De retour dans les montagnes

Publié le par Sylvie

Trabzon -  Erzurum ... 21/08-24/08

Notre visa nous attendant à Erzurum, nous décidons d'accélérer un peu et prenons le bus. Nous couvrons en 5h ce que nous aurions mis 5 jours à faire à vélo. La première partie est magnifique, très verte, on se croirait dans les Alpes. De petits chalets parsèment de vertes prairies où paissent des vaches bien grasses ... cette vision bucolique est vite remplacée par des paysages désertiques. Même si nous regrettons les belles descentes à vélo, cette route aurait été difficile. Pas de station service, des villes tous les 30km, pas facile pour l'eau.
Nous prenons le luxe de tourner une heure pour chercher un hôtel (merci Ben!). Finalement, c'est le premier qui est le moins cher. Nous avons un peu de temps, nous n'attendons Bruno que pour samedi. Petit tour en ville puis dîner et internet. En passant la porte de l'hôtel, un homme dévale l'escalier ... non, ce n'est pas ... mais si, c'est Bruno! Mais enfin ... Après avoir roulé 120km (un fou, on vous dit!), il s'est rendu compte qu'il ne serait pas au jour fixé à Erzurum et a fini en stop en démontant son vélo! On est impressionés et ravis! On ne s'était vus qu'une fois, il y a un an et demi à Paris au salon du Cyclo-camping. C'est génial de se retrouver ici! Le plan est de rouler ensemble jusqu'à la frontière. Puis Bruno partira escalader le mont Ararat et on pédalera ensemble en Iran.
Le lendemain, lever tôt pour aller au consulat iranien. On croit rêver, "Ben, pince-moi", sur le trottoir, il y a 3 cyclistes dont 2 vélos couchés! C'est Cédric et Alice et Dimitri. Bruno avait rencontré Cédric et Alice à un feu rouge en Serbie. Il les avait laissé sur la mer Noire mais ils ont pris le bus pour nous rejoindre et accélérer la procédure pour le visa iranien. Un qui est content c'est le patron de l'hôtel!
 

Erzurum compte plus d´habitants que Trabzon (400,000 habitants contre 350,000) mais le centre ville est plus petit. C´est agréable, on a l´impression d´être dans une petite ville. Notre hôtel est sur la rue principale, Cumhuriyet Caddesi (rue de la République). Rue commerçante où s´alignent lokantas (cantines), pâtisseries (Ben doit retenir Sylvie!) et maisons de thé. Il y a aussi des banques et nous passons 1h à monter et descendre la rue tous les 6 pour comparer les taux de change. Il s´agit de se constituer un butin conséquent en euros avant de passer en Iran et au Turkménistan puisque nos cartes bleues n´y fonctionneront pas.

On nous avait prévenu qu´Erzurum, tout comme Konya ou Kayseri dans le centre de la Turquie, était une ville conservatrice. Effectivement ... On s´était habitué aux femmes portant le foulard et le manteau, elles étaient déjà en majorité sur la route 100 et la mer Noire. Mais ici, cela va plus loin. On voit beaucoup de femmes tout en noir avec seuls les yeux visibles ... On les surnomment "boîtes aux lettres" ou "Dark Vador", une façon de conjurer le malaise que l´on ressent. On avait déjà vu cette "mode" à Londres mais ici on en découvre une nouvelle: certaines femmes marchent dans la rue complètement enveloppées dans de grandes couvertures marrons, même la tête! Comment font-elles pour voir? Nous restons perplexes ... Est-ce que leur religion les obligent réellement à se dissimuler ainsi aux yeux de tous? Ou n´est-ce pas plutôt une contrainte imposée par les hommes? On se sent assez attristés et choqués d´autant plus que les hommes, eux, sont habillés à l´européenne, en manches courtes!

Nous remarquons aussi un changement dans l´attitude des gens. Jusqu´à présent les Turcs venaient vers nous mais leur attitude restait réservée. Ici, la distance physique se réduit, les gens se tiennent plus près de nous, touchent plus souvent les vélos et le ton de voix est plus élevé ... On ressent un peu les mêmes sentiments qu´en Inde mais comme il n´y a pas autant de monde, on est moins stressés ... On espère que la tension n´augmente pas au fur et à mesure où on avance vers l´Est.

Les tribulations du visa iranien prennent fin ... Première tentative manquée: nous nous levons tôt mais, nous avions oublié, les Iraniens ne travaillent pas le vendredi! Qu´à cela ne tienne, le garde nous invite à boire le thé dans sa guérite. Le pauvre monte la garde 12h d´affilée et il n´a personne pour lui tenir compagnie. On a une conversation très intéressante, il étudie l´anglais et l´arabe pour avoir un meilleur poste, peut-être Interpol. Dès qu´il ne trouve pas un mot, il regarde sur internet, on est impressionés par sa motivation.

Le lendemain on a plus de chance. Après avoir rempli un formulaire en deux exemplaires recto-verso, stressé en espérant que Sylvie soit suffisamment voilée sur les photos et payé 120 euros exactement, on nous dit de revenir à 16h ... Aaaah, on voit le bout du tunnel! On part boire un thé avec Julie et Geoff, 2 Australiens de Sydney avec qui on a sympathisé. Ils rentrent à Sydney après 5 ans à Londres et prennent 3 mois pour traverser l´Asie. Ils suivent le même trajet que nous, en un peu plus rapide!

On passe ensuite l´après-midi à tourner dans les rues commerçantes d´Erzurum. Chaque rue a sa spécialité, ici les tailleurs, là les cordonniers ... Et ici les bijoutiers.  Plus on roule vers l´Est et plus les gens nous demandent si nous sommes mariés. Nous répondons oui bien sûr, nous sommes ensemble depuis plus longtemps que bien des gens mariés! Mais une bague nous rendra plus crédible et peut-être qu´on nous posera la question moins souvent. On trouve 2 bagues, paraît-il en argent. Le vendeur nous donne sa carte et on comprend qu´il veut qu´on lui envoie les photos du mariage!

Nous retournons chercher nos visas en compagnie de Julie et Geoff et esquissons une danse de victoire sitôt dehors ... Nous avons obtenu le premier visa de notre voyage! Nous fêtons notre victoire avec des bières et du jus de cerise à l´hôtel de Julie et Geoff en compagnie de Bruno qui nous a rejoint.

Une forte tempête se lève, va-t-on pouvoir partir demain? Nous sommes maintenant 6 à pédaler ensemble, les décisions se prennent au pow-wow, les petites tables au rez-de-chaussée de l´hôtel.

Publié dans Turquie

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