Retour en Thaïlande

Publié le par Sylvie

Bangkok … 29/10/08 – 07/11/08

19h30 … l’avion atterrit après 5 h de vol et un petit passage au-dessus des pics enneigés de l’Himalaya.

Nous avons déjà voyagé un mois en Thaïlande il y a 3 ans et, depuis deux semaines, nous jouons à ‘quand on sera en Thaïlande, on … boira un café glacé, mangera du riz gluant à la noix de coco etc. etc.’. Tout ceux qui ont préparé un voyage le savent, la moitié du plaisir est dans l’anticipation !

Bien que sachant ce qui nous attend, on a quand même un choc à l’atterrissage. L’aéroport est climatisé, propre, lumineux. Des tapis roulants transportent les passagers à toute vitesse vers la sortie ou les zones de transfert. Un tampon dans le passeport et ça y est, nous sommes les bienvenus en Thaïlande ! Des hôtesses de l’air passent à côté de nous comme un vol d’oiseaux gracieux … c’est ça aussi la Thaïlande. On se sent soudain patauds et maladroits dans nos grands corps pâles.

Les bagages arrivent rapidement, on peut maintenant aller récupérer nos vélos au guichet ‘bagages grandes tailles’. On voit passer une planche de surf, une poussette et quelques objets aux formes bizarres mais pas de vélos … Des films commencent à passer dans nos têtes. On n’a peut-être pas assez donné aux porteurs à Tachkent, ou bien ils n’ont pas eu le temps de les mettre dans l’avion ou encore … heureusement, une hôtesse nous indique en souriant un deuxième guichet, aussi pour les objets de grande taille. Soulagement, nos bébés sont là !

Il est trop tard pour rouler ce soir donc on passera la nuit dans l’aéroport. Pour commencer, on renoue avec bonheur avec la cuisine thaï : soupe de riz au poulet et riz sauté aux légumes et au poulet. Ben hésite devant les cafés frappés mais finalement, on va attendre des prix plus raisonnables ! On passe ensuite quatre heures à déballer et surtout remonter les vélos … du siège jusqu'à la sonnette, on essaie de remettre chaque pièce du puzzle à la bonne place. Vers trois heures du matin, on s’écroule sur les bancs en fer pour un court repos. A cinq heures, l’aéroport s’anime déjà, les femmes de ménage polissent le sol et les premiers passagers arrivent. On finit par se lever à sept heures, on sent qu’on gêne, des gens sont assis sur une fesse au bout de nos bancs. Allez, debout les clochards !

Le temps du petit déjeuner et d’une flânerie à la boutique de livres (Sylvie prétexte qu’elle cherche un guide pour la Thaïlande mais Ben n’est pas dupe !), on rencontre deux cyclistes. Le premier est Australien, en vacances pour 3 semaines, et il nous indique quelques bons plans. Le second est Allemand et habite Lampang, une centaine de km au sud de Chiang Mai. Il est fou de vélo et a même construit des vélos couchés ! Il nous invite à passer chez lui. Nous voilà avec un contact avant même d’être sortis de l’aéroport !

On roule tranquillement le long des avenues de Bangkok afin de rejoindre le centre où habitent Yannick et Stéphanie. Les rues bourdonnent  d’animation, on se sent tout étourdi après les villes plutôt calmes d’Ouzbékistan. Des petits marchands se tiennent derrière leur stand sur le trottoir, tous les 10 m. De délicieuses odeurs en émanent : soupe aux nouilles, riz et légumes sauté au wok, salades de toutes sortes et plein d’autres mets qu’on ne saurait même pas identifier. Sylvie grille d’envie de s’arrêter pour goûter ! Des motos et des scooters nous dépassent en vrombissant. C’est probablement le plus grand danger de la circulation ici, une fois qu’on s’est habitué à rouler à gauche. Les scooters arrivent à folle allure derrière nous, ce qu’on oublie souvent quand on déboîte pour éviter une voiture garée sur le côté … On est frappé par la multitude de gens dans les rues. Les quelques étrangers qu’on croise semblent d’ailleurs noyés dans une mer de Thaïs.

On arrive finalement chez Yannick et Stéphanie, dans le quartier des expats. Une forêt de tours qui fait passer les vendeurs de rue pour de petites fourmis. Ils ont un superbe appartement au 21e étage d’une des tours. Sylvie et Yannick étaient dans la même école d’ingénieur à Strasbourg et ils ont tous les deux fait leur dernière année au Québec où ils ont rencontré Ben … On n’a pas revu Yannick et Stéphanie depuis 10 ans mais ils n’ont pas changé. La famille s’est agrandie de deux petites filles, Leeloo et Keira. C’est marrant de retrouver des étudiants jeunes parents !!

Grâce à eux, nous passons une semaine vraiment relaxante. Quand on reste à l’hôtel, on ne se sent jamais vraiment chez soi et on court toujours à droite à gauche pour l’internet, manger, laver son linge … Ici, on peut tout faire sans bouger et pendant que le lave-linge tourne, on peut regarder un film ! On avait oublié comme c’est agréable d’avoir un chez soi … Merci Yannick et Stéphanie ! Comme on a déjà visité Bangkok et une partie de la Thaïlande il y a trois ans, on ne se sent pas sous pression pour visiter. On en profite pour remettre le site à jour, acheter un petit ordinateur portable de marque Acer (pour le site !), trouver cartes et guides, peaufiner l’itinéraire … et ne rien faire ! On avait raté un petit plaisir la dernière fois, le cinéma VIP : sièges en cuir, larges comme les fauteuils première classe d’un avion avec le coussin qui se relève pour les jambes. Un serveur vient prendre nos commandes, gigantesque pot de pop-corn et boissons, et c’est parti pour le dernier James Bond. On est tous les quatre d’accord, le film n’est pas terrible mais les sièges … !

C’est la fin de la mousson. La chaleur est suffocante, l’air chargé d’humidité, les premiers jours on se sent fatigué ce qui est un peu normal après les températures fraîches d’Ouzbékistan. On porte constamment un film de transpiration sur la peau, qu’est-ce que ça va donner quand on pédalera ? On est témoins de quelques violents orages : vent, éclairs, tonnerre qui résonne entre les tours, tous les ingrédients y sont. On est à l’abri mais, encore une fois, quand on sera sur la route ?

Le jour du départ, qui voilà ? Dimitri, fraîchement débarqué d’Inde ! On l’avait laissé à Yazd en Iran avec Bruno. Ils sont descendus sur Bandar Abbas puis Dubai avant de voler sur Delhi. Là, Dimitri a laissé son vélo pour endosser le rôle du ‘backpacker’. En d’autres termes, pour les fiers cyclistes que nous sommes devenus, le voyageur de base qui saute de ville en ville :o) C’est sûr que sans notre vélo, on perd une bonne partie de notre spécificité et on se sent tristement ‘normal’. Il a atterri à 5 h du matin mais se sent d’attaque pour partir avec nous sur Ayutthaya.

  

Bangkok – Ayutthaya … 07/10/08 – 10/10/08

Sortir de Bangkok s’avère moins compliqué que ce qu’on pensait. On enfile quelques grandes avenues puis, tout d’un coup, on se retrouve en pleine campagne. Maisons en bois sur pilotis d’un côté de la route, potagers et champs cultivés de l’autre côté. Enfin on retrouve la campagne. Depuis la Turquie, on a surtout traversé des paysages désertiques, jaunis, grillés par le soleil. Ici, c’est une explosion de verts de toutes les nuances qui nous accueille. Le vert tendre des rizières prêtes à être moissonnées, le vert foncé des bananiers, les hautes herbes sur le bord de la route, les arbres de toutes espèces … Il fait chaud mais cette palette de verts nous apporte une bouffée d’air frais.

Dimitri entame une échappée mais on le rattrape au bout de quelques km. Un policier l’a arrêté sur le bord de la route, qu’a-t-il bien pu faire ? Mais le policier, hilare, regarde Dimitri faire une signature. Il veut juste un autographe ! On est ravis de signer sur son carnet, pour un peu on se prendrait pour des champions cyclistes.

Vers 15 h, les nuages s’amassent devant nous, gros flocons de coton gris menaçants. Un petit crachin commence à tomber. Heureusement, Ben et Dimitri avisent une station service. ‘Petits joueurs !’ leur lance Sylvie. Quelques minutes après, le ciel leur donne raison. Des torrents d’eau se déversent et, en quelques minutes, l’endroit où on a abrité les vélos est inondé. On est même obligé d’enlever les sacoches basses de Sylvie sinon son vélo va se mettre à flotter ! Ben et Dimitri en profitent pour boire des Fanta glacés et Sylvie pour goûter un dessert bizarre fait de nouilles vertes et d’une gelée brune. Les autres prennent un air dégoûté mais elle apprécie l’expérience insolite! On continue à échanger sur nos voyages depuis qu’on s’est quittés quand on entend un fracas terrifiant et on voit une étincelle jaillir d’un poteau électrique à quelques mètres. La foudre n’est pas tombée loin !

On arrive en début de soirée à Ayutthaya. Ben pense pouvoir se repérer de mémoire mais la ville est trop grosse et toutes les rues se ressemblent. Il se souvient quand même que le quartier des guesthouses est a cote d’un KFC et c’est comme ça qu’on finit dans la même guesthouse qu’il y a 3 ans. Une grande maison en bois sur deux étages. On doit monter toutes nos sacoches mais le jeu en vaut la chandelle, on a un grand dortoir rien que pour nous trois ! C’est toujours avec un petit choc qu’on retrouve les endroits touristiques. On a passé la journée à pédaler entre rizières et maisons sur pilotis et, d’un coup, on se retrouve projetés dans les paradis artificiels des backpackers. Des garçons  et des filles déambulent en short ou en minijupe et sandales au milieu des bars et des restaurants illuminés. On est loin de la vie rurale dont on a été témoins aujourd’hui. Dans un sens, on est heureux de se retrouver au milieu de nos ‘semblables’ mais on sait que la plupart de ces vacanciers ne sont venus que pour quelques semaines et qu’ils ne voyagent pas forcément dans le même esprit que nous (surtout quand on vient en Thaïlande). Le fait de voyager à vélo conduit à nous isoler malgré nous du reste des voyageurs. Les préoccupations, les routes, les moyens de transport ne sont pas les mêmes. Le voyage à vélo nous apporte beaucoup de joies, on a notamment le privilège de traverser des villes et des campagnes qui n’ont pas été affecté  par le tourisme. Mais on aimerait bien de temps en temps pouvoir rencontrer plus de gens, se sentir moins isolés.

On a déjà visité le site d’Ayutthaya il y a trois ans mais on prend plaisir à pédaler au milieu des temples et revoir ceux qui nous avaient plu, notamment l’alignement majestueux des Bouddhas habillés d’écharpes jaune orangées. A part visiter, on passe beaucoup de temps à flâner, lire, écrire … la Thaïlande est la douceur de vivre symbolisée. Ben et Dimitri ont d’ailleurs décrété qu’ils pourraient passer leurs journées à boire des cafés frappés et bavarder … Au bout de deux jours on se secoue, il est temps de repartir sinon ce fantasme risque fort de devenir réalité.

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