La douceur retrouvée

Publié le par Sylvie

Ayutthaya – Sukhothai … 10/11/08 – 14/11/08

 

On quitte Ayutthaya un lundi matin. Le lundi est le jour du roi, beaucoup de gens sont habillés en jaune pour montrer leur respect. La monarchie est omniprésente en Thaïlande et il est mal vu de la critiquer. Beaucoup de drapeaux flottent au vent sur les routes et dans les villes, toujours par deux : le drapeau bleu, blanc et rouge de la Thaïlande et le drapeau jaune du roi. Le roi et la famille royale se rappellent au bon souvenir de leurs sujets en photo sur des affiches géantes dans la rue. Même au cinéma on n’y coupe pas, le film est précédé de l’hymne national pour lequel tout le monde se lève !

Notre prochaine étape est Lop Buri, la ville des singes. Ils ont effectivement envahi certains quartiers de la ville, un peu comme les pigeons à Paris. Mais quand on voit leur agressivité et les dégâts qu’ils peuvent causer, on se demande si les pigeons ne sont pas un moindre mal. Toutes les fenêtres et balcons sont grillagés pour empêcher les singes de pénétrer dans les maisons. On en prend un la main dans le coffre, c’est le cas de le dire ! Ce petit malin est en train de vider consciencieusement le coffre d’un pick-up arrêté à un feu rouge : paquet de lessive, ça ne se mange pas, hop, par terre, bouteille d’huile, pas bon non plus, par terre … on finit par avertir le conducteur qui ne s’en était pas rendu compte …

Grâce à deux jeunes filles thaï (missionnaires, Dimitri est déçu), on trouve un magasin de vélo. On a tous quelques réparations à faire : Dimitri a cassé deux rayons, le dérailleur de Sylvie ne fonctionne pas très bien. On repart deux heures plus tard avec des vélos comme neufs … ou presque ! Ben nous embarque ensuite dans un tour des temples et palais de la ville. Un palais a été construit dans le style Khmer et le style colonial, drôle de mélange des genres. Un des temples en ruine est complètement pris d’assaut par les singes. Un groupe a d’ailleurs bien du mal à écouter les explications de leur guide, les singes sautent sur les épaules des gens, leur cherchent des poux dans les cheveux … Les jeunes singes se poursuivent, sautent sur le toit du guichet, se balancent aux gouttières. On reconnaît les singes plus âgés à leur ventre arrondi et leur démarche arrogante … non, c’est sûr, on préfère ne pas avoir affaire à eux !

Le soir, on dîne dehors. Une multitude de petites échoppes se sont installées le long de la voie ferrée : un petit chariot avec tous les ingrédients, un fourneau portatif au charbon et des tables et des tabourets. Il fait bon vivre dehors ! On trouve de tout : soupes diverses et variées, pat thaï (nouilles sautées au wok), riz frit aux légumes, brochettes de viande, poulet grillé, poisson au gril … on a vraiment l’embarras du choix. On se décide pour un pat thaï, enfin deux chacun. C’est toujours le même scénario quand on commande une deuxième assiette, la cuisinière pense qu’on veut payer ! On doit faire preuve d’imagination et mimer de plusieurs façons afin qu’elle comprenne qu’on a encore faim. Les Thaï ont un appétit d’oiseau ! A moins que ce ne soit nous qui mangions comme des ogres.

Le lendemain, on continue notre route vers le nord. On ne croisera plus de sites touristiques avant Sukhothai, ce n’est pas sûr qu’on trouve des hôtels. On serait bien tenté par le camping. Mais beaucoup de terres sont comme de grands miroirs argentés dans lesquels se reflètent le ciel et les arbres. Il faudra un certain temps avant que les champs ne s’assèchent. On croise aussi beaucoup de serpents écrasés sur le bord de la route, des verts fluos, des marrons, des ‘juste morts’ et des tout desséchés. On en voit même un d’environ un mètre cinquante genre python … gloups ! On n’est finalement pas tellement emballé à l’idée de planter notre tente dans un marais envahi de serpents … Il y a aussi les varans. Dimitri en a vu un s’enfuir dans la forêt, de la longueur de son vélo. On en aperçoit beaucoup de plus petits. Quand on roule à vélo, on entend souvent des bruissements dans les herbes, il y a toute une vie parallèle dont on a à peine idée !

On tombe en pleine moisson du riz. Certains champs sont encore verts, d’autres sont en train d’être moissonnés, d’autres encore ont un aspect désolé, boueux et vides. Le riz est mis à sécher sur le bord des routes, dans les cours des maisons et les gens le ratissent pour l’aérer et le faire sécher. C’est exactement la même technique qu’on avait observée en Chine. On croise de drôles de véhicules sur la route, des motoculteurs, sorte de moteur de tracteur avec un attelage très long derrière attaché à une remorque. Les Thaïs utilisent les motoculteurs comme engin à tout faire aux champs et ensuite pour rentrer chez eux.

A midi, on s’arrête dans un petit restaurant sur le bord de la route. Ça tient en fait de la paillote et du hangar, ouvert à tous vents, une petite cuisine improvisée et des tables et des bancs. Il n’y a rien aux alentours, on se demande parfois s’ils ne montent pas ces petits restos juste pour nourrir leur famille et les gens qui habitent dans le coin. En tout cas, on dévore deux délicieuses assiettes de riz sauté aux légumes et au poulet.

Les gens sont toujours surpris de nous voir mais ils sont très respectueux et gardent leurs distances. On apprécie après l’exubérance de l’Asie Centrale. Sur la route et dans les villages, les gens nous saluent de la main avec un grand sourire. Parfois ils nous hèlent, crient ‘helloooooo’ sur le ton traînant propre aux Thaïs ou ‘welcome’. C’est fait avec tellement de gentillesse que jamais on ne se sent ‘agressé’ et on répond pratiquement à tous ceux qui nous saluent. Jusqu’à présent, les chauffeurs avaient la fâcheuse habitude de klaxonner ce qui nous mettaient sur les nerfs. Et les salutations allaient parfois jusqu’au hurlement ce qui nous donnait très peu envie de nous arrêter. Vive la Thaïlande, le pays du sourire et du calme …

Quelques km avant Tak Fa, notre étape du jour, on tombe sur une aire de repos. On avait oublié que ça existait … Les gardiens sont super sympas et nous prêtent une petite chambre qui doit leur servir pour la sieste. Le lit est assez large pour y dormir à trois et il y a douches et toilettes à l’extérieur … voilà trois cyclistes heureux ! On dîne à l’hôtel en face. La dame est un peu perturbée de nous voir à pied et sans bagages : ‘Mais où dormez-vous ?’ ‘Euh, on a planté la tente quelque part par là’ lui répond-on vaguement. On ne voudrait pas que les gardiens aient des ennuis.

On repart le lendemain bien reposés. On regrette l’intimité de notre tente mais c’est tellement agréable de se débarrasser de notre film poisseux de sueur et de poussière le soir sous la douche. On s’arrête à Tak Fa, il nous faut du lait pour nos céréales. On prend notre petit déjeuner sur une table près d’un petit magasin tandis que des femmes préparent des bouquets de fleurs pour la fête de ce soir. A la pleine lune de novembre qui coïncide  généralement avec  la fin de la saison des pluies, les Thaïlandais remercient Mae Konkha, la déesse des eaux, de sa générosité pendant la mousson. Le soir, ils déposent sur les rivières, les lacs, les étangs et sur la mer, des "krathongs". Ces embarcations fabriquées en feuille de bananier portent des fleurs, une bougie et trois bâtons d'encens et surtout l'espoir que le voeux souhaité sera exaucé. Les Thaïs lancent également dans le ciel des grands ballons illuminés qui deviennent autant de nouvelles étoiles. On est partagé entre passer une journée tranquille avec eux et repartir … finalement, l’appel de la route l’emporte. Mais d’abord tout le monde tient à se faire photographier avec nous !

On emprunte des routes secondaires paisibles bordées de végétation luxuriante : palmiers, cocotiers, canne à sucre, hautes herbes, arbres géants inconnus … Ce jardin d’Eden doit regorger d’insectes et de drôles de bêtes. L’après-midi, on fait une pause près d’un magasin – paillote. On rencontre Pong qui parle anglais couramment, plutôt surprenant dans un si petit village. En fait, il a voyagé à l’étranger, en Inde notamment où il a rencontré des Anglais … qui travaillent maintenant comme profs d’anglais à la ville à côté ! Il nous donne leurs numéros de téléphone pour ce soir, chouette ! A la ville suivante, on passe devant un Tesco Lotus (Tesco asiatique), impossible de résister ! Finalement, on se contente de craquer pour des flocons d’avoine et des Chocapic, pour le reste c’est moins cher sur les marchés. Un peu plus loin, une grande fille blonde, minirobe fuschia,  lunettes de soleil Dolce and Gabanna sur un scooter rose bonbon nous aborde. Ah, ça doit être une des Anglaises ! Elle va voir un ami mais on peut l’appeler pour la voir ce soir … euh, finalement, non, ça ira ! Bang Mun Nak, comme toutes les villes et villages de Thaïlande ce soir, est envahie par les cortèges. Des enfants et des adolescents maquillés et costumés défilent en grande pompe dans les rues, escortés par des orchestres plus ou moins improvisés. L’ambiance est à la fête. Les Thaïs sont naturellement gais et souriants, faire la fête leur va bien !

Le lendemain, on reprend notre route vers le nord. Pause déjeuner à Phichit, aucun de nous trois ne semble pressé de repartir. Décidément, nous nous laissons gagner par la douceur de vivre, on sera bientôt apathiques ! Depuis que nous avons changé d’itinéraire, nous avons la sensation d’être en vacances. On vous entend déjà protester ‘Mais vous êtes tout le temps en vacances !’ Oui bien sûr … Mais avoir changé de plans nous libère de cet itinéraire planifié au départ et ravive notre sentiment de liberté. Pour la première fois, nous avons interrompu notre course vers l’est. Le soleil n’est plus devant nous le matin mais sur notre droite. Pour la première fois, nous allons revenir sur nos pas. A deux reprises. Notre première escapade nous fait faire une boucle, de Bangkok au nord de la Thaïlande, à Vientiane puis retour à Bangkok. Ensuite, nous volons sur la Nouvelle Zélande et l’Australie avant de revenir une deuxième fois a Bangkok. Ensuite, retour aux choses sérieuses avec le Khirghistan … vous voyez qu’on est en vacances ! Pour 6 mois eh oui …

Le soir, nous nous arrêtons à Phitsanulok, une petite ville provinciale plutôt animée. Toutes ces petites villes que nous traversons marquent une rupture bienvenue avec les sites plus touristiques comme Ayutthaya et Sukhothai. On y trouve les mêmes commodités sans la foule de touristes. On refait notre plein de lait et de céréales au 7 Eleven, un supermarché ouvert 24/24 avant d’aller dîner au marché. Un des employés de la guesthouse nous y accompagne gentiment et nous commande trois pad thaïs ! Nous finissons la soirée en flânant au marché de nuit. On serait bien en peine d’utiliser la plupart des babioles qui sont sur les présentoirs mais c’est amusant. Et on trouve enfin deux petites grenouilles, nos mascottes ! Dimitri engage la conversation avec une Française :

‘- Alors, c’était sympa ce tour de cyclo-pousse ?

- Oui, vous auriez dû venir !

- Oh non, je voyage à vélo, le soir je préfère marcher !

- Vous voyagez à vélo … et vous êtes parti de Marseille aussi ?’

Dimitri, vexé, nous rejoint : ‘Elle ne me croit pas !’. On lui montre nos sandales de vélo et notre bronzage mais elle ne semble pas convaincue. Ça alors !

 

Sukhothai … 14/11/08 – 16/11/08

Le lendemain, on atteint Sukhothai vers midi. Avant même de chercher une guesthouse, on se pose pour déjeuner. L’avantage de partir tôt, c’est qu’on évite la chaleur qui commence à monter vers 11h, on roule mieux et quand on arrive, on peut profiter de l’après-midi ! On savoure donc notre riz sauté aux légumes et notre smoothie aux fruits avant de nous mettre en chasse pour la guesthouse de rêve … et on la trouve ! Un petit bungalow en bois perdu au fond d’un jardin. Nous sommes réveillés le matin par le gazouillis des oiseaux. Petit déjeuner sur la terrasse avant de passer une bonne partie de la journée á paresser … on sort pour aller chercher des bières, des jus de fruits et des chips au 7 Eleven, pas de bonne journée sans apéro ! Un après-midi, on bouquine sur la terrasse quand on entend un bruissement de feuilles et un ‘thomp !’ sur le sol. Un grand serpent ondule sur le sentier, se redresse, tourne la tête comme le périscope d’un sous-marin et fond sur sa proie. Quelques secondes plus tard, on aperçoit les pattes arrières d’une grenouille qui gigote dans sa gueule … les frogs l’ont échappé belle !

On va quand même faire un petit tour au parc historique de Sukhothai. Tous les temples sont dispersés dans un parc verdoyant, c’est beaucoup plus agréable qu’à Ayutthaya où les temples ont été construits un peu partout dans et à l’extérieur de la ville. On passe l’après-midi à pédaler d’un temple à l’autre. Le soir, on dîne à la guesthouse, le green curry et le massamoun curry (curry jaune) sont tellement bons, pourquoi aller ailleurs ? On termine la soirée sur quelques parties de Jenga (il faut enlever des briques sans que la tour ne s’écroule) avec la fille des propriétaires.

Nos souvenirs d’il y a trois ans se superposent à ceux que nous construisons en ce moment même. C’est maintenant, dans un pays que nous avons déjà visité mais différemment, que nous comprenons ce qui sépare un voyage à vélo d’un voyage en bus ou en train. Nous passons beaucoup plus de temps sur la route que dans les villes et tout ce que nous vivons, les montées sous le soleil, les déjeuners sur le bord de la route, les moissonneurs dans les rizières, les pointes de vitesse sur le plat, les paysages verdoyants, les gens qu’on rencontrent, ceux qui nous saluent du bord de la route … tous ces souvenirs prennent finalement beaucoup plus de place que tout ce qu’on vit quand on s’arrête quelques jours dans une ville. Découvrir un pays, c’est bien plus que visiter des villes et voir le paysage défiler par la fenêtre d’un bus. On sait que tout le monde n’a pas le temps de voyager à vélo mais si vous en avez l’occasion, même pour un jour ou deux, ça vaut vraiment le coup !

Publié dans Thaïlande

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