Derniers jours en Turquie

Publié le par Sylvie

Erzurum - Dogubeyazit ... 24/08-31/08
Le jour du départ, Alice ne se sent pas très bien et décide d´aller à l´hôpital ... Mais elle revient très vite. L´auto-médecine aura certainement plus d´effet que la médecine turque vu l´état de l´hôpital!
Nous partons à midi, un vrai peloton: Dimitri et Bruno en tête puis les vélos-couchistes ... Plus d´une tête se tourne sur notre passage! Nous sommes tous ravis de rouler en groupe.

Au début, on roule un peu en désordre. Après une pause, on se met en file, Dimitri, le plus costaud, ouvre la route, Sylvie, Alice et Cédric suivent derrière. Puis vient Ben et finalement Bruno, le rabatteur, qui motive Ben quand il commence à décrocher. On roule tous à 5-10cm de la roue arrière du précédent pour profiter du tunnel d´air. Nous ne sommes pas tous chargés de la même façon, nous sommes probablement les plus chargés. Il y a également de grosses différences de condition physique. Bruno est un Iron Man, il participe à des triathlons extrêmes. Dimitri a aussi une bonne condition physique. Alice, Cédric et nous sommes moins sportifs et en plus on roule en vélo couché, plus lent dans les montées!

Beaucoup de petits marchands sur la route, ils vendent des choux énormes! On ne pourrait même pas en prendre un sur notre vélo. L´orage s´approche, on s´arrête dans une station service le temps qu´il passe mais il met tellement de temps qu´on décide de dormir là. Il y a une salle de restaurant abandonné, idéal pour 6 cyclistes. On rentre toutes les affaires et les vélos, pas de problème de sécurité! Après un petit thé, on prépare le repas, lentilles corail pour tout le monde. Chacun a un réchaud et des casseroles, il y a même trop de matériel pour 6. On se fait vite remarquer et un défilé de visiteurs commence. C´est un peu stressant mais personne ne touche à nos affaires. Un instituteur de la ville d´à côté n´arrête pas de venir nous voir. Soit il s´ennuie, soit il veut montrer aux autres qu´il parle bien anglais. Certains jours, on regrette d´avoir reçu une bonne éducation. Si on était des rustres, on enverrait bouler les gens plus souvent! Finalement, on ferme la porte et tout le monde comprend qu´on veut dormir tranquille.

Un petit mot sur les toilettes... On se dit parfois qu´un guide mondial des meilleurs toilettes serait bien utile. Mais ici, on serait bien en peine de choisir. Pas de chasse d´eau mais un pichet qu´on remplit et vide dans les toilettes (turques bien sûr). Mais il semble que cela soit en option pour la plupart. Résultat, pas besoin de panneaux, l´odeur suffit. Après une grande inspiration, on regrette de ne pas avoir chaussé de bottes, et on cherche le moins pire ...

Le lendemain, le ciel est toujours couvert mais l'orage ne menace plus. Nous nous arrêtons dans une petite ville. Arrêt banque et toilettes, quatre d'entre nous sont malades. Comme d'habitude, le petit estomac sensible de Ben se rebelle tandis que celui de Sylvie tient le coup. Pauvre Ben, à vélo ce n'est pas très marrant ... C'est ici que l'on réalise qu'on entre dans un monde à part. Pas une femme en vue, des hommes assez âgés, un drôle de bonnet vissé sur le crâne. Ca sent le mouton quand on rentre dans les toilettes, pas de toilettes pour femme et c’est dans un état ! Il faut avoir le coeur bien accroché ! Mais que fait-on ici ??

Nous repartons, la route est toujours plate, de part et d’autre, de grandes étendues désertiques, parfois des champs. Pause déjeuner à Horasan. On se fait harceler par les gamins, imaginez, 6 cyclistes dont 4 à vélo couché, c’est l’attraction du mois, si pas de l’année. On les comprend mais on apprécierait de pouvoir passer inapercu. Au lieu de ca, on est entourés d’une quinzaine de gamins braillards, ce qui alerte les adultes. Il y en a toujours quelques uns désireux de pratiquer leur anglais mais on n’en peut plus de jouer les cobayes : ‘Whatisyourname ?’ ‘Whereareyoufrom ?’. Quand on leur pose la question en retour, la moitié ne comprend pas ce qu’on dit ...

On déjeune rapidement et on repart. A 6, prendre une simple décision telle que ou déjeuner prend un temps fou ... on met 3h à quitter la ville !

Le paysage devient beaucoup plus beau, on roule maintenant entre des gorges taillées dans la roche rouge, grise, brune, le long d’une riviere. On tombe d’accord avec Ben, c’est la plus belle route qu’on ait faite en Turquie ! Sauvage, aride et des roches colorées. On fait le plein d’eau à une fontaine sur le bord de la route et on trouve un coin pour camper au pied de la falaise. 4 tentes, nous voilà rassurés, le PKK n’a qu’à bien se tenir ! Nous sommes dans la zone dite à risque et pensions la faire en bus. Mais à 6, il y a moins de risque ... il leur faudrait un gros camion pour nous embarquer tous ! 6 c’est aussi sympa le soir pour discuter. C’est moins facile dans la journée pour rouler car chacun a un rythme différent. Mais tout le monde se met au diapason et ca vaut le coup !

Le lendemain, les gorges s’élargissent. On longe toujours la riviere mais la vallée est cultivée ca et là. Plus de noisettes comme sur la mer Noire, de grands prés que les paysans fauchent à la main, avec une grande faux, comme au début du siecle chez nous ! Nous n’avons pas fait 10km que la roue arriere de Cédric creve ... pause d’une heure à une station service, l’aubaine pour les gens qui passent. Vers midi, nous trouvons un endroit idéal pour camper. Il est un peu tôt pour s’arrêter mais nous nous arrêtons quand même. Une tapis d’herbe vert tendre entre des peupliers, au bord d’une riviere, c’est irrésistible pour des cyclistes qui n’ont pas pris de douche depuis 3 jours. Nous nous lavons sous un petit pont, à l’abri des regards. Et Ben trouve que l’eau n’est pas si froide que ca ! Ensuite lessive puis tout le monde sort les réchauds et on déjeune. On est si bien qu’on ne repart qu’ à 15h ! Et la roue de Cédric creve une deuxieme fois ... nouvelle pause d’une heure. Dimitri était devant, il ne s’est pas arrêté et a passé une heure avec une famille turque (ou kurde ?) à nous attendre. Nous voulons atteindre Kagizman pour refaire des provisions mais il reste encore 40km et il est 17h ... Il commence à y avoir des montées. Dimitri se met en tête pour créer un tunnel et aider les vélos couchés tandis que Bruno joue les voitures-balais, poussant Sylvie dans les montées. On passe soudainement de 15km/h à 30km/h !!

Arrivée de nuit à Kagizman. On commence par dîner puis on avise un verger. Ben et Dimitri obtienne l’accord de la propriétaire et, en 1/4h, 4 tentes sont plantées dans son jardin. Elle n’avait pas tout à fait mesuré l’étendue de son engagement et au bout de quelques minutes, elle vient vers nous ‘Polis yok, PKK, problem, problem ...’. Flûte, on vient de tout monter ! On comprend qu’il n’y a pas de police ici et on suppose qu’elle craint pour sa sécurité si elle accueille des étrangers. Il fait nuit noire, on démonte tout et on va replanter quelques centaines de m plus loin, à côt à de la mosquée. L’imam, prévenu, allume gentiment le phare du minaret pour que nous puissions planter les tentes à l’aise ... si on voulait passer inapercu et éviter de se faire kidnapper, c’est réussi !

Bruno part très tôt, 5h du matin, on entend le clic-clic-clic des arceaux quand il démonte sa tente mais aucun de nous n´a le courage de se lever pour lui souhaiter bonne route. Le vélo ne lui suffit pas, il part escalader le mont Ararat et nous rejoindra plus tard.

Départ 7h30 du matin après un petit-déjeuner sous les pommiers. Arrêt boisson et étirements au bout de 10km à une station-essence. On remarque alors le tank à la sortie, la guérite surmontée de sacs de sable et les soldats armés ... On est tous stupéfaits mais, à plusieurs, quelques blagues nous détendent vite. Les soldats contrôlent nos passeports et prennent nos noms. On suppose que c´est en cas de disparition pour nous situer. On passe un second checkpoint dans la journée mais on joue les blasés ...

La route longe toujours la rivière, les paysages sont tantôt arides, montagnes de terre rouge striée de blanc; tantôt verdoyants, prés fauchés à la faux par des paysans. Nous ne nous lassons pas des paysages. La route est une succession de légères montées et descentes. Dimitri fonce en montée mais il est vite rattrappé par les vélos couchés en descente. Ils font d´ailleurs un échange avec Cédric, le vélo droit est décidément plus rapide en montée. Chacun reprend vite son vélo, c´est plus confortable!

Après une pause, nous rejoignons le groupe. Avec qui parlent-ils sur le bord de la route? Céline et Mathias, un couple suisse, à pied! Ils sont partis depuis 15 mois, ont acheté 2 ânes en route et adopté un chien. Ils comptent rejoindre la Chine d´ici 3 ans! Nous restons tous ébahis devant la différence d´échelle-temps.Pour nous c´est la deuxième fois que nous rencontrons des gens qui voyagent à pied. Nous sommes intrigués, dans quel état d´esprit est-on quand on ne fait que 30 km par jour ... Il y a là matière à réflexion sur la notion de vitesse: en voiture, en train, en avion, toujours plus vite mais pour gagner quoi finalement? Et que nous enseigne la lenteur?

1km de route défoncée et poussiéreuse mais ça ne dure pas. Nous arrivons à Tozluca en pleine chaleur, épuisés ... De l´eau! A manger! Les gamins courent après les vélos manquant de nous faire tomber. Ils s´agglutinent comme des mouches quand on s´arrête et ne respectent pas les adultes qui les repoussent. On avait déjà remarqué un changement d´attitude des gens, plus de tension dans l´air. Peut-être cela est-il dû à l´éducation, différentes classes sociales. Seul le code de Dimitri a été transmis au consulat iranien, pas celui d´Alice et Cédric. Dimitri prend le bus pour Erzurum et on continue à 4. Grâce à un fort vent arrière, les derniers 40km sont avalés en 1h30. Nous arrivons à Igdir et trouvons un chouette hôtel pour 25 euros. Le premier critère est que les vélos soient en sécurité. Si c´est dans la rue ou dans un garage à côté, c´est non. Là, ils passent la nuit dans le garage de l´hôtel et les employés dorment à côté.

Petit tour en ville, on continue à thésauriser pour l´Iran ... Notre carte fonctionnent mais pas celles d´Alice et Cédric. Heureusement, ils peuvent payer l´hôtel et on les rembourse ce qui leur permet d´acheter leur ticket de bus pour Erzurum. On sait maintenant déchiffrer les messages des distributeurs de façon à savoir si c´est la faute de la banque ou de notre carte ... Nous voyons Igdir sous l´orage et de nuit, atmosphère particulière.

Alice et Cédric partent tôt, leur bus est à 6h30. A force de se dire qu´on n´a pas grand chose à ranger, on part à 7h30! Le soleil est déjà haut (pourquoi faut-il que les jours diminuent le soir et pas le matin?), la journée s´annonce encore plus chaude qu´hier. Nous partons avec 3L d´eau chacun. Il n´y a que 50km jusqu´à Dogubeyazit mais les 25 premiers sont en montée avec plus de 800m de dénivelé... C´est un nouveau test pour nous, après les 12km et 600m de dénivelé de Bolu.

Dès la sortie de la ville, ça commence et nous n´atteignons le checkpoint militaire qu´après 1h de montée à 5km/h ... c´est dire si on a eu le temps de voir grossir au fur et à mesure la guérite, le tank et les militaires! Pendant qu´ils prennent nos passeports on en profite pour boire et s´étirer. A peine repartis, 3 chiens nous prennent en course. Impossible d´accélérer suffisamment pour les semer. Sylvie pose son vélo tandis que Ben crie: "Mais qu´est-ce que tu fais???". Elle tente la technique Iron man (merci Bruno!): foncer sur les chiens en criant et leur lancer une grosse pierre (Bruno se contente de descendre de vélo et attendre mais crier ça défoule!). Le résultat est spectaculaire: les 3 monstres repartent la queue entre les pattes et les militaires qui accouraient à la rescousse s´arrêtent net. Pendant ce temps, Ben se gondole sur son vélo en se claquant les cuisses ... On retient la technique, c´est moins fatiguant et plus drôle que de foncer.

100m plus loin, des jappements aigus nous parviennent de l´autre côté de la route. 3 jeunes chiots, probablement les fistons d´un des chiens qui nous coursait, tentent de faire leurs armes. Attitude, aboiements, tout y est, sauf la taille! Cette fois on s´arrête mais pour prendre une photo tellement on les trouve mignons.

La route grimpe bien et on entend avec plaisir les camions ahaner ... On n´est pas les seuls à peiner! Mais le mont Ararat est là depuis le début et sa vue nous réconforte bien plus qu´une cannette de Coca fraîche. C´est le premier 5000 que nous voyons et nous sommes impressionés. Surtout quand on pense qu´en ce moment même, Bruno est en train d´y monter. Un tel sommet nous semble inaccessible mais Sylvie émet l´idée de monter un jour ici ou au Kilimandjaro ... Hum, Ben ne semble pas vraiment emballé ...

Nous prenons quelques photos et continuons jusqu´au col à 1700m. Des gens y habitent dans des maisons aux murs de pierre. A côté, des bouses sèchent, en monticules plus hauts qu´un homme. Chauffage pour l´hiver ... Un col étant le point de passage le plus entre 2 vallées comme nous a expliqué Benoît, nous voilà dans la deuxième ... Un lac asséché. Au loin un autre village mais on n´espère plus trouver de magasin. On prie pour qu´il n´y ait plus de montées sur les 25 derniers km car il ne nous reste plus qu´un litre chacun. A 5km/h la montée, on sera vite sans eau. Au village, on trouve le paradis: une cahutte adossée à la roche fraîche comme un torrent de montagne. Et à l´intérieur, des boissons! On pique-nique à une petite table à côté de la porte ... Quel bonheur, un courant d´air frais et le mont Ararat pour panorama.

On est sur le point de repartir quand une camionnette turque s´arrête. C´est Denis et Gisèle, 2 Belges de Waterloo qui visitent la Turquie. En fait, ce sont des passionnés, ils viennent en Turquie depuis 15 ans et ont acheté une maison à Uchisar, en Cappadoce, il y a quelques années. Ils ont pas mal voyagé et, surtout, à des époques très différentes. On passe un moment très agréable à discuter avec eux.

Le reste de la route se fait facilement, encore une fois un fort vent arrière nous pousse. On va finir par bricoler une voile! Une horde de gamins nous accueille à Dogubeyazit ... Vivement la rentrée! Nous finissons à l´hôtel Isfahan, où Bruno est resté la veille de son ascension. Mustafa, l´organisateur, nous rassure, il va mieux. A part Dimitri et Sylvie, tout le monde était malade ces derniers jours.
Derniers préparatifs avant de passer en Iran. Nous retirons encore de l'argent et le changeons en euros (pas moyen d'utiliser notre carte en Iran et au Turkmenistan). Il faut également trouver une chemise manche longue et couvrant les fesses pour Sylvie. Elle n'est d'accord qu'à condition que Ben soit aussi en manches longues, l'égalité avant tout! On trouve une sorte de manteau en lin pour Sylvie mais pour Ben rien, seulement du coton ... Dimitri, Alice et Cédric nous rejoignent, ils ont obtenu leur visa dans la journée, il ne reste plus que Bruno.

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