Va-t-on réussir à quitter la mer Noire?

Publié le par Sylvie

Unye - Trabzon ... 16/08 -21/08

Nous n´avons pas pédalé depuis 3 semaines mais heureusement la route alterne descentes et légères montées. Nous pensons dormir à Ordu mais nous nous arrêtons au bout de 20 km. Déjà fatigués? Une crevaison? Rien de tout ça ... Nous rencontrons Suleiman et sa famille. Il habite St Nazaire avec sa femme, Hülya, et ses 4 garçons et est en vacances ici avec eux ainsi que ses parents et sa petite soeur Özlem. Ils partagent leur temps entre Fatsa et les montagnes où habitent leurs cousins.
Une invitation à boire le café se transforme en invitation à passer la journée avec eux et repartir le lendemain! Nous sommes inquiets pour les tunnels depuis l´accident de Benoît. Suleiman propose de nous conduire à Ordu par les deux routes. Nous voilà partis avec toute la famille. Il y a effectivement 4 tunnels dont un de 4km mais tous éclairés. On grimpe ensuite en haut de la montagne, vue magnifique sur la ville d´Ordu. Puis on redescend et on rentre a Fatsa par la route de la côte. La route est magnifique, bordée de petits ports aux bateaux de pêche colorés. Par contre, comme disait Benoît, ce sont les montagnes russes. Nous sommes vraiment contents de la faire en voiture. Merci Suleiman! En route, nous nous arrêtons pour déguster les köfte de la mer Noire. Ici, on ne paie pas à la pièce mais au kg! Alors on commande pour 2 kg et on repart avec un petit paquet car, même à 8, nous n'avons pas tout fini. Nous montons ensuite dans les montagnes retrouver les familles de Hülya et Suleiman. Il y a tellement d'oncles, tantes et cousins, qu'ils ont colonisé tout une colline. Les gens viennent chercher la fraîcheur en été et redescendent sur la côte l'hiver. Ici aussi, on retrouve les noisettes ... la Turquie est un gros producteur et en ce moment c'est la période où on les récolte et on les fait sécher. Il y en a partout sur la route, dans les champs ... Un des oncles de Suleiman nous en propose: "2 kg, ce n'est pas beaucoup, vous avez une remorque". Ben devient tout blanc à l'idée de ce poids supplémentaire, d'autant plus qu'il n'aime pas vraiment les noisettes! En redescendant, on visite Fatsa de nuit. Les villes de la côte sont très agréables avec de grandes promenades sur le front de mer. Ce soir-là, nous assistons à une éclipse de lune.
Nous faisons nos adieux a Suleiman et sa famille le lendemain matin. C'était vraiment une bonne surprise, les premiers Français qui s'arrêtent pour nous ... merci! Hier nous n'avions pas remarqué mais elle grimpe cette route. Les 3 premiers tunnels se passent sans difficulté, quelques centaines de m. Le 4e est une autre paire de manches, 4km! On roule sur le trottoir mais c'est très étroit, dès qu'il y a un poste de secours, on doit descendre et contourner. Mais notre ange gardien veille: une voiture de service s'arrête et propose de nous prendre à l'arrière, pas de problème! On fait en 15min, ce qu'on aurait mis une heure à parcourir.
Passé Ordu, la côte est une succession de villes et villages. Les agglomérations s'alignent le long du bord de mer et s'étendent sur des km. Les montagnes s'avancent très près de la côte ce qui limite la zone constructible. Nous sommes un peu déçus, nous pensions que le paysage serait plus beau et spectaculaire. Mais après tout, on voyage pour découvrir des pays, pas forcément des paysages de contes de fées! Le soir nous nous arrêtons à Giresun où, paraît-il, il y a un camping. Effectivement ... mais ça tient plutôt du bidonville! Des tentes sont alignées dans le sable, pas mal d'ordures, pas de lumière dans la douche, pas de lavabo ... Eau froide bien sûr mais il n'y a que Ben pour encore espérer de l'eau chaude et être déçu. Mais tout n'est pas si noir ... On est en train de monter la tente mais je n'entends plus le bruit du marteau, je me retourne, Ben se tient avec une assiette de moules frites à la main et un homme s'éloigne. Un des habitués du camping est allé nous acheter à dîner dans le camion qui vend des fruits de mer. C'est sûr, ça ne nous est jamais arrivé dans tous ces merveilleux campings en Suisse et en Allemagne. Le lendemain matin, c'est un permanent qui nous invite pour le petit-déjeuner. Il nous gronde gentiment quand on met nutella et café sur la table: "J'ai tout, je vous invite!". Dire que Ben s'est déjà fait offrir une bouteille de jus de pêche en achetant 2 bouteilles d'eau ... on devrait en prendre de la graine, nous autres Européens! Cet homme habite ici à l'année, il a aménagé une grande tente, bétonné le sol, isolé le toit pour limiter la chaleur et même planté des tomates ... il nous filme quelques minutes pendant que nous bavardons. On est très fiers de nos quelques mots de turc et on mime le reste, ça fonctionne.
Nous continuons notre route le long du bord de mer. Une 4 voies longe la mer et évite la ville, ça change des nationales françaises qui traversent les centre-villes. Seul inconvénient, les entrées et sorties assez dangereuses. Les Turcs nous coupent la route sans remords, leur grand jeu est de sortir au dernier moment en nous passant devant. Auparavant, on a eu droit à un petit coup de klaxon histoire de nous prévenir.
A une station service, nous rencontrons un Australien et sa femme Turque. Ils habitent tous les deux Samsun où ils sont professeurs à l'université. Quand ils apprennent qu'on passe par l'Australie, il nous donne l'adresse de sa soeur à Brisbane ... encore des gens à  visiter en Australie! Le soir, nouveau camping. Cette fois le terrain est sympa, sous des pins au bord de la plage. Par contre, on utilise les douches de la plage, douche en maillot de bain, pfff ...
Dernière étape sur la mer Noire, ce soir nous dormirons à Trabzon... Ne jamais planifier, on vous dit! 20 km avant (décidément!!), nous rencontrons un prof d'anglais alors que nous faisons une pause à une Petrol Ofisi. Il arrange pour que nous puissions dormir dans une pièce inutilisée à l'étage puis nous emmène visiter un de ses amis. On trouve qu'il a une drôle de notion de l'amitié. Son ami est un industriel, propriétaire d'une dizaine d'usines de distribution de gaz en Turquie. "C'est mon ami, je vais le voir pour qu'il me donne de l'argent pour que je puisse acheter une voiture, c'est fait pour ça les amis". Sa vision de l'amitié nous laisse perplexe. Jusqu'à présent, nous avons surtout été frappé par la générosité des Turcs, nous n'avons jamais rencontré quelqu'un qui en abuse.
Le lendemain nous visitons le monastère de Sumela, perché dans les montagnes. Nous sommes saisis par le froid une fois en haut, et l'humidité ... il pleut et les montagnes sont dans la brume. Déception, nous ne verrons pas la spectaculaire image du monastère accroché à la montagne. Mais nous sommes récompensés par une vision fantasmagorique une fois dans le monastère. Les maisons en pierre semblent flotter dans la brume, l'atmosphère est vraiment spéciale. On imagine les moines vivant et priant ici ...
Le soir nous nous apprêtons à passer une soirée tranquille avant de prendre le bus le lendemain pour Erzurum. Beaucoup de difficultés à trouver un ticket de bus "Bisikletas yok ... Bicyclettes, non!". Enfin, la 3e compagnie de bus accepte avec le sourire. Ouf, on se voyait monter 2000 m de dénivelé avec les vélos ...
Toc, toc ... quelle surprise, c'est Aydin, l'industriel qui vient nous chercher pour dîner! Nous faisons les courses avec lui: préparation pour köfte et charbon de bois chez le boucher, fruits et légumes au marché de nuit. Puis on grimpe, on grimpe derrière Akcaabat, heureusement qu'il a un 4x4. On essaye d'imaginer à vélo ... non! On arrive au paradis, ou presque, un minuscule restaurant aménagé avec vue sur la côte illuminée. Son "meilleur ami", le prof d'anglais est là et aussi l'homme qui s'occupe du resto. En fait chacun amène sa nourriture et il fait la cuisine. C'est délicieux! On passe une soirée très agréable. Aydin est charmant et parle un peu anglais. Son ami traduit le reste.
De retour à la station service, nous buvons un thé avec les femmes des patrons ... ils sont 3 frères à vivre sur la station, on se demande un peu comment ils font vivre leurs familles.

Publié dans Turquie

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