Records battus!

Publié le par Sylvie


Samarcande - Tachkent ... 21/10/08 - 23/10/08

 

Nous passons la matinée à essayer de contacter l´agence pour les billets d´avion. On est assez énervés, voilà 7 jours qu´on leur demande d´acheter deux billets d´avion et ce n´est toujours pas fait. Ils ne nous tiennent pas au courant, pas un email ni un coup de fil. On aurait mieux fait de les acheter nous-même au bureau d´Uzbekistan Airways. A 14h30, Ben finit par les avoir au téléphone, ils ont les billets. Il est tard mais on décide de partir quand même. Le paysage à la sortie de Samarcande diffère des plaines cultivées auxquelles nous sommes habitues depuis la frontière. Une steppe jaunie par le soleil s’étend à perte de vue. Cette région avait d’ailleurs été surnommée ‘la steppe de la faim’ par les Russes, à juste titre semble-t-il. La route surfe sur des collines, de vraies montagnes russes. On roule pendant 50 km quand on aperçoit une chaïkanna de l´autre côté de la route et un trou dans la glissière, c´est un signe! On commande deux laghmans, soupe de nouilles aux légumes et à la viande dans un bouillon. Le serveur nous amène deux bols énormes surmontés d´une pile de légumes, ah! Il est très sympa, il ne devrait pas y avoir de problèmes pour planter la tente derrière. Mais le patron nous oppose un refus catégorique. D´après ce qu´on comprend, il y a des voleurs, c´est trop dangereux de camper par ici. Donc il nous jette sur la route à la nuit tombée, logique. Qu´on aille se faire dépouiller ailleurs en somme...

Ben est furieux, il fait presque nuit, c´est dangereux de rouler et surtout où va-t-on dormir? La steppe s´étend à perte de vue, ce ne sont pas les quelques arbres rabougris au bord de la route qui vont nous cacher. On décide de revenir en arrière de 2 km et demander l´hospitalité au dernier village qu´on a passé. L´endroit est désert, pas une lumière, et les portes des cours sont fermées. Il ne ressemble pas aux villages de maisons blanches qu´on a passé jusqu´ici. Les maisons sont des cubes de terre, le niveau de vie ne doit pas être le même. L´accueil non plus. La première famille à qui Ben s´adresse ne comprend pas. Par contre, ils sont fascinés par les vélos. Nous voilà plantés dans le noir pendant qu´un couple ouzbek tourne autour de nos vélos. On croit devenir fous! Heureusement, la femme finit par nous conduire à la maison voisine. Le chef de famille, un vieux monsieur, comprend tout de suite: "Pas de problème, vous pouvez dormir à l´intérieur, rentrez les vélos dans cette pièce". Ouf! Il vit ici avec sa femme et deux de ses fils. Ils parlent un peu russe, ici les jeunes partent travailler deux ans en Russie, à Moscou ou St Pétersbourg. De retour au village, ils achètent une maison et un mini van et font taxi. Un des fils travaillait dans un entrepôt de fruits et légumes près du port.

Le père parle aussi russe mais pas pour les mêmes raisons. Il a fait son service dans l’armée russe. L’Ouzbékistan n’est en fait indépendant que depuis 1991 tout comme le Khirghistan. L’Asie Centrale était pendant très longtemps divisée en khanats : il y avait le khan de Boukhara, le khan de Khiva, tout autant de petits royaumes qui se disputaient les terres.

Puis, au XIXe siècle, les colons russes sont arrivés, ils ont développé la culture du coton et se sont installés. Peu à peu, les Russes ont grignoté du terrain jusqu'à dominer complètement l’Asie Centrale. Ils ont ensuite sauvagement découpé en ‘pays’ ce qui n’était auparavant qu’un immense territoire peuplé de tribus nomades. Chaque pays s’est vu attribuer une langue, une culture, une histoire, montée de toutes pièces. Résultat, certaines villes de l’Ouzbékistan comme Boukhara sont tadjikophones, il y a des poches de territoire ouzbek au Khirghistan et les frontières ont été découpées de façon à empêcher une circulation aisée. Une autoroute relie Samarcande à Tachkent mais personne ne peut l’emprunter car elle traverse le Kazakhstan sur 50 km. Il faut prendre une route qui fait un détour de 100 km ! ‘Diviser pour régner’, les Russes savent comment la politique fonctionne …

Le lendemain, nous repartons tôt après un petit déjeuner de pain et de thé. Un peu léger à notre goût, nous nous arrêtons quelques km plus loin et mangeons notre muesli au lait en poudre sur le bord de la route. Avantage de partir tôt, il n’y a pas grand monde sur la route, c’est le seul arrêt que nous ferons sans être entouré de curieux. La route continue à monter et descendre. D’habitude on se motive dans la montée en pensant à la belle descente ou, peut-être, on va pouvoir battre notre record de vitesse. Dangereuse pensée ! La route est en mauvais état, des trous, des bosses, des raccords irréguliers … Concentrée sur une descente particulièrement raide, Sylvie lève la tête pour voir Ben ballotter dangereusement. Le vélo oblique à droite, la remorque fait des bonds de kangourou et se met en oblique, à environ 60 km/h. Sylvie est partagée entre le regret de ne pas pouvoir filmer cette scène d’action et la crainte de ramasser son aventurier à la petite cuiller ! Heureusement, l’aventurier est suffisamment musclé pour serrer fort sur les freins et calmer son équipage déchaîné. D’autant plus qu’un camion s’annonce derrière à grand renfort de coups de klaxon ! Bon, on va peut-être attendre pour battre les records de vitesse …

Le paysage désertique continue mais on est rarement seul en Ouzbékistan. Ici, ce sont les stands de miel qui attirent nos regards. Sur le bord de la route, des gens vendent du miel dans des récipients de toutes sortes et de toutes tailles : pots vides de nescafé, bouteilles en verre … le choix est vaste ! Quand on atteint les villages, ce sont généralement des arcs-en-ciel de pommes rouges et jaunes et des pastèques vertes à n’en plus finir. On se demande d’ailleurs pourquoi les vendeurs se rassemblent tous au même endroit, ils doivent diminuer leurs chances de vendre ?

Vers 13h, on s’arrête pour déjeuner. 80 km, belle performance ! Le patron du restaurant nous apporte deux beaux laghmans et nous indique qu’il y a un motel à Khawas à environ 60 km de là. On échange un regard, allez, ce serait l’occasion de battre notre record de Bulgarie (134 km) ! On accélère le rythme et on atteint Khawas vers 17h30, juste avant la tombée de la nuit. Mais là, grosse déception, le patron d’un restaurant nous informe que le motel tant espéré est à 30 km, flûte ! Devant nos mines déconfites, il propose de nous héberger dans son restaurant. Shavkat nous indique une petite pièce à part où nous rentrons vélos et bagages. Il nous installe à une table basse entourée de coussins et demande à son fils d’apporter thé et biscuits. Puis : ‘Vous voulez manger ?’. Le genre de question qu’il ne faut pas nous poser deux fois ! Pour plus de simplicité, il nous emmène dans la cuisine choisir les plats. Nous restons émerveillés devant le fourneau : un grand cylindre supporte huit vasques, au centre, un grand tuyau distribue le gaz sous chaque vasque. Un des ces grand bols contient de la soupe, un autre du plov, un autre encore de l’eau pour chauffer les assiettes … quel système ingénieux ! En attendant le plov, il fait apporter des salades, tomates, concombres, chou mariné au vinaigre, de la bière et bavarde avec nous. Il reste ébahi devant notre record (142 km) et insiste pour qu’on vienne dormir chez lui. On est un peu inquiets de laisser les vélos mais il demande à son fils de dormir dans le restaurant pour nous rassurer ! Une énorme assiette de plov arrive, c’est le meilleur qu’on ait jamais goûté. Heureusement Shavkat et un de ses employés dînent avec nous, sinon c’était l’indigestion assurée ! Il nous explique qu’en plus de ce restaurant, il possède une épicerie tenue par sa femme et une entreprise de construction qui emploie 4 ou 5 personnes. C’est avec un de ses maçons que nous dînons. Cet homme habite au Tadjikistan et passe la frontière tous les jours pour venir travailler en Ouzbékistan. Notre hôte est d’ailleurs Tadjik lui aussi. Pour plaisanter, ils suggèrent une petite escapade, ‘Venez voir ma maison’ dit le maçon en riant ! Merci, on ne préfère pas se frotter aux autorités … On reste touchés devant ces hommes si accueillants. S’il n’y avait pas eu le problème de la frontière, on pouvait prendre l’invitation au sérieux. Nous sommes d’ailleurs reçus royalement chez Shavkat. Sa mère nous a préparé deux lits dans une des pièces de sa grande maison et le lendemain, il se lève aux aurores pour nous ramener au restaurant. Nous reprenons la route après un solide petit déjeuner d’œufs au plat, charcuterie, pain, biscuits et thé. Si seulement, les Européens étaient aussi accueillants que les peuples d’Asie Centrale ! On réalise que c’est aussi le fait de voyager à vélo qui crée ces rencontres. Les étrangers qui voyagent en bus ne voient que les grandes villes où les gens sont blasés par les touristes.

 

Tachkent ... 23/10/08 - 29/10/08

 

Seulement 150 km nous séparent de Tachkent. Enthousiasmés par notre succès de la veille, on décide de donner un coup de collier et dormir à Tachkent le soir même. Pari tenu, on arrive à Tachkent en fin de journée. Nous avons battu deux records en deux jours : 142 km puis 148 km ! Voilà de quoi nous donner confiance pour la suite du voyage …

L’entrée en ville s’éternise et il fait nuit quand enfin on arrive à la guesthouse. Surprise, on retrouve Stéphane! On comptait passer 2 nuits mais on s’énerve avec le propriétaire au sujet du prix de la chambre. On appelle donc Igor, un cycliste russe qui avait eu notre email par l’intermédiaire de Corinne et Loïc (les vélos couchistes rencontrés en Iran). On avait aussi entendu parler d’Igor par Kerem, un cycliste turc rencontré à Dogubeyazit, en Turquie. On s’attendait à voir arriver un homme d’âge mûr mais c’est un jeune garçon de 18 ans aux joues rouges, équipé cycliste de pied en cap qui arrive sur un vélo de course ! Passé le premier instant de surprise, on sympathise facilement. Il parle anglais parfaitement et adore recevoir des étrangers. Obtenir un visa pour un pays européen ou les Etats-Unis est le rêve de bien des gens mais c’est très difficile. Les procédures d’obtentions de visa se sont d’ailleurs resserrées il y a quelques années. Pour compenser, ils vont vers les étrangers.

Igor vit avec sa mère, Violetta, dans un appartement au nord de Tachkent. On y passe 5 jours, occupés principalement à préparer le vol pour Bangkok. Tout prend du temps ici. Retirer de l’argent est une opération toute simple en Europe, ici il nous faut quatre heures : dans la première banque, la ligne de téléphone ne fonctionne pas, la deuxième banque est plongée dans le noir, la troisième est la bonne mais ils nous prennent 4% au lieu de 3.5% ! Entre chaque banque, on doit bien sûr prendre un taxi ou un bus … rien n’est simple !

Autre opération rocambolesque, l’enregistrement. En théorie, chaque étranger doit s’enregistrer chaque soir. En pratique, pour un cycliste, il y a forcément des trous, des soirs où on ne peut pas s’enregistrer. On passe deux jours à courir la ville, hésiter entre payer des nuits d’hôtel ou s’enregistrer à l’OVIR (Office d’enregistrement des visas). Finalement, l’OVIR ne semble pas une très bonne idée, Igor et sa mère pourraient avoir des ennuis. On paye donc deux nuits d’hôtel. Il nous reste quelques jours sans enregistrement donc Igor nous montre un circuit dans les montagnes à coté de Tachkent qu’on aurait pu faire à vélo. Une histoire qu’on racontera aux douaniers s’ils nous embêtent.

La situation d’Igor est d’ailleurs assez particulière. En arrivant en Ouzbékistan, on pensait naïvement que le pays était peuplé d’Ouzbeks (logique!). En fait, c’est beaucoup plus compliqué. La population est composée d’Ouzbeks, de Khirghizes, de Tadjiks, de Kazakhs … toutes les tribus qui, de tout temps, se mêlaient sur ce territoire. Des frontières ont été tracées mais les gens sont restés. En plus de ce mélange, il faut ajouter les Russes, arrivés au XIXe siècle comme colons. Eux aussi sont restés et ils ont un passeport ouzbek mais dans lequel, à la rubrique nationalité, il y a écrit ‘Russe’. Renversant ! Igor nous explique qu’ici tout est plus difficile pour les Russes. Ouvrir une guesthouse est plus difficile pour les Russes par exemple, parce qu’ils n’ont pas assez de contacts. Et s’ils veulent rentrer ‘chez eux’, en Russie, il leur faut un visa ! Une des innombrables aberrations laissées par les Russes.

Le premier soir, Ben tombe à nouveau malade. D’après lui, c’est parce qu’il a bu dix tasses de café le matin a la guesthouse ! Réaction plutôt violente, comme à Boukhara, il se tord de douleur sur le canapé du salon et vomit tous les repas qu’il a avalé depuis deux jours. Sylvie ne panique pas trop mais Violetta et Igor sont plutôt inquiets et finissent par faire venir un médecin qui habite dans l’immeuble. Le lendemain tout rentre dans l’ordre et les douleurs s’espacent. On ne sait pas ce que c’est. Du coup, Violetta est aux petits soins pour Ben. Jusqu'à la fin du séjour, elle lui grille du pain tous les matins car le médecin a déconseillé le pain frais. Igor et Sylvie se font gronder s’ils osent toucher à la corbeille de Ben !!

A part courir la ville, on passe beaucoup de temps chez Igor à jouer au yam’s, bavarder, consulter nos emails … nous reposer quoi ! Le soir, on cuisine : couscous de légumes, crêpes, spaghettis … ça les change de la cuisine ouzbek ! Grâce à Igor, on apprend enfin la signification d’un geste qui nous inquiétait. Quand, sur la route, des gens nous invitaient, ils se cognaient sur le cou avec l’index et on comprenait qu’ils signifiaient ‘boire un coup’ (ou plutôt, plusieurs !). Mais quand ensuite, ils se passaient le doigt sous la gorge, on se posait des questions ! En fait, ce n’est pas une menace, c’est juste le signe pour dire ‘beaucoup’ … manger beaucoup, boire beaucoup … les différences culturelles prêtent quelquefois à confusion !!

Igor nous accompagne à l’aéroport en repérage. Le chef des bagages semble d’accord pour nous aider à payer moins (on a 60 kg de surcharge et Uzbekistan Airways ne fait pas de cadeau pour les vélos !). Malheureusement, le jour du départ, ce sera quelqu’un d’autre. Reste plus qu’à croiser les doigts.

La veille du départ, Ben et Igor s’attellent à la lourde tâche d’emballer les vélos. Auparavant, Igor a littéralement passé nos vélos à la douche. Il adore laver les vélos et il a démonté nos vélos et les a lavé dans sa baignoire ! A 5h du soir, Ben réalise que l’énorme rouleau de scotch est près de sa fin. Igor et Sylvie ressortent en chercher un. Coïncidence malheureuse, quand ils rentrent, le contrôleur de l’électricité fait sa tournée et il est devant la porte de l’appartement. Ce ne serait pas un problème s’ils n’avaient pas bloqué la roue du compteur …

Violetta n’est pas là pour marchander, le contrôleur menace de couper l’électricité le soir même, Ben commence à stresser : ‘Comment j’emballe les vélos dans le noir ? C’est fini, on ne partira pas demain …’. Juste à ce moment-là, il y a une coupure d’électricité et effectivement on réalise que ça va être compliqué de démonter et emballer les vélos à la lueur d’une bougie … Le contrôleur finit par nous donner une heure limite. 15 minutes avant, il rappelle : ‘Votre mère n’est pas rentrée, je coupe !’. Ben est à nouveau dans tous ses états. Sans compter l’amende salée que, de toute façon, Igor et sa mère vont devoir payer. Finalement, tout s’arrange (pour nous, en tout cas !). Violetta rentre et le contrôleur revient avec un collègue. Ils ne les dénonceront pas en échange d’un bon paquet de dollars. C’est comme ça que ça marche en Ouzbékistan !

Ben et Igor passent la nuit à démonter et emballer les vélos. C’est la première fois, du coup il faut s’interroger à chaque fois, démonter ou pas, comment protéger au mieux… ? Sylvie s’est écroulée sur son lit bien avant la fin. Découper du polystyrène et du carton, ce n’est visiblement pas son truc !

Le lendemain, on fourre les vélos, les bagages et Ben dans un petit camion, Igor et Sylvie dans un taxi.  L’enregistrement est un vrai parcours du combattant. La responsable en chef refuse de négocier pour les bagages. On devrait donc payer le prix fort, soit 360 euros de supplément ! Le prix d’un billet en somme. L’agent à l’enregistrement est un peu plus sympa mais il ne perd pas le nord. Il chuchote à Igor :’Les caméras nous surveillent alors glissez 100$ dans un passeport et je ne vous inscrit que la moitie du poids’. A la caisse, on nous indique un prix en soms. On va vite changer nos dollars en demandant le montant exact. Quand on revient, la fille nous fait cadeau de 2 kg. Chouette, on recourt changer l’équivalent de 10$. Mais là, ces imbéciles de filles du bureau de change (il n’y a pas d’autre mot !) refusent de nous reprendre les soms qu’elles nous ont donné il y a dix minutes ! Les filles de l’autre bureau de change, à l’autre bout de l’aéroport, acceptent de le changer mais il leur faut l’original du certificat de change … que les autres filles refusent de nous donner ! Pour finir, Ben insulte copieusement les filles et on repart avec nos soms !

On finit par quitter Igor et passer la douane complètement énervés. Heureusement qu’on a beaucoup de bons souvenirs de l’Ouzbékistan parce que ces deux heures à l’aéroport auraient été suffisantes pour ruiner nos bonnes impressions. On quitte Igor à regret et on lui souhaite plein de belles rencontres pour le futur. Il a l’intention de monter une sorte de guesthouse. D’ailleurs, quelques jours après notre départ, il lance un site web pour accueillir les étrangers.

Publié dans Ouzbekistan

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