L'hospitalité turque

Publié le par Sylvie

Yeniçaga - Unye ... 21/07 - 29/07


Départ tôt, il y a encore des montées. Benoît part rapidement, au revoir! Mais au détour d´un tournant, nous distinguons un petit bonhomme au loin, une illusion d´optique? Benoît a voulu nous attendre une dernière fois!

Aujourd´hui, les paysages changent. Finis les cols et les grosses montées. Le ruban de la route se déroule entre des collines jaunies par le soleil. Nous sommes sur un plateau et nous voyons au loin ce qui nous attend: une succession d´ondulations. On fonce dans la descente et hop, on remonte avec l´élan!Déjeuner dans une station service assez touristique avec une superbe vue. Nous rencontrons Rama, un Belge de Mons qui vient visiter la famille de sa femme. Il y a énormément de voitures étrangères sur la route. Français, Belges, Néerlandais ... Ils sont d´origine turque et viennent en vacances visiter la famille et les amis.

Premier camping sauvage ce soir-là. Ben stresse, il ne trouve pas d´endroit suffisamment en sécurité à son goût. Sylvie s´énerve, on va monter la tente dans le noir! Une engueulade magistrale s´ensuit, chacun vide son stress! On finit par trouver un coin mais Benoît ne serait probablement pas fier de nous: en contrebas de la route et les phares éclairent la tente! On dort assez mal, Ben croit même entendre des gens approcher mais on découvre le lendemain que c´était un bouquet de chardons ...

La route continue identique le lendemain mais on aime ce genre de paysage. Lors d´une pause baklava, une famille française nous invite à boire le thé. Ils sont passés par l´Italie et la Grèce avec le bateau, 2 jours! Et ce soir, ils dorment à Amasya. Sylvie est un peu déprimée, nous n´y serons que dans une semaine. Chacun ses soucis: Ben stresse à partir de 16h pour trouver l´endroit idéal pour dormir; Sylvie déprime de se faire dépasser par les camions et les voitures. Jusqu´en Serbie, il y avait des cyclistes et en Roumanie et Bulgarie il y avait les carrioles à cheval, on n´était pas les seules tortues! Les jours difficiles, on aimerait bien être rapidement dans un endroit agréable. On apprend aussi que Fanny et Gaël (vélo couché jusqu´en Chine) sont rentrés en France, trop de coups durs. On n´avait pas envisagé l´échec et la nouvelle n´arrange pas notre moral. Mais quelques jours plus tard, on trouve notre remède. A une station service, une Nissan Micra s´arrête et deux jeunes Anglais en descendent, intrigués par nos vélos. Ils font un rallye et traversent Europe et Asie jusqu´en Mongolie en 5 semaines! On se regarde effarés, ils ne vont rien voir ni rencontrer personne! Tout d´un coup, on se souvient pourquoi on voyage à vélo ...

Il n´y a pas d´ombre pour les vélos, on continue" décrète Ben. Et nous? Il est midi, le vent nous brûle la peau dans les descentes. Les stations service se raréfient et nous souffrons encore une heure avant de trouver la marque préférée de Ben, Petrol Ofisi! Nous y passons un après-midi très agréable en compagnie du cousin du manager et de sa famille. Ils habitent au Danemark et visitent leur famille. On reste 1h dans le bureau climatisé à bavarder en buvant du thé. Ils nous écrivent un message en turc afin que les gens nous indiquent où planter la tente. Nous testons le soir-même: un vieux monsieur dans un pick-up nous conduit à la station service où nous avons dîné. On peut planter la tente dans le garage! Vive les tentes auto-portantes! Finalement, on passe la soirée dans le bureau d´Omer, le chef. Il débouche une bouteille de vin, fait amener des fruits et des chips. C´est aussi une Petrol Ofisi et il connait le manager de la station précédente! Un de ses amis, Mustafa, le chef de la fabrique de marbre d´à côté, traduit, il a étudié 4 ans aux Etats-Unis. En visitant sa fabrique, on retrouve nos réflexes de consultants: combien de personnes? Combien de temps pour satisfaire une commande? On bavarde jusqu´à 1h du matin, on échange, on compare les coutumes turques et françaises. On est tous amusés de relever nos points communs: Omer et Ben rêvent devant les belles voitures et les montres. Omer aimerait partir en vacances à Batumi en Géorgie et il essaie de décider Mustafa qui travaille beaucoup ... Nous dormons dans le petit chalet de Mustafa, à côté de l´usine. Quel bonheur de prendre une douche et dormir dans un lit!

Le lendemain, après un superbe kavahlti (petit déjeuner turc) offert par Omer, nous reprenons la route munis d´une bonne adresse, le motel d´Ali. Il appartenait à Omer avant qu´il ne travaille ici. Décidément, les stations service sont reliées par un fil invisible! Petite étape, nous ne démarrons qu´à 11h. Le motel est effectivement très confortable, on a une immense chambre dans un angle. Après le dîner, Ali nous fait comprendre qu´il veut nous faire visiter Osmancik. On est un peu surpris, nous n´avons pas trouvé la ville très attirante tout à l´heure. Quelle surprise! La rivière est bordée de terrasses de café (de thé plutôt) et c´est bondé! Toute la ville se réunit ici pour bavarder, jouer au backgammon, manger des épis de maïs ou des gözleme (crêpe fourrée au fromage). Esin, une nièce d´Ali est là avec Hanand, une amie. Elle étudie à Ankara pour être prof et son amie fait des études de dentiste à Izmir, sur la côte méditerannéenne. Elles parlent bien anglais et nous pouvons enfin nous comprendre avec Ali! Nous finissons la soirée dans le jardin d´un des frères d´Ali (ils sont une famille nombreuse!) au bord de la rivière. C´est un professeur à la retraite et il passe beaucoup de temps à cultiver leur jardin avec sa femme. Ils ont un magnifique verger-potager! On passe une soirée très agréable à boire du thé et du café turc et manger des fruits du jardin. Si agréable qu´on décide de rester une journée! Dire qu´Osmancik n´était qu´une étape parmi d´autres ... c´est maintenant un de nos meilleurs souvenirs de Turquie! Nous passons la journée avec Esin, Hanand et deux de leurs amis d´enfance. Nous commençons par une interview pour le journal local! Puis petit tour de la ville, visite du tombeau d´un religieux célèbre et de quelques mosquées. Esin et ses amis ne sont pas vraiment à cheval sur la religion. Esin et Hanand sont en robe décolletée et Tshirt-bermuda. En Turquie, les femmes ont le choix. Voilà pourquoi on voit souvent dans un même groupe d´amies des filles portant foulard et manteau long et d´autres habillées à l´européenne. Les femmes de la génération précédente portent pratiquement toutes le foulard et s´abritent des regards sous ce qui ressemblent à un imperméable très long. C´est Ataturk qui a interdit le port du foulard à l´école ... c´était dans les années 30. Quand on pense que la loi du foulard a fait un tollé en France!

Au déjeuner nous goûtons le manti, des petits raviolis avec une sauce menthe et yaourt ... Le meilleur plat que nous ayions goûté en Turquie! Nous passons ensuite l´après-midi à jouer au billard dans une maison où se retrouve les profs (surtout pour jouer et bavarder!). Une journée somme toute ordinaire ... Mais nous qui venons de passer une semaine à pédaler dans la chaleur, se faire du souci pour l´eau et le coucher ... passer une journée insouciante en agréable compagnie nous ravit! C´est avec beaucoup de regrets que nous disons au revoir à Esin et ses amis. C´est tellement tentant de se poser plus longtemps quand on rencontre des gens qui mènent une vie heureuse. Le soir, nous montrons les photos à Ali. Il est tout fier et les montre aux camionneurs attablés. "Incroyable! Ce n´est pas Osmancik! ... Mais si!". Eux ont vu, comme nous, quelques immeubles au bord de la route 100 ...

Petite déception le lendemain matin. Un camionneur qui transporte des noisettes pour Nutella (regard gourmand de Ben) propose de nous avancer de 50 km. Mais il pense mettre les vélos sur le support pour les pneus de rechange, sous le camion, et on craint qu´ils ne résistent pas. On est déçus, depuis le temps qu´on voit ces gros camions si confortables! Beaucoup de vent ce jour-là, de face bien sûr, et le paysage n´est plus aussi beau. Nous quittons la 100 pour déjeuner dans une petite ville. C´est effectivement moins cher que les stations service mais, revers de la médaille, on est vite repérés! Une foule nous entoure et un homme s´en détache: "Venez prendre un thé!". Enfin, au bout d´1/2h, on réussit à se sauver avec nos sandwiches!!

La route sur Amasya descend mais on ne l´apprécie pas beaucoup. Comme on fait un détour, nous reviendrons sur nos pas et il faut passer un col à 900m pour atteindre Samsun sur la côte. Ben râle: "il faudra tout remonter". On se fait courser par des gros chiens. Sylvie est devant, elle les réveille et comme Ben est assez loin derrière, ils sont fin prêts quand il passe! Mais le repousse-chiens à ultra-sons fonctionne bien! Sauf que Sylvie a laissé le sien dans la sacoche donc elle fonce!

Amasya est célèbre pour ses maisons suspendues au bord de la rivière. Maisons blanches à colombages, enfin une ville un peu "ancienne"! Nous craquons pour un hôtel dans une de ces maisons, ça vaut le coup, il règne une atmosphère spéciale dans cette petite rue. Vue magnifique des grottes qui surplombent la ville. Amasya est tout au fond d´une vallée encaissée, comment se défendaient-ils des ennemis? Nous goûtons la glace turque, très élastique, c´est rigolo mais ça manque un peu de goût.

Sylvie ayant une tendinite à la cheville et Ben ne voulant pas faire 2 fois le même chemin (surtout que ça monte!), nous prenons un bus pour Samsun. Nous avalons ensuite dans la même journée les 90 km jusqu´à Unye. Facile, c´est tout plat!

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