Vivement qu’on arrive!

Publié le par Sylvie

Vientiane - Bangkok ... 05/01 - 19/01

Lundi matin, Vanh fonce au bureau d'immigration pour faire prolonger nos visas. Bilan : on s'en sort un peu mieux que si on avait payé deux jours de dépassement à la frontière mais pas tant que ça car nous avons dû 'graisser la patte' du fonctionnaire... Après un délicieux plat de spaghettis bolognaise (seuls ceux qui mangent du riz depuis un an peuvent comprendre...), nous saluons Brice et Vanh. Ces deux semaines ont été le plus long arrêt depuis le début de notre voyage et nous avons pu nous reposer aussi bien physiquement que moralement : pas de route à parcourir, pas de guesthouse à marchander, de l'eau chaude pour Ben, de bons petits plats (merci Vanh !), des discussions et la télé en français (merci Brice !)... on se sent prêt à repartir pour de nouvelles aventures !

Pour une raison inconnue, le pont de l'Amitié qui relie le Laos à la Thaïlande n'est pas en face de Vientiane mais en face de Nong Khai, la grosse ville thaïe de l'autre côté du Mékong, à 25km vers l'est. Nous avons donc un aller-retour de 50 km à faire pour revenir à la hauteur de Vientiane et continuer vers l'ouest. La route qui mène à la frontière n'est pas agréable, beaucoup de circulation, des travaux, de la poussière. Nous passons la douane en quelques minutes et, par un habile tour de passe-passe, nous passons du côté gauche de la route avant même d'être sur le pont. Nong Khai est une grosse ville animée et touristique. Les gens semblent y rester plusieurs jours, bizarre, les bourgades que nous traverseront plus loin sont bien plus agréables. Beaucoup de guesthouses sont complètes. Celle qui finalement veut bien nous accueillir est toute en bois comme on aime. Après un dîner de nems vietnamiens, nous rentrons en pensant au premier film que nous allons regarder sur notre ordinateur. Amanda et Olivier se sont fait envoyer une collection de films sur des clefs USB et nous ont tout transféré... enfin des films français ! On ouvre le cadenas et, surprise, la deuxième clef ne rentre pas dans la serrure. En Thaïlande et au Laos, les portes se verrouillent en poussant le bouton de porte côté intérieur. Ce soir, il y avait en plus un cadenas, on a fermé les deux sans se poser de questions. S'ensuit un quart d'heure de panique. On se voit déjà dormir sur le plancher dans le couloir... Il est 21h et la propriétaire est rentrée chez elle. Un beau brin de fille en robe courte nous interpelle d'une voix grave (oups !). Apparemment elle connaît la gérante. Celle-ci arrive un quart d'heure plus tard toute souriante, un couteau de cuisine à la main. Un couteau ??! Un coup de lame sous la clenche et la porte s'ouvre... gage de réussite, c'était un couteau chinois à la lame extra-souple !

Le lendemain matin, quelqu'un nous hèle alors qu'on quitte la guesthouse. C'est le Hollandais croisé à Vientiane ! Il ne prend pas la même route que nous, on ne le reverra pas. Nous passons une demi-heure à essayer de changer nos kips en bahts. Aucune banque ne veut de notre argent ! C'est à la limite de l'acceptable pour une ville à la frontière avec le Laos. Nous avions déjà eu le même problème en Europe de l'Est où chaque pays prétendait ne pas connaître la monnaie du pays précédent. Finalement, nous réussissons à changer dans une petite boutique au marché. Quand nous nous mettons en route, il est déjà 9 h du matin. La route longe le Mékong et est beaucoup plus plate que la portion au nord de la Thaïlande. Le fleuve est encombré de bancs de sable et de rochers bien qu'il soit très large. Quelques grands bateaux à fond plat transportant des marchandises descendent ou remontent le fleuve. L'un d'eux a été malchanceux, il s'est malencontreusement échoué au milieu des rochers. On se demande comment l'équipage a réussi un tel exploit car les bancs de sable et les rochers sont facilement visibles. Les hommes ont planté une tente sur un des bancs de sable en face du bateau ... attendent-ils la mousson et la montée du Mékong ? Les gens sont tout aussi accueillants qu'au Laos. Nous traversons les paisibles villages sous les applaudissements et les exclamations de surprise. Les gens continuent à crier Sabaidi bien qu'on soit en Thaïlande. A la différence des villages de montagne, les maisons sont en bois ou en ciment, fini les petites huttes de bambous. L'après-midi, nous pédalons allègrement après deux assiettes de riz sauté et un café glacé quand deux bolides arrivant en sens inverse changent de côté et nous foncent droit dessus. 'Liegfiets !' s'exclament-ils en chœur. En Hollandais : 'Des vélos couchés !'. Grâce à nos recherches sur les vélos couchés, on sait le dire en français, anglais, allemand et hollandais... Ce sont deux Hollandais d'une cinquantaine d'années qui se dirigent vers le Laos. Comme bon nombre de cyclistes que nous avons rencontré, ils voyagent quelques mois par an à vélo. D'après leurs récits, ils voyagent depuis 20 ou 30 ans... ça nous fait rêver ! Mais, à notre tour, on voit leurs yeux briller quand on leur raconte notre petit tour de la planète Terre. Nous nous arrêtons à Sangkhom, un petit village sur le Mékong. Si nous ne sortions pas d'une longue période de repos, nous y passerions bien quelques jours. La guesthouse est une grande maison en bois tarabiscotée avec une terrasse en bois, des fauteuils, des matelas. En deux semaines, nous avons un peu perdu l'habitude de pédaler, un bon prétexte pour s'offrir un délicieux milk-shake à l'ananas en admirant le coucher de soleil sur le Mékong.

On retrouve les sensations de nos débuts en Thaïlande : la sueur qui coule le long du front et dans les yeux, le soleil qui tape ... mais avec les températures fraîches du Laos nous avons pris de mauvaises habitudes et, pour une semaine, on ne se voit pas se lever à  5h45 ! La guesthouse de Chiang Khan, 100 km plus loin le long du Mékong, est une nouvelle tentation : une grande maison en bois, une superbe vue sur le fleuve depuis le balcon de notre chambre et des propriétaires très sympathiques. Mais nous sommes pressés par le temps, notre avion pour Auckland part le 19 et il nous faut aussi quelques jours à Bangkok pour préparer les vélos, les paquets... Nous saluons deux sympathiques stewards de Thai Airways en vacances et reprenons la route. Ces deux jours le long du Mékong ont été un vrai plaisir mais à partir de Chiang Khan, nous obliquons au sud et l'ambiance change du tout au tout. Les villages du bord du fleuve sont remplacés par des villes sans charme, la paisible route ombragée laisse place à une route très fréquentée et nous n'avons plus qu'une hâte, arriver au plus vite à Bangkok. Est-ce parce que les routes du Laos ont peu de circulation ? Est-ce parce que les Thaïs conduisent plus dangereusement en Isan que dans les autres régions ? En tout cas, nous nous faisons quelques frayeurs. La conduite est à gauche en Thaïlande mais bizarrement, les véhicules lents ont tendance à rouler sur la voie de droite (quand il y a deux voies !) et les fous du volant prennent plaisir à doubler par la gauche. Quand il n'y a qu'une voie, tout le monde dépasse sur le bas-côté ... oui mais c'est aussi là qu'on roule ! C'est sûr, c'est moins effrayant de heurter un vélo qu'une voiture qui arrive en face.

La région d'Isan est la plus pauvre de Thaïlande (et pourtant ses habitants se déclarent les plus heureux du royaume !). Les rizières sont rares, ici c'est plutôt la canne à sucre. Des camions chargés en dépit du bon sens, jusqu'à deux fois la hauteur de la benne, font des allées et venues entre l'usine à sucre près de Chaiyaphum et les champs. Le premier camion que nous croisons est renversé dans le fossé, les tiges de canne à sucre éparpillées au sol. Une dizaine d'hommes bavardent à côté, ce sont les chauffeurs des autres camions du convoi. Personne n'a l'air très affecté par l'accident, nous si ! Il ne nous faut pas beaucoup de temps pour imaginer la scène avec un vélo sous la canne à sucre... Un frisson d'anxiété nous glace le dos à chaque fois qu'un de ces camions nous dépasse. On ralentit pour les laisser passer plus vite en espérant qu'ils ne nous versent pas leur chargement sur la tête. Le même jour, Sylvie est témoin d'un triste accident : un chien l'aperçoit de l'autre côté de la route et s'élance avec ardeur sur cette drôle de proie. Son enthousiasme est de courte durée, un camion passe au même moment. Le pauvre chien  est projeté en l'air et retombe immobile sur la route. L'accident s'est déroulé en quelques secondes et nous rappelle combien nous sommes vulnérables.

Sur la route, nous retrouvons Harry, le Hollandais croisé à Nong Khai et à Vientiane. Il vient passer deux mois au chaud et semble faire la même route chaque année. Comme beaucoup de cyclistes solitaires, il pédale seul car aucun de ses amis ne veut pédaler. On devrait mettre en contact tous ces cyclistes qui ne trouvent pas d'équipier ! Rouler en sa compagnie nous fait un peu oublier la route et les hôtels décrépits. Jusqu'à présent nous dormions dans des guesthouses et il y avait toujours l'eau chaude (indispensable pour Ben le frileux !). Dans cette région, il n'y a que des hôtels qui se donnent des grands airs avec des réceptions somptueuses. Les chambres avec air conditionné sont modernes et confortables mais trois fois plus chères que celles avec ventilateur, murs décrépits et eau froide. Une guesthouse en bois, un peu branlante, avec salle de bains commune a décidément plus de charme que ces blocs de béton grisâtre.

Pim et Susanna, les Hollandais rencontré à Chiang Mai, nous ont vivement recommandé de visiter Phimai, un mini Angkor Wat. On est doublement récompensé après toutes ces douches froides car l'étape pour rejoindre ce petit paradis est de 122 km. La ville est agréable et le temple se trouve au beau milieu. On se dirige directement vers la guesthouse que Pim et Susanna nous ont recommandé. Ambiance agréable, grande chambre en bois, propriétaires sympathiques et eau chaude pour Ben ... Sylvie doit le tirer hors de la douche au bout d'un quart d'heure ! C'est le genre d'endroit où on pourrait rester une semaine mais on repart le lendemain après une petite visite au temple qui nous rappelle les bons moments passés à Angkor Wat il y a trois ans avec Bas et Leonie, aussi des Hollandais. Les 60 derniers km se font l'après-midi sur une quatre voies. Nous arrivons juste à temps à Nakhon Ratchasima pour attraper le bus pour Bangkok. Les trois heures de bus passent très lentement et quand on arrive à Bangkok, il fait nuit noire. La gare routière est à Chatuchak, le grand marché du week-end. On prévient Yannick et Stéphanie qui sont tout contents de nous voir arriver bien qu'on était censé n'arriver que le lendemain ! Sylvie croit comprendre qu'il n'y a que 5 ou 6 km jusqu'à chez eux ... au bout de 10 km à pédaler sur les grandes artères de Bangkok mal éclairées et très fréquentées, elle explose. Ben tente de la faire tenir en lui disant 'Plus que quelques km' mais elle n'est pas dupe. Finalement, le trajet nous prendra une heure et demie et 15 km de circulation dense, à moitié dans le noir, en évitant les trous ... on est plus fatigués nerveusement que physiquement à l'arrivée !

Nous passons une courte semaine à Bangkok à nettoyer vélos et sacoches (aucun grain de sable étranger ne doit parait-il rentrer en Nouvelle Zélande !), réserver un vol entre la Christchurch et Melbourne (nous devons prouver que nous ne restons pas plus de trois mois en Nouvelle Zélande), nous renseigner pour les vols et les visas pour le Kazakhstan et le Khirghistan (ah la bureaucratie bolchevique !) ... Ben trouve un magasin de vélo qui accepte de nous emballer les vélos pour trois fois rien. On charge les vélos dans la voiture de Yannick et son chauffeur conduit Ben ! Sylvie a une tendinite aux deux chevilles pratiquement depuis notre départ de Vientiane, l'effet de deux semaines d'arrêt et une trop grande confiance en nous en repartant. Du coup, pendant que Ben court la ville, elle nettoie et écrit...

Publié dans Thaïlande

Commenter cet article