Trois grenouilles et un kangourou

Publié le par Sylvie

Houayxai - Louang Prabang ... 05/12 - 09/12


On arrive au poste frontière tôt le matin, on nous a prévenu qu'il y aurait du monde. Effectivement, on s'est à peine posté devant le guichet encore fermé que des cars arrivent et déversent des flots de touristes asiatiques. Il y a aussi une dizaine d'étrangers. A 8h, le guichet s'ouvre, un tampon dans le passeport, nous voilà sortis de Thaïlande. On descend une pente boueuse jusqu'aux pirogues et, oh miracle, on réussit à charger les vélos avec les sacoches dessus et nous quatre dans un seul bateau. Heureusement que la traversée est courte parce qu'on ne sent pas très fiers à ras de l'eau sur cet esquif instable. On se souvenait de Houayxai, le poste frontière côté Laos comme d'un petit bourg plutôt calme. En trois ans, c'est devenu très animé. La rue principale est bordée de petites échoppes et, devant la banque, il y a même un distributeur de billets. On apprendra par la suite que les retraits sont facturés assez chers donc on a bien fait de retirer notre budget pour le Laos en bahts, en Thaïlande. A l'autre bout de la ville, une vingtaine de grands bateaux (les 'slow boats') attendent leurs passagers. Bien qu'on soit dans les premiers, on est assignés à un bateau qui ne part qu'à 11h. On espérait pouvoir mettre les vélos à l'intérieur mais pas moyen de négocier, ils voyageront sur le toit. Ils commencent à les empiler sur les dérailleurs donc Ben fonce sur le toit les positionner et les attacher. Le bateau se remplit d'étrangers et arrive un groupe de Canadiens et Américains ... si on avait su ! Ils sortent guitare et tambourin, plutôt sympa d'avoir de la musique. Entre-temps, une trentaine de nouveaux passagers arrivent et commencent à embarquer. Notre bateau est presque plein, les Laos réalisent que, peut-être, ça fait un peu trop. Ils les dirigent donc vers un autre bateau qui part 5 min après. Et nous, ça fait 3h qu'on attend ! On finit par quitter Houayxai et on admire le paysage qui défile sous nos yeux : montagnes vertes, petits villages perchés en haut de la rive ... mais la croisière idyllique tourne vite au cauchemar. Au fond du bateau, il y a un bar qui n'existait pas il y a 3 ans. A l'époque, les locaux y entassaient sacs de riz, poulets et autres marchandises. Une fois leur réserve d'alcool épuisée, les fêtards n'ont qu'à tendre le bras pour une nouvelle bière ou une bouteille de whisky. Le voyage se passe dans un concert de hurlements, chansons, trépignements bruyants sur le toit en fer ... on avait gardé un très bon souvenir du voyage il y a trois ans mais là, on est juste impatients de retrouver nos vélos et le calme des montagnes. A Louang Prabang, on reverra un couple français et leur petit garçon partis pour un tour du monde. Ils nous ont dit que le deuxième jour, la plupart des passagers ont changé de bateau. L'arrivée à Pakbeng est tout aussi stressante. Trish et Sylvie partent chercher une guesthouse tandis que Dimitri et Ben s'occupent des vélos et des sacs. Mais il y a beaucoup de bagages (on a compté environ 80 passagers) et comme on est monté dans les premiers, nos sacoches sont en dessous. 15 min plus tard, elles reviennent, mission accomplie. Les garçons commencent tout juste à débarquer les sacoches mais des petits malins se sont emparés de nos vélos. Les filles reviennent, toutes contentes de voir les quatre vélos en haut de la berge sablonneuse mais elles sont vite déçues : '200 bahts par vélo'. Finalement, on ne paye pas mais on est quand même furieux de s'être fait avoir ... enfin, on n'a pas eu à monter les vélos. Dans la chambre, un petit panneau annonce : 'Electricité entre 19h et 22h'. La douche est froide, Ben et Trish font un concert de glapissements, Sylvie et Dimitri jouent les stoïques... Par sécurité, le responsable de la guesthouse, aussi un cycliste, nous propose de mettre nos vélos dans une pièce à part, en dessous de notre chambre. A 3h du matin, on est réveillés par un tintamarre, on dirait que quelqu'un déménage la chambre en dessous ... mais, et nos vélos ? Ben appuie sur l'interrupteur avant de se souvenir qu'il n'y a pas d'électricité. On fourrage dans nos sacoches pour retrouver nos lampes, celle de Sylvie n'a plus de piles. Ben part à pas de loups mais les couloirs sont vides. On se recouche, l'oreille aux aguets car les bruits continuent. Le lendemain, on apprend que c'est un chauffeur de camion bourré qui nous a réveillé.

Le village s'agite à peine quand on enfourche nos vélos. La route longe une rivière encaissée au fond d'une vallée. De chaque côté s'élève une végétation luxuriante, beaucoup plus dense qu'en Thaïlande. Ça monte mais on le sait, le Laos est un pays de montagnes, dans le nord en tout cas. Sylvie, qui n'aime pas les longues montées, s'est donc mis en tête qu'il n'y aurait que des montées très raides. Du coup, chaque légère montée, ou même descente, est un bonus. Nous sommes largement désavantagés par le poids de nos sacoches et aussi nos vélos. Dimitri et Trish n'ont pas d'équipement pour les pays froids, ils ont entre 10 et 15 kg chacun. Ils partent donc en tête pendant qu'on monte à 7-8 km/h. Un peu plus tard, trois cyclistes thaïs nous rattrapent. Deux sacoches, maillot et short cycliste moulant, on dirait des pros ! Ils comptent dormir à Oudomxai. On est un peu surpris, c'est à 140 km et la route est loin d'être plate. On finit par s'écarter de la rivière, la vallée s'élargit pour laisser place à des rizières. Il y a trois ans, nous avions admiré les rizières d'un vert tendre. C'était en juillet. En décembre, le riz a été récolté, on en voit encore sécher au bord des routes. Certaines rizières ont comme plein de petits chapeaux coniques, les bottes de paille prêtes à être ramassées, tandis que d'autres brûlent doucement. L'état final est une étendue calcinée, désolée, prête à accueillir la récolte suivante. Les rizières d'un vert tendre sont plus poétiques... La route monte et descend en permanence, les pentes ne durent pas plus d'un km. On change souvent de vitesse, on remonte sur les pignons puis, quand c'est trop pentu, on passe sur le petit plateau. La pente, s'atténue, on revient sur le plateau du milieu ... Dans une montée un peu plus abrupte que les autres, la chaîne de Sylvie s'emmêle, la voilà sur les trois plateaux en même temps ! On réussit à la dégager du grand plateau mais elle est coincée sur le petit. Les trois cyclistes thaïs qui viennent de prendre une pause, arrivent à notre hauteur. Le premier nous crie en riant 'Je vous envoie un taxi !'. Le deuxième passe sans un mot mais le troisième, un petit vieux tout sec, s'arrête et vole au secours de Ben. Avant que Ben ait pu bouger, il sort sa trousse à outils et débloque la chaîne d'un coup sec. Sauf qu'il l'a ouverte et on contemple, désolés, la chaîne glisser hors du tube et former un petit tas par terre. La longueur de notre chaîne fait 2.5 fois celle d'un vélo droit et elle passe dans un tube protecteur. Une demi-heure plus tard, tout est en place. On remercie le cycliste et on repart. 3 km plus loin, nouvel arrêt, la chaîne fait du bruit, Ben se rend compte qu'il l'a mal passée au niveau du dérailleur arrière. Re-démontage mais cette fois-ci, il ouvre au niveau du dérailleur, la chaîne reste en place.

A Mouang Houn, un village à 50 km de Pakbeng, on retrouve Dimitri et Trish qui nous attendent pour déjeuner. Mais on se fait happer par un mariage. Sono, orchestre, caisses de bière et une centaine de personnes attablées ... on est samedi, c'est la fête ! Quelques hommes nous invitent à leur table et on sait très vite à quoi s'en tenir : 'Tu bois trois verres, toi aussi, et après j'en bois trois' ... Au bout du 3ème round, Sylvie se dit que si on reste, on dort ici, mais on était si bien partis à pédaler. Ben se laisse convaincre mais Dimitri et Trish, trop contents de boire gratis, préfèrent rester. On pédale encore une trentaine de km pour arriver à Mouang Beng, un autre gros village. Depuis le départ, on traverse de nombreux petits villages plantés au bord de la route. Les maisons sont, pour la plupart, sur pilotis. Les murs sont faits de bambou tressé. La plupart de ces maisonnettes sont sommaires, une seule pièce dans laquelle toute la famille vit et dort. La cuisine se fait à l'extérieur, accroupis autour d'un foyer à même le sol. La douche se prend aussi dehors. Dans pratiquement chaque village, il y a une fontaine, soit au bord de la route, soit au milieu des maisons, avec souvent une inscription 'Red Cross'. Les femmes se lavent en sarong (on se demande un peu comment !), les hommes en shorts. De temps en temps, on voit des maisons en bois et, très rarement, une maison en dur. Une maison en ciment semble très incongrue au milieu de toutes ces huttes en bambou. Mouang Beng est un peu plus gros que ces petits villages, quelques magasins vendent des motos et la plupart des maisons sont en dur. On s'arrête à l'unique guesthouse du village et on n'est pas très surpris d'y retrouver les trois cyclistes thaïs ! Notre chambre est à l'étage dans une extension en bambou tressé, comme ça on saura que c'est. Une ampoule pend du plafond. Sylvie suit le fil mais impossible de trouver un interrupteur, étrange. On rencontre deux Suisses, également à vélo. Ils sont partis d'Oudomxai où ils ont acheté les vélos et roulent vers Pakbeng. On est admiratifs, leurs vélos n'ont qu'une vitesse et la route monte et descend tout le temps. Temps de prendre une douche. Il n'y a qu'une salle de bains pour toute la maisonnée. Enfin, salle de bains ... Une pièce avec un sol en béton, un réservoir plein d'eau et une petite casserole en plastique. De la chambre, Sylvie entend les hurlements de Ben, eh oui, c'est aussi froid qu'un torrent de montagne. Mais on a bien chaud après ! On dîne vers 18h, dans la pénombre puis, à 19h, l'électricité arrive. Comme c'est pour un temps limité chaque soir, inutile effectivement d'installer un interrupteur ! On s'endort donc avec la lumière en pleine figure et quand on se réveille en pleine nuit, il fait tout noir. Bizarrement, on dort moins bien depuis qu'on voyage. Avec tout l'exercice qu'on fait, on devrait dormir comme des masses. Mais on se lève avant 6h le matin donc à 19h, avec une centaine de km dans les jambes, on tombe de sommeil ('20h, le minuit du cycliste' comme nous a dit Will, rencontré plus tard au Laos). On se réveille plusieurs fois dans la nuit et à partir de 5h, on attend que le réveil sonne. Ce n'est que quand on s'arrête plusieurs jours qu'on retrouve un sommeil régulier.

Le lendemain, on est contents, il n'y a plus que 60 km jusqu'à Oudomxai, on apprécie la route et Ben autorise Sylvie à prendre quelques photos puisqu'on n'est pas pressés. Chaque village nous réserve un accueil royal. Les enfants accourent au bord de la route en criant 'Sabaidiiii'. Certains tendent la main pour qu'on leur claque. On entend quelques cris de douleur à notre passage ! Même les tout-petits, encore vacillant sur leurs jambes, agitent leur menotte et bredouillent 'Baidiiii'. Hommes et femmes sourient et nous saluent. On passe sur nos vélos, à fond de train dans les descentes, à une allure d'escargot dans les montées, on sourit, on agite la main à droite, à gauche ... comme un roi et une reine dans leur carrosse ! Comme les maisons sont petites, la vie se déroule dehors, c'est fascinant. Le matin, les gens allument de petits feux et se serrent autour, le temps du petit déjeuner. Il fait froid et brumeux, la plupart ont l'air transi bien qu'ils portent grosses vestes, écharpes et bonnets. Ensuite, hommes et femmes partent aux champs, ramasser du bois pour le feu ou travailler aux champs. Restent au village, quelques femmes, les enfants et les personnes âgées. On est surpris devant le nombre d'enfants, c'est presque comme s'il manquait une tranche d'âge, celle des baby-boomers chez nous.

Les activités quotidiennes se déroulent sous nos yeux : une jeune mère prend la main de son bébé en bandoulière et agite sa main pour nous dire bonjour, un petit garçon tente de tuer un moineau au lance-pierres. Un peu plus loin, on croise une femme, une longue pipe fine à la bouche. Des jeunes filles se lavent dans la rivière et peignent leurs longs cheveux noirs. Quelques vieilles femmes, quenouille et rouet en main, filent du coton. Un peu plus loin, plusieurs femmes fabriquent des tissus sur des métiers à tisser. Sur la route, on croise un homme lourdement chargé de deux fagots de longues feuilles fines. Au village suivant, des petites filles et des femmes, assises par terre, lient ces feuilles à de longues tiges. Elles sont en train de fabriquer un toit en chaume. On remarque que de nombreux hommes portent des bébés ou les ont sur leurs genoux. On voit même des enfants porter leur petit frère ou petite sœur sur leur dos ! Les enfants sont d'ailleurs souvent mis à contribution pour porter, parfois de lourdes charges, comme des fagots de bois ou des paniers de racines.

Il n'y a qu'une route allant de Pakbeng à Oudomxai mais étonnamment peu de circulation. En une journée, on croise deux ou trois vieux bus, quelques camions et des motoculteurs attelés à des remorques. On se fait dépasser par une dizaine de scooters et de temps en temps on croise un vélo, un vieux clou brinquebalant ou, assez souvent, un vélo neuf à une vitesse avec un siège sur le porte-bagages. De nombreux enfants vont à l'école à deux sur ces vélos.

Oudomxai, première 'vraie ville' depuis Chiang Khong. On retrouve les maisons en ciment, à étages, les rues, de vrais magasins ... On trouve une guesthouse agréable et on laisse les vélos dehors pour alerter Trish et Dimitri. Une heure plus tard, ils sont déjà là. On s'en doutait un peu, ils ont dormi au village de Muang Houn. Ils ont fait la fête jusqu'à 4h de l'après-midi puis une femme est venue trouver Trish et lui a glissé : 'Je pense que vous devriez raccompagner votre mari à la guesthouse'. Ooooops ... Dimitri n'a pas fait deux tours de roue qu'il manque rentrer dans un scooter puis c'est à grand-peine qu'il évite un camion ! Arrivés à la guesthouse, Trish se retourne pour voir Dimitri étalé par terre, son appareil photo dans la main, le vélo sur lui,  mort de rire. Apparemment, à 18h, ils étaient au lit... On fait un tour au marché d'Oudomxai pour refaire un stock de bananes et de riz collant, rien de tel pour nous donner de l'énergie sur la route. Ici, ce n'est pas comme en Thaïlande, la nourriture ne se trouve pas facilement hors des gros villages. De temps en temps, on passe devant ce qui se rapproche le plus d'un magasin, une cahute au toit de paille qui vend des petits sachets de lessive, des minis paquets de chips et des bouteilles aux contenus improbables. Pour nous sustenter sur la route, on préfère faire nos courses avant de partir. La ville n'a rien de spécial mais on s'y sent bien, il y a de l'animation, pas beaucoup de touristes, chacun vaque à ses occupations sans nous crier 'Sabaidiii'.

Le lendemain, on commence la plus difficile journée depuis notre départ : 35 km de montée et 1300 m de dénivelé. Probablement que dans quelques mois, après les montagnes de Nouvelle Zélande et du Khirghistan, on en rira. Pour le moment, on en est encore à évaluer nos limites. On a appris en Ouzbékistan qu'on pouvait couvrir 150 km en une journée sur une route relativement vallonnée. Aujourd'hui, on va voir comment on se comporte lors de longues montées. Départ à 6h30, Dimitri nous salue sur le pas de la porte, on le supplie de ne pas partir trop tôt pour nous laisser un peu d'avance. Petit déjeuner à la station de bus : riz collant et sucre pour Sylvie et pheu (soupe aux nouilles) pour Ben. On attaque la première montée dès la sortie de la ville, 25 km de pente moyennement forte. La route tourne et serpente à flanc de montagne. On se méfie surtout des véhicules qui peuvent arriver en face. Ici, les chauffeurs n'hésitent pas à doubler dans un tournant, même sans visibilité. Un vélo ne fait pas trop le poids contre un camion lourdement chargé et il n'y a pas de bas-côté pour se rabattre. La route est, à certains endroits, en très mauvais état. On croirait qu'un troupeau d'éléphants l'a piétiné puis qu'on a réparé en jetant du sable et des cailloux. En montée ça nous ralentit mais dans les descentes c'est encore plus dangereux, on peut déraper si on va trop vite. La montée se fait finalement très bien, à environ 8km/h de moyenne. Quelques cyclistes thaïs nous rattrapent mais quelques km plus loin, on en voit un pousser son vélo et bientôt, on les double tous. Pourtant ils ont des vélos droits et seulement deux sacoches. On est fiers de nous ! Peu avant la fin de la montée, Dimitri nous rattrape. On a fait les 25km en 3h et il a mis 2h ... on s'incline devant la supériorité du vélo droit en montée (autre facteur important, Dimitri a 17 kg et nous entre 30 et 40 chacun). Pause bananes séchées et riz collant au col, le temps pour Trish d'arriver et on s'élance dans la descente. On remet nos polaires car il n'est que 10h du matin et il fait encore frais. Même si l'hiver est moins rude qu'en Europe, le soleil met du temps à percer la brume matinale. En descente, on double aisément les vélos droits. Nos vélos sont plus stables, on est plus chargés (un avantage en descente !), on ne risque pas de faire un soleil et les vélos couchés sont plus aérodynamiques. Une quinzaine de km plus loin, on attaque la deuxième montée. 10 km seulement, ça nous semble un jeu d'enfant. Une nouvelle descente d'une dizaine de km nous amène au village de Pakmong. Il n'est même pas 16h et on a couvert 82 km et monté 1300 m de dénivelé au total !

A Pakmong, on nous a recommandé la guesthouse à la sortie du village et on y retrouve quelques cyclistes. Les Thaïs qu'on a croisés sur la route et un Hollandais avec sa femme thaïe. Ils arrivent de Nong Khiao, un village à l'est de Pakmong. Très agréable nous disent-ils mais ça nous ferait faire 50 km aller-retour en plus. Il faut garder quelques routes pour la prochaine fois ! On est emballé par les paysages et les villages et on se promet déjà d'acheter des vélos droits une fois revenus et de repartir découvrir des régions montagneuses. On ne renie pas le vélo couché mais, dans les montagnes, c'est un peu frustrant. En attendant, on trouve que c'est un très bon vélo pour un tour du monde surtout quand on entend les autres cyclistes se plaindre de leur selle... On passe un après-midi très agréable à bavarder sur la terrasse. Sylvie et Dimitri ont pris leur douche en premier à l'eau froide. Un peu trop vite car Ben et Trish ont eu droit à un seau d'eau chaude. Dîner dans un petit restaurant, soupe de nouilles comme d'habitude. On se nourrit de riz sauté et soupe aux nouilles depuis un mois et demi et ce soir on a tous les quatre  une terrible fringale d''autre chose'. Quand on voyage longtemps, on mange la nourriture de base du pays pour des questions de budget et de facilité. Le manque de variété crée régulièrement des manques qu'on comble avec ce qui ressemble à des produits occidentaux. Trish et Sylvie craquent pour une boite de Choco-Pie mais c'est une imitation chinoise. Elles réalisent, trop tard, qu'il y avait écrit 'Choco-Bie' sur la boite. Les gâteaux sont presque immangeables, tant pis.

On quitte Pakmong tôt le lendemain, avec une heure d'avance sur Trish et Dimitri. La brume est au rendez-vous comme tous les matins. On retrouve plein de collègues sur la route. Tous les enfants semblent s'être donnés rendez-vous pour aller à l'école en vélo. Ils roulent en bandes de 5, 10 parfois 20 á trois ou quatre de front. Au début, on ne voit que des garçons entre 7 et 15 ans, bizarre, les filles ne vont pas à l'école ? Au bout de 4 km, on rattrape les filles. Elles roulent plus sagement, par deux, et bavardent. On imagine qu'elles sont parties plus tôt que les garçons. Beaucoup ont un petit garçon ou une petite fille sur le porte-bagages judicieusement équipé d'un gros coussin. Des garçons s'amusent à faire la course avec nous et, bien qu'ils n'aient qu'une dizaine d'années, ils tiennent le rythme. On ne verra pas l'école, à l'écart de la route principale, mais on se dit qu'elle doit au moins pouvoir accommoder mille écoliers vu tous ceux qu'on a croisé. Le ciel finit par se découvrir et on commence à avoir chaud. Le paysage n'a pas beaucoup changé, toujours des rizières dénudées, jaunies par le soleil. On déjeune dans une minuscule échoppe au bord de la route. Sans les bouteilles de piment et de sauce soja sur la table on pourrait croire que c'est privé. Encore une soupe aux nouilles mais on sait que ce soir, on trouvera des baguettes à Louang Prabang. On atteint notre Eldorado vers 4h de l'après-midi. Ça y est, on l'a fait ! On nous avait décrit cette étape comme montagneuse et difficile et finalement, on y est arrivé sans trop de difficultés. Le relief de la prochaine étape est, parait-il, encore plus tourmenté mais on est confiants. Trish et Dimitri sont arrivés un peu avant nous et ils nous attendent, assis sur le seuil d'un magasin, une bière à la main !

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