Trois à vélo

Publié le par Sylvie

Istanbul - Yalova - Yeniçaga ... 18/07 - 21/07

Notre 4ème de chambrée, une Brésilienne, ronfle comme un sonneur. Nous trouvons quelques instants de répit quand Benoît, à l´étage au-dessous, secoue le lit suffisamment fort pour la faire changer de position. Mais, juste avant l´aube, le muezzin s´en mêle et 1/2h après, le réveil sonne ... Ce matin nous prenons le bateau pour Yalova, notre première ville asiatique! C´est la 1ère fois que Benoît pose le pied sur le continent asiatique, il est tout ému! Nous sommes tous les 3 un peu anxieux: Benoît a été bien ralenti par sa fièvre bulgare et il craint d´avoir encore de la difficulté à rouler; nous avons perdu de notre forme physique pendant ces 2 semaines de farniente et nous espérons que Benoît ait quelques restes de fièvre, sinon, comment allons-nous le suivre?!

Les 2 premiers jours, la route est plate et nous roulons tous les 3 à la même allure, ouf! Pause déjeuner dans notre 1ère lokanta, sorte de cantine, en bord de route. Nourriture populaire que nous allons retrouver fréquemment au cours des prochains jours: köfte, boulettes de viande grillées; pilav, riz ou boulgour cuit dans le beurre; çorba, soupe de lentilles ou autre bouillon; shish tavuk, cubes de poulet grillé; haricots verts ou aubergines en sauce. Le rituel se répète à chaque repas: le patron du restaurant nous montre les plats gardés au chaud dans de grands bacs métalliques et on fait notre choix en fonction des prix (on essaye de se limiter à 6-7 euros par repas pour 2). Une fois assis, un serveur amène couverts, assiettes et une grande boîte de pain sur laquelle nous nous jetons avidement! La soupe est souvent servie avec un morceau de citron et on la mange en trempant le pain ... Ça, c´est plus une coutume cycliste que turque, on essaye de remplir notre estomac! Le déjeuner se termine sur du thé (gratuit!) servi dans un petit verre tulipé avec 2 morceaux de sucre. Parfois aussi, une salade rafraîchissante de concombres et tomates est offerte par la maison. Tacitement, si un plat est posé sur la table sans qu´on l´ait demandé, c´est qu´il est gratuit. On nous offre plusieurs fois des tranches de pastèque en dessert mmmm.

Les deux premiers jours ne sont pas très passionnants: nous ne sommes pas habitués à la circulation, très dense. Il fait chaud, les klaxons des camions nous vrillent les oreilles et, décidément, en 2 semaines, on a vite perdu notre endurance! Heureusement, il y a un large accotement, d´ailleurs il suffirait d´y dessiner un petit vélo et la Turquie pourrait se targuer d´avoir des pistes cyclables! On s´y sent beaucoup plus en sécurité que sur nos nationales françaises. Sauf quand on se retrouve nez-à-nez avec une moto, un tracteur ou même une voiture! La route est séparée par une glissière et il n´y a pas beaucoup de passages pour traverser. Pour les piétons c´est d´ailleurs assez dangereux, personne n´imaginerait enjamber la glissière centrale d´une 4 voies en France!

Dîner dans un petit resto routier en bord de route. Nous avons demandé à Benoît de nous initier au camping sauvage mais là, c´est trop tentant, il y a une belle étendue d´herbe derrière le restaurant. Le propriétaire est super gentil et accepte que nous plantions nos tentes! Il a déjà logé 2 Suisses à vélo et un Français à moto il y a quelques années. Nous avons enfin l´occasion d´essayer notre nouvelle tente achetée à Istanbul. C´est une Marmot Nusku, semi-géodésique, autoportante avec 2 entrées. Notre tente tunnel ne nous convenait pas: mauvaise résistance au vent dès qu´il change de direction, une seule porte, pas très pratique quand on est 2, et non-autoportante, ce qui signifie qu´on ne peut pas la monter sur des sols très durs. On est comme 2 gamins devant leur cadeau de Noël ce soir-là! Benoît est un peu plus blasé, il a sa tente depuis 6 ans. Il est super efficace et on est encore à s´installer qu´il se repose, écrit ... Et pourtant on est 2!

Fromage de brebis, olives noires, oeufs durs ou en omelette, pain et miel ... c´est le kahvalti, petit déjeuner turc. Un peu déroutant quand on est habitué au nutella et au muesli le matin mais finalement, on pédale très bien ...

Nous avions déjà pris conscience de la gentillesse des Turcs mais aujourd´hui nous sommes gâtés. De nombreuses stations services jalonnent la route 100, ce sont nos oasis. Benoît nous attend à une station après une légère montée (ça y est, ça commence!). On doit vraiment avoir l´air défaits car le pompiste se précipite vers nous avec 3 verres de jus de cerise. Comme c´est bon! Du coup, il insiste pour remplir toutes nos gourdes !! On suppose qu´il y a une énorme citerne de jus de cerise quelque part ... Un peu plus loin, on veut acheter des gâteaux mais c´est hors de prix. On pense que le boulanger ne veut pas nous vendre et on repart, dépités. Un gamin nous rattrape en courant avec un simit (anneau de pain au sésame). Est-ce un cadeau de la vieille dame qui m´a parlé dans la boulangerie ou le boulanger qui, peut-être, a craint la colère de Dieu? Un simit pour 3 ce n´est pas beaucoup ... On s´arrête dans un restaurant pour déguster un baklava et là, on nous fait goûter du délicieux halva (pâte de sésame). On repart aussi avec des boîtes de mouchoirs, cadeau de la maison! Première nuit de camping sauvage ce soir-là. Benoît nous trouve un coin idéal, à l´abri des regards, entre 2 rangées de noisetiers. On dort comme des bébés!

Le lendemain, les affaires sérieuses commencent. Les 30 premiers km montent de 1% mais nous ralentissons déjà: Sylvie fait du 16 km/h et Ben encore moins (la remorque, dit-il!). Pendant ce temps, Benoît pédale allègrement à 20 km/h et en profite pour faire la sieste en nous attendant! Nous attaquons la "montée de Bolu" après le déjeuner (tous les Turcs que nous avons rencontré la connaissent!). D´après les calculs de Benoît , la montée ne dure "que" 9 km à 6% en moyenne. Au bout d´1 km, Sylvie pense rendre l´âme! On est partis au pire moment, 13h, il fait au moins 40C et on vient de manger ... Quels novices! Benoît devait nous attendre au col mais voyant les conditions (des pentes à 10%), il nous attend à la 1ère station service, merci car on commençait à déprimer! Personne ne bouge pour nous, il fait trop chaud. Mais on se repose 1h avec de fréquents passages aux toilettes pour s´arroser d´eau froide. Heureusement que Benoît est là, on discute, on rigole, c´est fun! On met 3h pour arriver au col. On va beaucoup moins vite que Benoît, en partie parce qu´il fait du vélo depuis 20 ans et nous depuis 3 mois mais aussi, on pense, à cause des vélos couchés. D´autres voyageurs nous ont confirmé qu´ils allaient moins vite que les vélos droits en montée. On est récompensé par une descente d´une vingtaine de km et on bat des records: 62km/h pour Ben et 59.5 pour Sylvie. Cette fois, Benoît doit pédaler pour nous suivre!!

Dîner dans une lokanta puis on se met en quête d´un lit ... Enfin, d´un terrain pour dormir! La route étant au fond d´une vallée, on prend une petite route qui grimpe, 14% annonce Benoît, argh, il veut nous achever! Mais on trouve un endroit magnifique, une petite butte avec vue sur la vallée. Sylvie propose de dormir à la belle étoile, Benoît accepte, emballé. Ben est moins enthousiaste: "et s´il pleut?" ... "regarde le ciel, il fait beau!" répondent en choeur les 2 autres ... "oui mais, et la rosée?". C´est vrai, le lendemain on se réveille enveloppés de brouillard et nos sacs sont humides mais c´était tellement beau de s´endormir sous un ciel étoilé! On paresse au chaud pendant que la vallée se dégage, on a une bonne excuse, impossible de rouler dans le brouillard! On est en train de prendre le petit déjeuner quand un tracteur s´arrête en bas de la côte et un fermier s´approche ... Oh là là, il a une grosse tenaille à la main ... c'est quoi la punition pour les squatteurs en Turquie? Grand geste seigneurial: "Tous ces champs sont à moi", "Très beau!" lui répond-on avec nos plus beaux sourires... Il repart après avoir inspecté notre bivouac, ouf!

Dur, dur aujourd´hui, Sylvie a les jambes en coton et Ben aussi a du mal. Benoît, lui, est frais comme un gardon! On décide de se poser à midi. Une vraie douche nous fera du bien. Nous partageons une chambre avec Benoît ... En moins d´une heure le balcon se transforme en corde à linge! Nous sommes tous un peu tristes, demain nous nous séparons. Benoît passe la vitesse supérieure et nous continuerons à notre allure. C´est dommage car notre trio fonctionnait vraiment bien. Etre à trois permet d´alléger les situations difficiles et que de conversations! Mais nos façons de voyager diffèrent: Benoît a des objectifs (80 km/jour etc.) qui l´aident à se motiver et il est tellement passionné de vélo qu´après un jour de repos, les jambes lui démangent. D´ailleurs, il n´aime pas marcher, au bout de 10 min, il grogne qu´il a mal aux pieds! Pour nous, même si nous sommes fous de nos bébés, c´est juste un mode de déplacement, et aussi un moyen de rencontrer des gens. Nous pouvons facilement nous poser quelques jours pour visiter ou faire plus ample connaissance avec des gens sympas.

Publié dans Turquie

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