Bienvenue en Ouzbekistan

Publié le par Sylvie

Turkmenabat - Boukhara ... 05/10/08 - 06/10/08

La route jusqu´à la frontière serpente entre les champs, au sud, puis à l´est, puis au nord... On fait confiance au flot de camions pour nous conduire aux douaniers. La plupart des camions sont turcs, ah, le bon vieux temps dit Ben! On a quitté la Turquie il y a seulement un mois mais on a vécu tellement d´aventures depuis qu´il nous semble que c´était il y a un an. Dernier souvenir turkmène, un pont flottant pour passer l´Amou Daria. Les pontons sont disjoints et rouillés, des plans inclinés rattrapent les différences de niveaux mais pas sur toute la largeur du pont.

Sans réaliser, on se présente 1/2 h avant la pause déjeuner des douaniers, à midi et demi. La faim les rend efficaces, on passe les deux frontières en 45 min! Nous voilà en Ouzbékistan. Le paysage manque de charme, entre désert et steppe, un grand terrain vague qui s´étend à l´infini. Nos provisions sont épuisées. Il ne nous reste que du riz et des pâtes, on perdrait du temps à s´arrêter pour cuisiner. Nos estomacs crient famine mais il faut attendre 25 km avant que le premier village n´apparaisse. On ne trouve qu´un minuscule magasin qui ne vend que des biscuits. On en profite pour refaire un plein d´eau. Les changeurs à la frontière offraient un très mauvais taux de change: 1030 soms pour 1$ alors qu´on sait que le taux est à 1300 soms. On ne change que 10$, il va falloir tenir avec jusqu´à demain soir.

Le soleil commence à descendre mais on hésite à planter la tente, le terrain est plat jusqu´à l´horizon, où se cacher? On demande à un homme dans un champ mais plusieurs curieux s´arrêtent, autant pour la discrétion.

Ben remarque un peu plus loin une grande ferme et un couple avec un bébé dans les bras. Ils acceptent d´emblée et refusent catégoriquement qu´on plante la tente dans leur cour: "Vous dormez dans la maison!". Pahlavon, le mari, parle un peu anglais et leurs deux aînés, Bibi Sora, une grande fille de 13 ans et Jezabek, un petit garçon vif de 11 ans, apprennent le français à l´école mais ils ne connaissent que quelques mots. Aucune importance! Ils nous font visiter, une grande maison bâtie en longueur. Au centre, un jardin potager. De l´autre côté, une petite étable avec 4 vaches et des poules. Tout est propre et bien entretenu, un vrai petit paradis. Nous dînons tous ensemble, agenouillés autour d´une table basse. Firouza a préparé un plov, plat de viande, riz et légumes mais ne voulant pas s´inviter, nous avons cuit du riz sur leur fourneau. Pas tout à fait le même résultat que le plov mais ils sont polis et prétendent que c´est bon. On espère qu´ils ne pensent pas que c´est représentatif de la cuisine française!

Pahlavon va chercher le prof de français de ses enfants. On peut enfin se comprendre! Entre deux verres de vodka, il nous explique qu´il y a une fête au village, un mariage!

Le temps pour Firouza et Pahlavon de se changer (nous, on est plutôt limité avec deux t-shirts!) et on part tous les 5 dans la Nexia (Daewoo) de la famille. Le mariage se tient dans la cour d´une maison. On nous dit qu´il y a 1000 personnes, on les croit facilement. On distingue d´abord deux groupes: les femmes en habits colorés d´un côté, les hommes en chapeaux noirs à broderies blanches, veste et pantalon de l´autre. Tout le monde est assis à table, mange, boit, parle...

En se retournant on voit les mariés. En costume et robe blanche (à l´européenne), ils se tiennent debout sur une grande estrade devant une pièce montée, ne mangent pas, ne sourient pas. De temps en temps ils échangent quelques mots puis reprennent leur pose. Il vaut mieux être invité que marié en Ouzbékistan!

On se met tous du côté des hommes, même Firouza. Les tables croulent sous les assiettes mais on en amène de nouvelles pour nous, un genre de pot-au-feu, viande et légumes, dans lequel on trempe du pain. Puis Firouza et Sylvie partent danser pendant que Ben tient tête aux hommes, chacun veut boire un shot de vodka avec lui!

Ensuite, le père de Firouza, Bachtiori, décide qu´on doit aller prononcer quelques mots au micro. Premier jour en Ouzbékistan, nous voilà légèrement embarrassés dans nos polaires et nos pantalons poussiéreux face à plusieurs centaines d´Ouzbeks en tenue de fête! Heureusement, Bachtiori et le prof de français nous encadrent. Bachtiori se lance dans une tirade enflammée. On n´y comprend rien mais il a l´air très convaincant! Puis c´est le tour du prof de français. On se demande ce qu´ils peuvent bien raconter aux invités. Ensuite Ben est invité à prononcer quelques mots et enfin Sylvie, qui pensait y avoir échappé. Pour finir, tout le monde se met à danser. Ben tente de concurrencer les danseuses professionnelles engagées pour la soirée ce qui fait bien rire tout le monde.

Le lendemain, on pense partir vers 10 h mais ça ne se passe pas comme ça en Ouzbékistan! Le père de Firouza débarque avec sa bouteille de vodka et c´est reparti! A 10 h du matin! Firouza amène le reste de plov de la veille, du pain, des fruits, des biscuits ... Elle se doute qu´il faut aider Ben à éponger. Pahlavon se fait complice de Ben et, au 3ème shot, lui vide son verre et le remplit d´eau. Bachtiari n´y voit que du feu! Ensuite on fait essayer les vélos à toute la famille, c´est la fête!

On réussit enfin à partir à midi. On pense en fait qu´ils avaient compris qu´on restait un jour de plus. On ne demande pas mieux mais on est un peu stressés par la procédure d´enregistrement. Apparemment, il faut s´enregistrer pour chaque nuit passée dans le pays et seuls les hôtels peuvent enregistrer les étrangers ... Procédure stupide!

On avale les 60 km en quelques heures. Les cafés se font de plus en plus nombreux, on trouve des samsas et on s´accorde même une pause glace, des viennettas sur bâtonnet, mmmmm.

L´arrivée dans la vieille ville de Boukhara nous fait un choc, il y a des Français partout! Pendant que Sylvie raconte nos dernières péripéties à un sympathique couple français, Ben fait le tour des hôtels. Surprise, il retrouve Bernt (le cycliste hollandais rencontré à Yazd)! Il est ici depuis une semaine, malade. Son visa expire dans 2 jours donc demain soir il part sur Tashkent le faire prolonger. Dommage, il est super sympa et à chaque fois, on se croise.

 

Boukhara et Khiva ... 07/10/08 ... 14/10/08

 

On passe le lendemain ensemble, petite balade dans Boukhara. La vieille ville est touristique bien sûr mais les locaux sont sympas et l´atmosphère relaxante. Les bâtiments: mosquées, madrasas, bazaars, sont bien conservés et forment un ensemble harmonieux. On salue Bernt en fin d´après-midi. Il est aussi parti pour un tour du monde, on le recroisera peut-être.

Des emails de Benoît et Amanda et Olivier nous font réfléchir à notre itinéraire. Amanda et Olivier sont au Khirgistan, pas si loin de nous et on va se rater, ils volent fin octobre sur la Thaïlande. On est déçus, on avait bien sympathisé avec eux à Paris puis à travers le récit de leur voyage. De son côté, Benoît nous envoie un message frigorifié: il a rencontré un cycliste qui a fait la route Tashkent - Bichkek, il y avait 10 cm de neige. On n´y sera que dans 3 semaines, autant dire que les pingouins auront débarqué le temps qu´on arrive. Le Khirgistan et le Xinjiang sont deux pays qui nous font beaucoup rêver et après les paysages désertiques de la Turquie, de l´Iran etc, on a des envies de verdure.

Allez c´est décidé, on chamboule tout!  Un immense sentiment de liberté nous envahit, nous n´avons aucune contrainte. Pendant une demi-heure, comme deux gamins tout excités, on jongle avec les pays et les continents. On reviendra donc mi-mai au Khirgistan pour passer ensuite au Xinjiang. Entre-temps, on volera fin octobre sur la Thaïlande. Reste à voir comment on occupera les 6 mois. L´Australie c´est sûr et il y a encore plusieurs pays d´Asie du Sud-Est que nous ne connaissons pas. Nous sommes tout excités: Sylvie rêve d´un riz collant à la noix de coco et Ben, d´un café frappé!

Le lendemain, on monte en taxi à Khiva, une ville ancienne au milieu du désert qui a été complètement rénovée. 500 km à travers le désert à la frontière avec le Turkménistan. La route est pleine d´aspérités mais ça n´empêche pas le chauffeur de rouler à 140 km/h. On lui explique qu´on est impatients de voir Khiva mais pas au point de risquer notre vie. Arrêt dans une station service. Le chauffeur hèle le pompiste, celui-ci accourt et se met à tourner une manivelle sur la pompe!

Khiva est magnifique, parfaitement restaurée, un peu trop même. L´ensemble fait factice. La ville s´anime vers 9 h du matin quand les femmes installent leurs étals et que les groupes commencent à déambuler. A 18 h, tout le monde remballe et la ville est déserte jusqu´au lendemain. On regrette que les locaux habitent en-dehors. On regrette aussi qu´ils ne soient pas plus aimables. Les gamins nous sautent dessus à chaque coin de rue en criant "bonbon, bonbon". Le premier jour, ne cédant pas, on s´est pris un caillou. Les parents sont désagréables et intéressés. Ils savent que quoi qu´il arrive, des cars déverseront leur contenu de touristes tous les jours ...

Le déplacement vaut quand même le coup, ne serait-ce que pour l´ambiance mystérieuse des ruelles embrumées à la tombée de la nuit. On se croirait dans une ville du Moyen-Age.

Nous rentrons sur Boukhara le lendemain, heureux de retrouver notre "chez nous". On pensait ne rester qu´une journée mais Sylvie suggère "Et pourquoi pas une de plus?". De fil en aiguille, on reste 5 jours! Ben en profite pour tomber malade. Violentes douleurs au ventre. Le soir, on appelle le médecin qui avait aussi soigné Bernt. La scène est plutôt comique. Ne parlant pas très bien anglais, elle vient avec sa fille de 16 ans. Il faut voir l´adolescente interroger Ben, rougissante et se tortillant, sur le nombre de fois où il a été aux toilettes et la consistance du produit!! Sylvie a du mal à retenir son fou rire. Voyant notre pharmacie, le docteur prescrit paracétamol et spasfon. Après son départ, Sylvie installe Ben par terre, en empilant couvertures et matelas gonflable. Les matelas sont défoncés et d´après lui, le mal de dos commence à surpasser le mal de ventre, nous voilà bien! Bizarrement, le lendemain les douleurs ont presque disparues.

On profite du repos pour remettre les carnets à jour, nettoyer les vélos, lire, buller ... Et finaliser notre changement d´itinéraire. Acheter un billet d´avion pour Bangkok tourne à l´épopée. On peut acheter un ticket au bureau d´Uzbekistan Airways mais ils ne prennent pas la carte Visa. On doit donc remonter dans le centre, retirer des dollars dans un hôtel spécifique (impossible d´avoir des soms avec une carte internationale à Boukhara). Il faut ensuite changer les dollars en soms et marcher 20 min jusqu´au bureau d´Uzbekistan Airways, les poches gonflées de billets ... Le ticket coûte 350 euros donc 1.400.000 soms pour 2, autant de billets de 1.000 soms dans les poches!!!

Après un après-midi d´allées et venues, on décide de passer par l´agence de voyages qui nous a fourni la lettre d´invitation, ce sera plus simple!

On finit par quitter Boukhara, notre guesthouse si sympa, les bons petits repas concoctés par la maîtresse de maison ... On a aussi rencontré pas mal de gens sympas. Beaucoup de Français, dont Carole qui nous a gentiment proposé de ramener et poster des affaires dont nous n´avions plus besoin. Un grand merci! Et Stéphane, un Suisse de Lausanne, qu´on espère bien revoir à Samarcande. Par son intermédiaire, on rencontre deux Australiennes, Simone et Stephanie qui ont voyagé 10 semaines à vélo au Khirgistan et au Tadjikistan, sur la Pamir Highway. Leurs récits enthousiastes nous confortent dans notre décision de revenir à la bonne période.

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