans l'eau !) et tout en tournants. On rejoint le camping après une heure à 40 km/h. Surprise, surprise, on retrouve Tim et Teresa ! Eux aussi remontent sur le nord. On leur donne rendez-vous pour le jour suivant à un camping du DOC (Department Of Conservation) près de Moeraki, au nord.

A la pointe de la péninsule d'Otago, nous visitons un centre qui étudie les albatros. Il faut payer assez cher pour les voir mais l'exposition et une vidéo sur le cycle de reproduction sont gratuites. Ces oiseaux ont une envergure phénoménale. Ils peuvent rester jusqu'à 3 ans à voler autour de l'Antarctique, sans toucher terre.

Nous attendions avec impatience Dunedin, Edinburgh en gaélique, mais il pleut des cordes ! Tant pis, on ne visitera pas la ville et surtout, on ne verra pas la fameuse rue à 30% d'inclinaison. Après un petit tour et un déjeuner au food court (plein de petits étals de nourriture, généralement au sous-sol ou à un des étages des centres commerciaux), nous repartons pour Moeraki. Nous passons sans trop les remarquer deux 'creeks', des petites rivières et arrivons au camping, une immense pelouse bordée d'un côté par une rivière et, de l'autre côté, par une montagne et de la forêt. Tim et Teresa sont déjà là. Comme il pleut (toujours !), nous mettons les voitures (ils ont aussi un break) cul à cul et abritons les côtés avec les tapis de sol des tentes. Ca nous fait comme une petite maison. De cette façon, on peut cuisiner et dîner à l'abri.

Il pleut toute la nuit et, en écoutant la pluie résonner sur le toit de la voiture, Sylvie espère que le camping ne sera pas inondé. De grandes flaques commençaient déjà à se former quand on s'est couché. Aucun de nous quatre ne pense aux deux rivières. Le lendemain matin, il pleut toujours. Tim et Ben marchent jusqu'à la rivière et là, catastrophe. Ce qui n'était hier qu'un petit ruisseau gazouillant a enflé démesurément en un flot boueux qui dévale le lit de la rivière a une vitesse terrifiante. Le gué, á sec hier, est maintenant sous 1m à 1m50 d'eau ! Nous voilà donc coincés pour un temps indéterminé sur ce camping.

Nous commençons par déplacer les deux voitures au point le plus haut du camping, à l'entrée. Une heure après, un van orange et blanc fonce à côté de nous et pile net face à la rivière ! Brita, une Autrichienne, a pris son temps pour partir tout en se demandant pourquoi les autres campeurs ne bougeaient pas. En tout, nous sommes dix répartis dans six voitures. Tout le monde est là pour un certain temps à part un couple australien qui rentre chez eux le mercredi suivant ... et on est vendredi ! On fait aussi l'inventaire côté nourriture : on en a pour quelques jours mais par sécurité, on décide de se limiter à deux repas par jour. Comme il fait gris et froid, on se lève tard. Donc un petit déjeuner en fin de matinée et un dîner tôt le soir nous suffiront. Ben grogne mais Sylvie reste sur ses positions ! Côté eau, on a 10L et on met une bassine dehors pour récupérer. On aurait en fait été plus efficace en la mettant sous le garde-boue avant, le dernier jour, on récupère 10L en une nuit ! On s'occupe en discutant avec Tim et Teresa et en jouant aux cartes. Le second jour, Ben et Brita montent dans la montagne à la recherche d'un point dégagé pour appeler la police. Ils y parviennent après une heure d'efforts. La montagne ruisselle d'eau, les ruisseaux ont grossis et ils doivent plusieurs fois jeter des branches en travers pour traverser. Leurs chaussures et vêtements sont tellement trempés qu'ils auraient aussi bien pu traverser dans l'eau mais bâtir des ponts c'est plus fun ! Le DOC (Department Of Conservation) ne se sent pas responsable et les renvoie sur la police. Ces derniers ne ressentent pas non plus un besoin pressant de nous aider. Tout ce qu'ils trouvent à dire c'est : 'If you can't get out, we can't get in !'. Traduction : 'Si vous ne pouvez pas sortir, on ne peut pas rentrer'. Ça nous aide bien !

L'ennui commence à s'installer. On bouquine, bavarde et de temps en temps, on retrouve les autres campeurs devant la rivière. Certains placent des petits cailloux et des bâtons pour mesurer le niveau de l'eau et la vitesse de descente. La pluie a ralenti mais on est loin de pouvoir passer. L'après-midi, quelqu'un nous hèle de l'autre côté. Grosse excitation, tout le monde se rue en bas de la berge, on n'est plus tous seuls ! C'est un voisin. D'habitude, il a le temps de prévenir les campeurs mais cette fois il a été pris de court. L'eau est montée beaucoup plus vite que prévu et en rentrant chez lui en voiture la nuit passée, il n'a eu que le temps de sortir par la fenêtre. Sa voiture a été emportée par le courant et il a passé la journée avec un ami à la sortir de l'eau. En quelques instants, il a lancé une corde et établi un système avec une poulie. Voilà de l'eau, du pain, du lait et des conserves, merveilleux ! Puis il fixe un morceau de bois et l'un d'entre nous vole au-dessus de la rivière le remercier. Au moins, si la situation devient critique, on pourra sortir. Une heure plus tard, un vrombissement nous parvient. Revoilà Steve avec un ami garagiste, dans un énorme 4x4. Ils traversent la rivière dans des gerbes d'eau ... c'est le délire au camping, enfin nous ne sommes plus coupés du reste du monde ! Le soir, on ignore le panneau 'interdit de faire du feu' et on allume un énorme feu. Brita sort des marshallows. Piqués sur des bâtons, on les fait griller au feu de bois, mmmmm. On bavarde tout en se réchauffant et en faisant sécher nos affaires. A force de mettre nos vestes et pantalons trempés dans la voiture, tout le reste a pris l'humidité.

Le lendemain, Steve revient avec un gros camion mais il n'a pas de rampe pour faire monter les voitures. Il ne se laisse pas démonter et revient une heure plus tard avec son copain garagiste et une énorme remorque! Tim et Mat, les deux Américains se portent volontaires pour tester. Leur van se balance un peu mais ça passe. Pendant ce temps, Steve se démène pour couper les branches (pour éviter que les voitures ne soient griffées et qu'on ait des problèmes avec l'assurance). Il reconstruit aussi le gué de la deuxième rivière qui a été emporté. Les derniers à passer sont Rick et Nina, les deux Australiens. Leur camping car est assez haut et on sent la remorque s'incliner au passage de la deuxième rivière mais ça passe. Les journalistes sont là, ils ont flairé le scoop en écoutant la radio de la police. Il parait qu'ils s'apprêtaient à envoyer les hélicoptères ! Steve nous emmène ensuite chez lui rencontrer sa femme et boire un thé. Il nous montre aussi son atelier. C'est un vrai magicien avec les voitures. En deux jours, il remet complètement à neuf n'importe quelle épave ! Le soir, nous célébrons notre sauvetage dans un petit restaurant à Moeraki. Après trois jours de diète, on a bien mérité un bon repas ... et un dessert ! Et une douche chaude !!

Le lendemain, nous allons voir les boulders, d'énormes rochers polis par les vagues. Nous nous arrêtons ensuite à la prochaine 'ville' - cinq maisons, un magasin, un fish and chips et un garage - pour acheter le journal. Nous sommes en première page du Otago Daily Times, le journal de la région ! (Lire l'article ici) Au moment de redémarrer, le moteur renâcle puis plus rien. Ça y est la batterie est encore vide et on vient juste de faire 10km ! Heureusement, nous sommes juste en face du garage. Le garagiste vient avec ses câbles et la redémarre gratuitement pour nous. On appelle l'agence de location qui nous autorise à changer la batterie, ouf. On conduit jusqu'à Oamaru, une ville à 30 km au nord et là c'est fait en 10 min chez AA (assistance dépannage). Fini le stress de savoir si la voiture démarrera ou pas le matin. La batterie n'a sûrement pas apprécié les trois jours sans rouler et sous la pluie. Nous retrouvons Tim et Mat au supermarché. Après avoir été rationné trois jours, on se lâche ! On passe la soirée ensemble devant une énorme poêlée de légumes et de nouilles chinoises.

Publié dans Nouvelle Zelande

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