A nous la Perse!

Publié le par Sylvie

Dogubeyazit - Teheran ... 31/08 - 07/09
 

Nous retrouvons Bruno à sa descente du mont Ararat. Il est le seul à avoir été jusqu´au sommet. Il y avait une tempête de neige et grêle et le guide n´arrivait à le suivre que parce que Bruno n´était pas acclimaté à l´altitude!

Il va maintenant chercher son visa à Erzurum et nous rejoindra sur la route de Tabriz.

Nous décidons de dormir dans le no man´s land comme Corinne et Loïc 3 semaines plus tôt. De cette façon nous rentrons un jour plus tard tout en étant à pied d´oeuvre dès le matin pour pédaler.

Nous parcourons les 35km jusqu´à la frontière avec Dimitri. Après 3 "pré-postes", voilà enfin les douaniers turcs. Un petit tampon dans le passeport et voilà, nous avons quitté la Turquie. Dimitri et Sylvie partent explorer le duty free shop mais reviennent déçus, la bière est tout aussi chère que dans le pays.

Pendant ce temps, Ben a engagé la conversation avec un Iranien. Il salue Sylvie puis se tourne vers Ben: "Comment s´appelle ta femme? Quel est son métier?". Même si on sait que c´est une forme de respect, c´est difficile à supporter ... On a l´impression d´être infantilisée, pire, de ne pas exister.

Alice et Cédric nous rejoignent quelques heures plus tard. Le garde, très sympa, nous indique où planter nos tentes, il y a une pelouse près du magasin! A la cafétéria, on nous donne de l´eau chaude et on nous prête un réchaud à gaz pour cuire la soupe, fantastique! La nuit est assez mouvementée, la frontière est ouverte 24/24 et nous sommes juste à côté du chemin. A un moment, on se réveille, un homme est assis à côté de notre tente, drôle d´endroit pour se reposer!

Le lendemain, on plie tout ... Et c´est là que Ben découvre le pot aux roses. L´homme était malade et n´a probablement pas voulu payer les toilettes ou n´a peut etre meme pas eu le temps de les atteindre. Malheureusement, Ben a étalé la bâche dessus en voulant la plier ... La journée commence bien!

Alice et Sylvie revêtent leur costume: cheich, pantalon et manches longues, pas très adapté pour pédaler. Les garçons portent manches longues et pantalon. Mais Dimitri se remettra vite en short. Ben n´a pas le choix, Sylvie ayant décrété qu´elle se mettrait en short, solidarité oblige.

Passage de la frontière sans histoire, les Iraniens prennent force photos de nos vélos. Une dame de l´info touristique nous montre où changer de l´argent. Pendant ce temps, Sylvie bataille avec un homme qui finit par agrafer de force le drapeau iranien sur son vélo. En Turquie on nous a déconseillé d´arborer le drapeau turc. Les Turcs sont très fiers et si leur drapeau est un peu sale, ils peuvent paraît-il faire un esclandre. On ne tient pas à savoir en Iran ... Sylvie enlève donc le drapeau, l´homme n´est pas très content mais on découvre plus tard qu´il l´a fixé sur le vélo d´Alice!

Maku est la première ville, à 11km. Nichée entre des gorges brun-rouge, elle diffère peu des villes turques de l´Est. Nous sommes déjà habitués aux femmes en foulard ou voilées. Les panneaux indicateurs sont, heureusement, écrits en farsi et en alphabet latin. Sinon, impossible de se diriger!

Nous traversons des paysages très similaires à ceux de la route Erzurum - Dogubeyazit. Ici les villages sont faits de briques de terre rouge. C´est plus joli et probablement plus isolant que les maisons en ciment des villages turcs. Déjeuner à une lokanta (des Turcs se sont installés de ce côté-ci) et on tombe des nues. C´est aussi cher, voire plus cher qu´en Turquie alors que la vie en Iran est censée être bon marché. Soit on se fait rouler, soit l´inflation galope ... Tant pis, on déjeune ici. On se retrouve avec une petite assiette de viande au goût bizarre et du pain! Heureusement à 5, on détend la situation et on préfère en rire ...

On attend que la chaleur passe. Il fait aussi chaud que sur la route 100 et en pantalon, manches longues et foulard ça colle de partout ... Quand on repart, il fait tout aussi chaud mais il faut bien avancer!

Nous prenons du retard avec nos pauses eau et forçons sur les pédales pour rattraper les autres quand un coup de sifflet nous vrille les oreilles. A-t-on commis une infraction? Non, c´est Cédric qui nous appelle. Ils ont repéré un pèse-camions! Finalement, nos vélos pèsent à peu près tous le poids: Ben et Cédric sont à 70kg, Dimitri à 65kg, Sylvie à 60kg et Alice est le poids plume de l´équipe avec 45kg seulement. Du coup, chacun cogite frénétiquement sur ce qu´il pourrait renvoyer, donner, jeter... On met la différence de vitesse sur plusieurs paramètres: longueur de manivelle (155 pour Sylvie, 160 pour Ben et 165 pour Alice et Cédric), taille de plateaux (notre petit est en 22 tandis que Alice et Cédric sont restés en 32, mais on avait choisi d´économiser nos genoux au lieu d´aller vite). La remorque crée aussi plus de frottements mais en retour on économise le vélo.

Après la pesée, un foreur nous offre le thé à l´ombre, assis par terre sur du papier journal. Il nous montre sa machine entièrement conçue de ses mains. C´est un roi de la débrouille et il se fait prendre fièrement en photo avec successivement les 3 garçons à côté de la foreuse.

Le dernier village où nous nous arrêtons faire un plein d´eau ne paie pas de mine: petites maisons de terre alignées le long d´une route poussiéreuse, les hommes nous regardent fixement, pas une femme en vue ... On espère vivement que l´Iran ce n´est pas que ça!

Nous dormons dans des ruines au bord de la route. A 5, il n´y a pas de risque d´autant plus que l´Iran est réputé pour être très sécurité. Mais nous avons tous les deux le sommeil léger. Des bruissements légers nous alertent. Difficile d´identifier la nature du bruit. On allume et soudain Ben pousse Sylvie: "Regarde, un coup de griffe, là!". La pauvre Sylvie se remémore les mises en garde des villageois "attention aux bêtes sauvages" et fond en larmes ... Le tchador, le passage de la douane, la chaleur, le maigre repas et maintenant un couguar, non, vraiment, c´est trop!

Ben met plusieurs minutes à lui expliquer qu´il pensait avoir repéré un coup de griffe d´un des chats du camping d´Unye. Finalement, c´est juste un pli dans le tissu! Au matin on se ridiculise un peu plus en découvrant des crottes de lapin près de la tente! Les autres nous rassurent:"Après quelques nuits, on s´habitue".

Toujours ces paysages désertiques et cette chaleur insoutenable. Sur la route 100 en Turquie, il faisait tout aussi chaud mais il y avait des stations service tous les 15km pour faire le plein d´eau, se rafraîchir, boire un thé ... Ici, il n´y a rien, ni station service, ni arbres pour se mettre à l´ombre. Nous transportons en permanence 3l d´eau chacun.

Echaudés par les prix de la veille, nous décidons d´acheter un pique-nique dans une petite ville. Option qui ne manque pas d´embûches. Nous sommes accueillis par une meute hurlante de gamins qui s´empressent de tripoter nos vélos dès qu´on s´arrête. Les adultes n´ont aucune autorité sur eux et Dimitri retrouve un gamin juché sur son vélo! Cédric se fait aussi embêter mais il réagit vite: "Tu veux toucher mon vélo, tiens pourquoi pas la chaîne?". La tête du gamin quand il voit ses doigts noirs de graisse!

Il faut ensuite trouver un petit magasin qui vende des denrées faciles à manger. Beaucoup d´olives, de cornichons ... Ah, ici il y a des légumes et des barquettes de fromage type kiri. Et celui-là vend du pain, mou et plat, de loin on dirait des baguettes mais de loin seulement. On repart pris en chasse par les quelques enfants qui ont des vélos. C´est chaud les villages!

Une lokanta arrive à point nommé. On achète du coca et en échange, on pique-nique à une table à l´ombre. L´un de nous découvre ensuite des douches dans les toilettes hommes (c´est un relais de camionneurs), ah, une douche froide quel bonheur!

L´après-midi s´étire en longueur et il est 15h quand nous repartons propres et nos t-shirts encore humides.

Cette fois encore nous nous faisons distancer (le passage d´un troupeau de chèvres notamment!) et ne pensant pas rattraper les autres, nous demandons de l´eau à une usine d´aspect sévère. Des gardes, un signe "Interdit de photographier", mieux vaut ne pas poser de questions. On remplit notre outre très gentiment, ils mettent même de la glace!

10km plus loin, coup de sifflet. Ils ont trouvé une petite oasis, un immense verger. Un berger et un jardinier vivent là, dans une petite case en terre, ils dorment sur le toit. Nous plantons la tente et dînons alors qu´ils rentrent les bêtes. A la nuit tombée, ils allument un feu et sortent la shisha ... vie paisible! Le jardinier nous amène un énorme seau de tomates et des pommes. Décidément c´est le paradis ici!

Nos tribulations nocturnes continuent. Vers minuit, tous les chiens se mettent à aboyer, réveil en sursaut. Quelques minutes, la terre se met à onduler ... On échange un regard, un tremblement de terre! C´est une sensation très bizarre d´être allongé à même le sol et de sentir la terre trembler.

Les autres dorment comme des souches et n´ont rien senti mais Bruno nous confirmera que lui aussi l´a senti, en plus fort, près de la frontière avec l´Azerbaïdjan.

L´Iran est en fait sujet à de fréquents tremblements de terre. Tabriz en a nottamment subi un en 1727 qui a fait 77,000 morts. Heureusement qu´on ne le savait pas!

Lever 5h30 ... Le réveil sonne mais il fait noir, Ben suggère "On attend un peu?". Mais 5 min après Sylvie entend la fermeture éclair de la tente de Dimitri:"allez, il faut se lever sinon on sera les derniers!". Dimitri nous avouera plus tard qu´après avoir ouvert sa tente, il s´est recouché et ne s´est levé que quand il nous a entendu!

Sensation étrange de plier bagage dans le noir mais c´est agréable, il fait frais. Le jour se lève vite et on prend le petit déjeuner dans le verger avec le lever du soleil. Les bergers ont attisé leur feu pour leur repas.

Après 15km, la route commence à monter et à 8h on transpire déjà. Sylvie porte une chemise longue en lin par dessus son t-shirt et un cheich autour de la tête, ça ne facilite pas l´aération! On devrait avoir une dispense pour le sport. Nous n´avons signé aucun papier comme quoi nous nous engageons à respecter la loi islamique mais on ne sait jamais ...

A Marand, 35km plus loin, la pente s´accentue et la température aussi. Cette fois, nous décrochons et tandis que Dimitri, Alice et Cédric s´éloignent, nous nous arrêtons pour boire et nous étirer, on n´est pas pressés! La montée dure et Sylvie commence à déprimer:"ça ne va jamais redescendre, on n´y arrivera pas!". Heureusement Ben a l´habitude et il commence à énumérer toutes les montées que nous avons vaincues! Moralement, on trouve plus facile d´alterner montées et descentes plutôt que de faire une longue montée suivie d´une longue descente.

Mais qui est ce cycliste sur l´échangeur là-bas? C´est Bruno! Ben fonce mais ne réussit pas à le rattraper. Il se fait cueillir par les 3 autres qui nous attendait. Bruno a longé la frontière avec l´Azerbaïdjan tandis que nous avons pris une route plus sud. Marand est à la jonction. C´est vraiment un coup de chance! A 5 min près, on ne le voyait pas avant Tabriz! Du coup il aide Ben et Sylvie à finir la montée.

Déjeuner au col à une table à l´ombre. Nos pauses durent de midi à 15h, on attend que le gros de la chaleur passe. Le gars du mini-market nous amène du thé, sympa!

On est tous affamés, pâtes pour tout le monde!

On repart alors que l´orage menace mais avec le vent dans le dos et une descente de 20km, on le bat de vitesse (40km/h de moyenne, 62km/h max pour Sylvie et 72 pour Ben!). La descente est un vrai régal.

Nous sommes accueillis par une tempête à Soufijan, le sable vole, les arbres se balancent ... Nous trouvons refuge dans un magasin abandonné. On en profite pour faire une razzia à la pâtisserie à côté, c´est 10 fois moins cher qu´en Turquie.

On note un changement par rapport à ces derniers jours. Les gens sont plus sympas, certains parlent anglais et on nous regarde moins comme des Martiens. Entre Maku et Sufiyan, on avait la même impression qu´entre Erzurum et Dogubeyazit: une région à part, coupée du monde, où il ne passe pas beaucoup d´étrangers ... Sentiment bizarre compensé par des régions désertiques, peu touchées par la civilisation ...

Camping quelques km plus loin, derrière une boulangerie dans un verger en terrasse. On est à l´abri des regards, la terre est moelleuse et on se retrouve enfin au complet!

Ben et Dimitri tentent de réparer notre réchaud mais sans succès. On nous a beaucoup parlé de l´hospitalité iranienne. Ce n´est pas une légende! Le boulanger nous amène du pain et quelqu´un d´autre, des pommes et des tomates. Tout ce qu´ils demandent en échange, c´est une photo! Les garçons font des blagues douteuses sur le fait qu´Alice et moi avons enlevé notre cheich. En fait, on a l´impression que la plupart des gens s´en fichent. Il faut juste faire attention à cause de la police et des traditionnalistes.

Soirée sympa à discuter et plaisanter, ça nous manquera! C´est aussi un privilège de n´être que des Français, même humour, pas de problème de langue ...

Ce matin, seulement 30km nous séparent de Tabriz, notre ElDorado du moment. On pédale en rêvant à Istanbul, puis Unye, puis Erzurum ... maintenant Tabriz et Téhéran. Sans s´en rendre compte, on découpe ainsi le voyage en une multitude de mini-ElDorados. Il y a aussi les grands ElDorados: quand on sera en Ouzbékistan, en Australie, à Ushuaïa ... Ce sont ces rêves qui nous font appuyer sur les pédales et qui nous poussent à aller plus loin.

A Tabriz on se sent enfin vraiment en Iran. Les signes sont tous en farsi, parfois traduits en anglais. Il y a plus de femmes dans les rues. Le hejab (code vestimentaire islamique) est laisséà l´interprétation de chacune. Comme Nasser, de l´office du tourisme, nous explique:"Nous ne sommes pas chez les Talibans ici". Les tenues féminines vont donc du voile noir tenu avec la bouche qui ne laisse voir que les yeux au foulard posé négligemment sur l´arrière de la tête laissant entrevoir des mèches blondes et brunes. Du coup Sylvie se sent un peu plus libre. Elle relâche le foulard et prend vite l´habitude de le remettre en place toutes les 10 min comme les Iraniennes ... Celles-ci sont d´ailleurs très coquettes: foulards colorés, une multitude de façon de le nouer, long cils maquillés. Même avec une tunique longue et un foulard dans les cheveux, elles dégagent beaucoup de charme ... Elles ont peut-être perdu une bataille mais pas la guerre!

A l´office du tourisme, Nasser nous accueille dans un français parfait. Son frère nous aide à trouver un hôtel. Il faut trouver de quoi loger 6 personnes et 6 vélos en sécurité. Nous atterissons à l´hôtel Mashad, dortoir de 6 et douches dans le couloir, le luxe après 4 nuits de camping sauvage.

L´entrée dans Tabriz s´est faite sans difficulté. Circuler en centre-ville est une autre paire de manche. Pas beaucoup de feux rouges, les voitures déboîtent sans clignotant, pas de respect des files. Curieusement, ça klaxonne moins que sur la route et beaucoup moins qu´en Inde. Il faut être sûr de soi, ne pas hésiter à s´engager, déceler à quel moment il faut foncer ... On se prend tellement au jeu qu´on regrette de prendre le bus à Téhéran et de rater l´entrée. En même temps, Tabriz est déjà très polluée et Téhéran compte la moitié du parc automobile d´Iran...

A l´heure du déjeuner, nous trouvons porte close. C´est Ramadan, tous les restaurants sont fermés sauf ceux des hôtels. Nous déjeunons d´un ragoût d´agneau, de tomates et de pommes de terre (dizi ou abgusht). C´est tout un art: on verse le jus dans un bol dans lequel on émiette une galette fine. Le ragoût se mange à côté dans une timbale. C´est délicieux!

Le soir on assiste à un véritable phénomène: entre 19h et 19h30, la circulation se densifie, tout Tabriz rentre chez soi, les magasins ferment et tout le monde se hâte ... Gare au piéton imprudent, les chauffeurs sont affamés et ne font pas de cadeaux. Après 20h10, heure officielle pour casser le jeûne, un calme olympien s´étend sur la ville... Tout le monde dîne. Nous sommes fascinés.

En rentrant à l´hôtel, nous achetons brioches et beignets pour le petit-déjeuner. Les boulangeries n´ont rien à voir avec celles de Turquie. Il y a plein de pains différents et on trouve aussi des pâtisseries! Les Iraniens en ressortent les bras chargés de grandes boîtes... On en connaît qui vont se régaler ce soir!

On s´arrête ensuite avec Dimitri dans une petite échoppe qui vend des jus de fruits à la couleur alléchante. Jus de carotte ou melon ou banane avec de la glace pilée ou une crème glacée aux oeufs. C´est tellement bon qu´on en prend deux chacun. On monte les escaliers en titubant. Heureusement que l´alcool est interdit en Iran sinon le portier nous prendrait pour des ivrognes! Au moins pas besoin de dîner. Et on se promet d´y retourner demain tellement c´était bon.

Le lendemain, Sylvie est malade et Ben ne se sent pas très bien non plus. Pourtant Dimitri est frais comme un gardon, difficile d´incriminer les jus de fruits.

Un vent d´ascétisme souffle sur le groupe ce matin-là... Chacun fouille ses sacoches à la recherche de l´objet-inutile-qui-pèse-lourd. Nous gagnons haut la main avec près de 4kg, Dimitri est loin derrière avec 1kg. Bruno cherche désespéremment de quoi il pourrait se débarasser. Quant à Cédric, il tente de tempérer Alice, à l´affût de ce qui pourrait leur être utile!

Le soir, pas encore très bien remis, nous fêtons tous les 6 les 32 ans de Ben au Modern Tabriz restaurant. On dirait que tout Tabriz s´est donné rendez-vous ici. Soit les Iraniens sortent beaucoup soit c´est à cause du Ramadan, le restaurant est bondé. Beaucoup de tablées d´hommes ou de femmes uniquement. Quelques tables mixtes avec les hommes d´un côté et les femmes de l´autre. Est-ce un code de conduite ou simplement parce que les conversations ne sont pas les mêmes?

Sur les tables, les bouteilles oranges de Fanta attirent l´oeil... Et le vin?

Un serveur nous amène de la soupe avec du pain plat et un petit yaourt, ça doit être l´entrée. On plonge la cuiller dans le bol quand des plateaux de desserts surgissent de tous côtés. Les Iraniens terminent de dîner et chaque table fait circuler dans la salle les desserts qu´ils ont amené. On empile donc riz au lait, gâteaux au miel et autres pâtes de fruits près de notre bol de soupe! Après un toast (à la bière sans alcool!) à la santé de Ben, on entame nos kebabs: brochette d´agneau ou poulet avec du riz. On ressort le ventre tendu à exploser, ah c´est sûr, ils ne lésinent pas sur la quantité!

Visite du bazar de Tabriz le lendemain. C´est le plus grand et le plus ancien d´Iran. Les marchandises ont évolué, les épices sont par exemple en train de disparaître au profit de la papeterie. La viande, elle, est toujours là: têtes d´agneaux (avec les yeux!), énormes morceaux de gras, demi-carcasses suspendues... âmes sensibles s´abstenir! On trouve aussi des pains de sucre éclatants de blancheur, du yaourt, des rayons de miel, des pruneaux, 3 variétés d´abricots secs, des dattes fraîches ... La partie textile est moins fascinante mais le quartier des chaussures captive Ben et Dimitri: "Regarde, il y a écrit Adidac!". Une des échoppes ne vend que des semelles!

Le bazar est une ville dans la ville. Certains quartiers sont d´ailleurs plus bruyants que d´autres, motos klaxonnant pour passer avec leur chargement, petits vieux en bonnet courbés sur leur charrette. L´air bruisse de tractations conclues, billets échangés ... On dirait une ruche en pleine ébullition. Le bazar est couvert mais des trous dans le toit permettent à l´air de circuler. Sur les côtés, de petites allées débouchent sur des cours intérieures. Malgré toute cette activité, on respire bien et il ne fait pas trop chaud. Après quelques achats pour le voyage en bus du soir, on va dire au revoir à Nasser et à son frère, Mansour. On y rencontre 2 Français qui sont rentrés en Iran sans savoir qu´on ne pouvait pas utiliser de carte bleue. Finalement, c´est le consul de Téhéran qui les aidera le lendemain.

Le soir, nous prenons le bus pour Téhéran. L´idée est de lancer les différents visas et de visiter les villes au sud en attendant. Déjà prendre le bus avec 2 vélos, c´est toute une histoire alors à 6 ... c´est une épopée! Nous attirons l´attention de toute la gare routière, encore une fois, les étrangers c´est quand même plus marrant que la télé. Surtout avec des engins aussi bizarres. "Vous êtes d´où? Vous allez où? Combien ça coûte?".  Au secours!!! Pas de guichet central, ce serait trop simple. Il faut trouver un bus qui prenne les vélos en soute et non sur le toit puis demander les prix. Bruno et Dimitri montent dans un bus, les 4 vélos-couchistes dans un autre et on part à une heure d´intervalle. Pause dîner tard le soir. Ah, où sont les stations services turques? Le resto est glauque, pas d´électricité, tout le monde dîne à la bougie. "Ils craignent les bombes?" fait Dimitri. Idem dans les toilettes où la situation devient kamikaze quand l´unique bougie s´éteint ... La lumière revient peu après sous des ah de soulagement. Pas de lumière non plus quand Bruno et Dimitri sont passés une heure plus tôt, bizarre ...

Dur aussi de passer des bus turcs aux bus iraniens. Pas aussi confortables ni propres, pas de steward en noeud papillon et gilet qui passe avec du thé et des gâteaux ... Seuls les films n´ont pas changés, toujours aussi nuls. Cela n´empêche pas Ben, en manque, de rester scotché devant la télé.

Tiens le bus s´arrête, c´est déjà l´heure de la prière? Eh non, on est à Téhéran! Mais il est 4h30... Le bus devait mettre 9h, on n´a mis que 7h30! Heureusement qu´on a dormi la plupart du temps sinon on aurait cauchemardé les yeux ouverts!

Publié dans Iran

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